OO
LA I'ilIL0S0l4IIE DE H. TAINE
qui lui vient peul-ètre des exigences de l'enseignement en vue duquel elle était faite, et aussi de ce que l'auteur n'a pu l'exposer tout entière dans ses livres. Mais la théorie de Tidéal et des valeurs^ esthéli([ues contient un fonds de vérité indépendant du système dont elle fait partie; elle peut lui survivre, parce qu'elle s'appuie sur la preuve incontestée du renom plus que séculaire des vrais chefsd'œuvre artistiques. La méthode historico-sociologique, qui étudie dans l'œuvre d'art avant tout le signe de certaines aptitudes héréditaires et le produit nécessaire d'une certaine température morale, — méthode inaugurée par Taine, dit Guyau, et dont on trouve, me semble-t-il, quelque trace déjà chez Stendhal (i),— a été l'objet de diverses objections. On peut dire qu'il y a aujourd'hui une tendance générale, même parmi les adeptes des études historiques, à la combattre. Guyau en a mis en relief le
pourquoi ils établii^iïicnt partout des écoles communales. Les Italiens s'instruisent très vite. On a établi par expérience qu'un Napolitain peut a[»pren(lre à lire et à écrire en trois mois, même lorsqu'il est adulte. Deux autres institutions fort puissantes agissent dans le même sens, la garde nationale et l'armée. L'homme du peuple y prend i\c^ idées d'honneur, des habitudes de propreté une sorte d'éducation. J oubhais de dire qu'ils comptent beaucoup,^ surtout à Naides, sur laugmentation de la richesse publique. Dès que le paysan a (pielque ai-genl ou un peu de terre, il pi'end les idées d'un bourgeois... Si i)cndant dix ans encore la France em* pèche l'Autriche d'envahir l'Italie, ils comptent que le nombre des libéraux sera doublé et (jue la nation sera faite. Voilà ce que je crois avoir démêlé, en causant avec des gens de toute classe ».
(1) Les Promenades dans Home et l'Histoire de la peinture italienne^ de Stendhal, renferment déjà l'idée de l'œuvre d'art en tant que signe, — Notons que le vicomte Henri Delaborde, dans 1 article au suj«t de Taine, (pie'nous avons analysé plus haut, qualifie le second de ces ouvrages de Stendhal un des livres « les plus prétentieux et les plus faux qui existent sur la matière •».
côté le plus vrai, dans son livre sur L'Art au point de vue sociologique (1889). Il veut y démontrer, comme l'explique M. Alfred Fouillée dans Tlntroduction dont il Ta fait précéder, « que Témotion esthétique la plus complète et la plus élevée est une émotion d'un caractère social » ; que « le rôle du grand art, de Tart considéré au point de vue sociologique », est de « produire la sympathie sociale (1) ». Il note cependant, à juste titre, comment l'application faite par Taine de cette méthode et les lois générales établies par lui, avant tout celle du « milieu », sont insuffisantes à nous expliquer ce qu'il y a de mystérieux dans « l'apparition du nouveau », marque de toute œuvre du génie ; comment s'effectue sans doute entre celui-ci et les conditions de temps et de lieux dans lesquels il surgit, « un changement d'action réciproque », de sorte qu'il faut admettre en outre que le génie crée autour tle lui un milieu qui lui est propre (2). Le génie représente, dans la faune de Tart, l'œuvre d'une sélection inventive de nouvelles formes du beau, qui, produite en grande partie par un certain climat social et historique, en produit à son tour un autre, se fait initiatrice de nouvelles variétés et de nouvelles espèces intellectuelles et morales.
Le fait de cette efficacité initiale et transformatrice que le génie exerce autour de lui, en créant de nouveaux milieux moraux, a été opposé récemment à la théorie de Taine. Le plus notable de ses contradicteurs me paraît être Emile Hennequin, dans son volume publié en 1888 sôus ce titre : La Critique