LES PENATES
Prends ton ciseau, sculpteur ; polis ton diamant, Lapideur; émailleur, fonds ta pâte. Les belles Que j'aime, les voici ; je les veux immortelles ; Éternisez pour moi leurs grâces d'un moment.
Sauvez-les de la mort par votre enchanlemenl. L'une est noire; ses cils couvent des étincelles. Le jaspe étoile d'or me rendra ses prunelles. Et le basalte noir son corps souple et charmant.
L'autre est de jais, d'albâtre, et d'ambre chamarrée ; Pour sa robe, taillez la roche bigarrée; L'émeraude fera la splendeur de ses yeux;
Et j'aurai, pour peupler mon intime oratoire. Parmi mes Dieux privés, deux Lares glorieux, La Vénus tricolore et l'Aphrodite noire.
TAINK POETE
LA PHII-OSOPIIIK
DexxK sages ont connu la véiilc suprême ; Mais chacun dément l'autre et le condamne à tort ; L'un nous dit: « Soutiens-loi, sois patient et fort ». Et l'autre : « Sois heureux, jouis à l'instant même ».
Épicure et Zenon, sur l'antuiue trirème. Ont serré de trop près ou l'un ou l'autre bord. Nous échouons comme eux en aUeiRnant le porU Left chal« onl ré8<»1u riii-^loble problème.
Lo pUi*ir. comme il vient ; In douleur, n'il le faut, Pu»8* VOUS ncceplcz. tout, et ïc. îtoleil» lù-haul, f^nd il fuiil son tour d«nB Timmeiisilé bleue,
Vou^ voil, couchée en cercle, au «oîr comme au nmtia; lleureiiBC «an» efToH. réHiiri>ée au ilesUn, Liwcr ttonehnlnmmcnl le» poils de votre queue.
VU
l.*EN8HI(>N»:3lluNT
TouB moeU au Sénnl. fu> aftl>i h la f^nlière : Honte partout. Cé«nr ayanl lu^. bu^tiil; U porc im|>énal. lounl du vin qu'il c">'"'^ SouH l«8 yeux des fioldald ronflait daiB sa iilicre.
Pourtant de vieux Uomuinti gardaient leur Ame entière ; La nuil. pr^ du lit d'or, de |>ourpre el de duvoL Le«r philoHopho annis ll*.iit ii lem' che>el ; L^eeprit aidait Pcuprit h dompler la maligne.
Toul s'écroule aniourillitii. hi patrie et U^ niiL'urfl, Nous au**i, i»ouTTiRM>ii-. ^-iir nifTemiir no* c<rur», Un iDédccin de lâmc, un sage h domicile.
Je n'ai iamai« HoufTcH quelquon qui me prèchAl ; Mais doux MkgcH muet* rlxyj moi trouvent a^^de, Pétrone et Thraséas dans ta peau de mon dial.
TAINK l'OliTli
LA Pn\TIQUE
« Cultive ton jardin ••. disaitMil G(i*the cl \ ollalrc ; Au delà ton ouvrage esl. caduc et mort^né ; Enfermons nos elTorts dans un cercle borné : Point d'écarts ; no cherchons le ciel cpio sur l:i h'rre.
Ainsi fait notre ami ; comme nii vienv militaire. Il brosse son liabil nitiM qu'il :i dîné, Dans son domaine étroit librement confiné. Ministre tic 5ui |ieau, tout «i non ministère.
H s épluche, il 9C Hkkc, il sait ce ifuil ne doit. Pauvre petit torchon moins large que le doigl» Sa langue o^t tour ^ tour éponge, étrille et iM*igne.
Son BOX rejoint Mm doK ; il li^rhc en in^^iHlanl ; î*ûA un pou fti lointain que la râpe n'allei^iK*. Gœtiie. instruit par Voltaire, en a-t-il fait autant?
L<*s pelilîi ont dc^ix moU; tourr»'»; comme de* our*. LnKlr«*s comme des loirs, \U sont bien 4le leur rare. Juin flambe en eux, janinin l«.'ur souple^^ • iiN'St tas$e ; Il faut h liMirs ébniH les y***>itt^ lieures d<- , j,Kin;.
Dm^ant leurs relufi aisfués sur leurs pietls 4le velours 1I« s'airronteut ; soudain» l'un il Tanin» s'enlace ; lU roulent ; ton* leurs jeux sont des assauts <le gHksa; Aupr/^ç d'eux IcschevreuiK lH>ndiftsant5;Mîmblenl lounts.
La grâce en les enfanta, la beauté dans les ro^ieSi Là nature Impuiîwanlc en se-» métamorpiMMes, N'a que deux fois produit le cber-<iVuvra parfait.
Hors d'elle» Tari va^t empt^ln; dans ses langes.
^>u*a fait lorgiicil humain ? le« peinirod, qn^flMI» fail*
Corrége, den nniours« et Hapliai^. <l<'*i ange^î
TAINE POETE
TAINE POETi:
LA SENSIBILITi:
Des cils roides et longs, antennes hérissées. Font sentinelle autour de son nez frémissant ; Et le plus léger bruit qui le frôle en passant Élargit sur son front ses oreilles dressées.
Quand la nuit a brouillé les formes effacées, Il voit; le monde noir ù son regard perçant Ouvre ses profondeurs ; il dislingue, il pressent ; Ses sens plus acérés aiguisent ses pensées.
Des craquements de feu courent sur son poil roux; Tout le long de sa moelle un tressaillement doux Conduit rémolion en son âme inquiète.
Les poils de son museau vibrent à l'unisson,
Et sa queue éloquente a le divin frisson,
Comme une lyre d or aux mains d'un grand poêle.