I.ÉVY-BRUHL. ii
vous cherchez toute vérité là où je la cherche : dans le sanctuaire le plus intime de notre être... Seulement vous procédez par intuition, et moi par la forme du système philosophique Vous poussez droit au point central : moi, j'ai
surtout affaire aux éléments, et je ne veux encore qu'aplanir la voie. Il serait donc fort possible que tout autre que vous n'aperçût pas aussi nettement notre accord qu'il est évident pour moi l . . . »
On sent, à l'insistance môme de Fichte, qu'il n'est pas tout à fait sûr de trouver Jacobi disposé à regarder les choses de ce biais. Celui-ci voudra-t-il reconnaître l'identité foncière de leurs deux doctrines? Sans doute, Jacobi n'était pas insensible aux remarques que Fichte faisait valoir tout à l'heure, quand il montrait que la raison d'être de la philosophie est dans l'action. Puis Fichte devait lui être agréable comme l'accomplissement vivant d'une prédiction qu'il avait souvent faite aux disciples de Kant. Et enfin la chaleur, l'enthousiasme moral de Fichte n'étaient point pour déplaire à Jacobi. C'était bien toujours la morale du devoir et de l'impératif catégorique, mais sans la rigidité froide et comme juridique, sans la condamnation méprisante du sentiment que Kant avait crues nécessaires. C'était une morale plus communicative, et en un sens plus humaine, vivifiée par un sentiment énergique de la solidarité.
Jacobi tient compte de tout cela. Dans son Epître à Fichte, il ne lui ménage point les louanges. Il salue en lui le véritable successeur de Kant, dont il achève l'œuvre. Fichte a mené à bien la révolution que Kant avait commencée. Fichte reçoit môme le nom de « Messie de la raison pure 2 ». Réduire Kant au rôle de précurseur, c'était forcer un peu l'éloge, et Jacobi dut s'en expliquer dans la suite. Il voulait dire que l'idéalisme encore hésitant dans la Critique de la Raison pure avait trouvé sa forme définitive dans la Doctrine de la Science. Remarquez, d'ailleurs, que cette « Epître »