JACOBI ET FICHTE
commence par la faire évanouir. Jacobi n'aura donc pour la philosophie qui analyse et qui généralise que raillerie et mépris. Rappelez-vous la scène de Faust où Méphistophélôs, grave sous la robe du docteur, vante à l'étudiant qui le consulte les procédés de la science :
Pour connaître et décrire une chose ayant vie, Mettez dehors l'esprit premièrement, Alors en main nous avons les parties, Le lien spirituel y manque seulement '.
N'y aurait-il pas là, comme un écho des conversations de Gœthe et de Jacobi ?
Quoi qu'il en soit, Fichte dut se rendre à l'évidence, et renoncer à l'espoir d'amener Jacobi à son idéalisme transcendental. Il en prit son parti, et il s'en expliqua nettement dans une note de son opuscule satirique Vie et opinions étranges de Frédéric Nicolaï (1801). Des dissentiments considérables, dit-il en substance, se sont élevés entre Jacobi et moi. Ils tiennent surtout à ce que Jacobi ne m'a pas compris sur certains points essentiels, et cela, très probablement, par ma faute. « Mais quelle qu'en soit la raison, et quelque langage que Jacobi juge bon de tenir sur moi, qui puisse m'obliger à lui répondre ; — et môme si, selon la destinée commune, Jacobi subissait l'affaiblissement de l'âge, et n'avait point d'ami pour l'avertir et l'empôcher de paraître inférieur à lui-môme devant le public ; — rien de tout cela ne m'empochera de le regarder, pour le passé, comme un des premiers hommes de son temps, comme un des rares chaînons de la vraie tradition philosophique *. »
L'éloge n'est pas mince. Mais il a comme un air d'oraison funèbre, et Jacobi dut sentir surtout ce qu'il avait de mortifiant. Il est pénible à un philosophe de s'entendre vanter pour son action « dans le passé », et l'allusion au déclin de
i. Goethe, Faust, 1" partie. Traduction de François Sabatier. Paris, 1893, p. 70.