SW, 1U
cru lui interdire à jamais les aventures et les erreurs du dogmatisme métaphysique ?
Kant avait résolument fait à la croyance sa part. Si les objets métaphysiques, dans sa doctrine, étaient indémontrables pour la raison théorique, cela permettait du moins de les concevoir tels que le cœur et la conscience les réclament. Rien n'empêchait de croire à un Dieu bon, à une Providence qui règle l'ordre du monde, et vers qui peuvent monter les adorations et les prières. Le kantisme, par ce côté, se conciliait avec les convictions de Jacobi, qui sont pour lui la mesure de toute vérité. Mais déjà Fichte, plus confiant en la raison pure, et plus dogmatique, s'élève à la science absolue, et définit Dieu « l'ordre moral de l'univers ». N'allait-il pas jusqu'à dire que la personnalité et la conscience de soi sont incompatibles avec l'idée de Dieu? Et voici que la « seconde fille » de la philosophie critique, la doctrine de Schelling, supprime même la prééminence reconnue par Fichte à l'ordre moral. Elle divinise simplement la nature.
Ici la critique de Jacobi devient tout à fait malheureuse. Il n'a pas compris Schelling, et l'on se demande s'il l'a bien lu. Il maintient avec opiniâtreté, mais sans preuves, que le système de « l'identité absolue » est simplement un « spinozisme retourné », et que son auteur est incapable de s'élever au-dessus du point de vue naturaliste. Il y trouve donc la forme la plus blâmable et la plus dangereuse de l'athéisme. Il lui oppose son propre dogme de la personnalité divine, sur un ton d'affirmation aigre, et d'irritation impatiente, — on est tenté de dire, sénile, si l'on réfléchit à l'âge que Jacobi avait atteint. Il croit accabler Schelling , et tous ses arguments portent à côté. La philosophie qu'il réfute, Schelling ne l'a jamais enseignée, et celle que Schelling enseigne, Jacobi ne paraît même pas l'apercevoir.
Schelling profita de l'occasion qui lui était offerte. Il habitait Munich, comme Jacobi : il faisait partie de l'Académie dont Jacobi avait été président. Les rapports entre les deux