I.ÉVY-BRUHL
fère. Certes sa correspondance avec Wieland, avec Gœlhe, avec Herder est fort intéressante ; mais elle ne nous découvre pas toujours le fond de sa pensée. Il ne parle en toute franchise qu'avec les autres, qui sont ses amis de cœur. Leur façon déjuger est aussi la sienne. Comme eux, il sera sévère pour les romans de Goethe, pour Wilhelm Meister et pour les Affinités électives, parce que le ton et les tendances de ces œuvres ne peuvent que choquer un mystique1. A Paris, il a voulu voir Saint-Martin. Bien qu'il ne soit pas érudit, et qu'en dehors de Platon et d'Aristote, il ne cite guère que des philosophes modernes, on est surpris parfois de voir où l'ont conduit les hasards de ses lectures. Il citera, par exemple, Hugues de Saint-Victor8, ou, pour commenter Spinoza, il reproduira 'de longs passages de Giordano Bruno, dont il paraît avoir compris (à la suite de Hamann, il est vrai) le panthéisme original et un peu mystique 3.
Ces affinités achèveraient d'éclairer le sens de la doctrine, s'il restait sur ce point la moindre obscurité. Mais jamais philosophe n'a plus souvent ni plus ouvertement proclamé ce qu'il voulait que sa doctrine fût. S'affermir dans les convictions de son spiritualisme spontané, justifier son « pressentiment du vrai », tel est le but; subordonner le raisonnement au sentiment, l'intelligence au cœur, telle est la méthode. Jacobi croit à une révélation immédiate non seulement, du bien, mais aussi du vrai. Selon lui, dire que l'homme est un être raisonnable équivaut à dire qu'il est un être religieux. La dignité de l'homme et son essence même consistent dans son union intime avec Dieu, union aussi manifeste qu'incompréhensible. Dieu se révèle à l'âme dans une intuition qu'il est impossible d'expliquer, non moins impossible de méconnaître.
Mais, d'autre part, ce mysticisme est singulièrement timide et réservé. Sans doute, Jacobi célèbre avec enthou-
i. ZOppritz, n, 33, 43, 44.