‹ La philosophie de Jacobi (volume 2)Chapitre 38 sur 161 · SW, VI, 16o · texte numérisé non relu

SW, VI, 16o

raison est universelle, saine et parfaitement exercée, sans s'apercevoir que cette raison est, au contraire, misérable, lamentable, pauvre, aveugle et nue '. » Ces gens, si on les laissait faire, itéraient du monde toute poésie et toute réalité, toute vérité et toute vie, tout miracle en un mot, pour ne laisser en la place que vide, abstraction, mort et mensonge. Hamann leur conteste jusqu'au droit de parler de Dieu. Dieu se révèle comme il lui plaît, et par l'intermédiaire des livres sacrés : mais la raison est bien téméraire qui s'imagine l'atteindre sans un secours surnaturel. « L'objet de vos réflexions et de votre dévotion n'est pas Dieu ; c'est un pur symbole verbal, comme votre « raison humaine universelle », que vous divinisez, et dont vous faites une personne réelle, par une licence plus que poétique ». » Aux yeux de Jacobi, la religion naturelle est suspecte : aux yeux de Hamann, elle est impie.

Aussi bien, si Herder, Hamann et Jacobi sont d'accord pour reprocher à la philosophie dominante de leur temps son impuissance et sa présomption, ils s'y prennent diversement pour la combattre. Chacun d'eux y révèle la tournure particulière de son esprit. Herder a touché aux problèmes philosophiques en théologien, en critique, en esthéticien, en historien, en philologue, de toutes manières enfin, mais non franchement en philosophe. Il s'y essaiera une fois, pour réfuter la Critique de la Raison pitre, et la tentative ne sera pas heureuse. Herder est avant tout, comme Madame de Staël l'a bien vu, un homme d'imagination. Il a le goût de l'exotisme, le sens de l'histoire et le don singulier de faire revivre le passé le plus lointain, ou plutôt d'y revivre lui-môme. A l'humanité abstraite dont parlaient ses prédécesseurs, il substitue une humanité vivante, avec la riche variété de ses langues, de ses mœurs, de ses civilisations et de ses religions. Et son œuvre, déjà très féconde, l'eût été davantage encore, s'il avait su s'astreindre à une

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