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méthode, et s'arrêter à un certain ordre de travaux. Mais une sorte d'inquiétude naturelle l'en empêchait. Il lui fallait parcourir sans cesse de nouveaux sujets : aujourd'hui la Bihle, demain le foJk-lore (dont il est un des inventeurs), plus tard les Idées pour servir à V histoire de l humanité ou le Romancero du Cid. « Hcrder est tout un monde à lui seul, dira Jean-Paul, mais il lui en manque un second pour y prendre son point d'appui1. » Evidemment un esprit si mobile n'était guère propre à une polémique suivie et serrée contre la philosophie « des lumières ». Sa fonction est de produire, non de discuter. Il combat ainsi d'une façon indirecte, qui n'en est pas moins efficace. Car en accoutumant ses contemporains à de nouvelles vues sur la littérature, sur les religions et sur l'histoire, il déconsidère plus sûrement les idées régnantes que s'il les attaquait de front.
Quant à Hamann, s'il n'a pas fait une critique méthodique de la doctrine qu'il détestait, c'est pour d'autres raisons. Il estime, selon le mol de Pascal, que la philosophie ne vaut pas une heure de peine : il ne s'y arrête donc pas. La prendre au sérieux serait lui faire trop d'honneur, ou se duper soimême. Il y a mille manières préférables d'employer ou de perdre son temps. Toute discussion philosophique est aux yeux de Hamann pure logomachie, dans l'acception la plus stricte du mot. Plus les philosophes s'expliquent, et plus les questions s'embrouillent. Jamais, en pareille matière, raisonner ni démontrer n'a servi de rien. Tant pis pour ceux qui ne sentent pas comme il faut sentir, qui ne croient pas comme il faut croire. On ne peut que leur conseiller la méditation et la prière. Tout au plus est-il bon de crever, à l'occasion, d'un coup d'épingle, les ballons gonflés de vent, et de ramener, par quelques épigrammes, une raison trop orgueilleuse à la conscience de son néant. Mais cela suffit : il n'y a pas à s'en occuper davantage. Hamann est d'une parfaite sincérité dans son mépris de la spéculation. Nous l'enten-