‹ La philosophie de Jacobi (volume 2)Chapitre 51 sur 161 · SW, I · texte numérisé non relu

SW, I

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blesse : car la raison de l'homme se possède cl réfléchit; Avec elle apparaissent la personnalité morale et la liberté"] dont il n'y a pas trace chez l'animal. Négligeons-les pour un instant, ainsi que le langage, ce symbole social de la raison : comment n'être pas frappé des analogies que présente l'instinct avec la raison telle que Jacobi la définit? Comme l'instinct, cette raison est une intuition enveloppée dans une tendance; comme l'instinct, elle a son origine dans la fin môme où elle tend; comme l'instinct, elle est prophétique. Reste donc qu'elle soit, comme lui, infaillible. Elle n'affirme pas tant son objet que son objet ne s'affirme luimôme, par la tendance qu'il évoque, et que nous appelons raison.

Voilà certes une conception singulière et bien propre à Jacobi. Autant les philosophes rationalistes, en général, s'efforcent de distinguer l'instinct de la raison, autant Jacobi, sans méconnaître d'ailleurs les différences, insiste sur les analogies. Non qu'il cède à une arrière-pensée : non qu'il obéisse, comme certains sceptiques, au désir de rabaisser la nature humaine, et à un secret mépris de la raison. Au contraire, il estime la raison très haut, mais à condition qu'on la conçoive à sa manière. La raison doit être à la fois intuition, sentiment, tendance et instinct.

Reste une dernière définition que Jacobi répète le plus souvent, et qu'il semble préférer aux autres, sans doute parce qu'elle les enveloppe toutes. La raison, dit-il, est la faculté de l'homme qui présuppose le vrai {Voraussetzung des Wahi'en1). Cette formule a plusieurs avantages aux yeux de Jacobi. Elle implique d'abord que la raison n'est pas une faculté de connaître, bien qu'elle soit, en un sens, une source de connaissance. Elle fait entendre, en outre, que le mode d'activité de la raison est simple et immédiat, et qu'il est donc indépendant des opérations intellectuelles. Enfin, ce qui importe le plus dans la pensée de Jacobi, elle

i. SW, II, 101, Idealismus nnd Realismus, 1787; Hl, 32, Jacobi an Fichte, 1799 ; m, 318.

pose l'objet de la raison avec la raison, bien mieux, avant la raison. Car cet objet existe par lui-môme, et la raison n'existe que par lui. « J'appelle vrai quelque chose qui existe avant le savoir, et indépendamment du savoir, et qui seul lui donne une valeur. .. La perception suppose quelque chose qui se perçoive ; la raison, de même, suppose qu'il existe une vérité. Une raison qui ne présupposerait pas la vérité serait un non-sens *. » Ne nous méprenons pas sur la portée de ce mot « vérité ». Jacobi l'emploie dans un sens spécial, comme le mot « raison ». Il ne se place pas au point de vue kantien : il ne détermine pas la vérité par le rapport de la connaissance avec les lois fondamentales de la pensée. Sous le nom de vérité, il entend ce qui est par soi, hors de l'esprit, indépendamment de lui. Il est réaliste pour la connaissance rationnelle comme pour la connaissance sensible. « La raison présuppose la vérité objective d'une manière absolue, comme le sens externe suppose l'espace, comme le sens interne suppose le temps. Elle n'est que la faculté de faire cette présupposition : en sorte que là où cette anticipation n'existe pas (par exemple chez les animaux), la raison n'est pas non plus. Donc il faut que cette vérité soit donnée à l'homme en quelque façon, si intime qu'elle soit, aussi vrai qu'il possède la raison,. et que ce qu'il appelle ainsi n'est pas une faculté trompeuse *. »

Nous ne multiplierons pas davantage les citations. Nous n'y trouverions jamais que cette môme conviction : il existe une vérité absolue, une réalité éternelle, le beau, le vrai, le bien en soi, Dieu en un mot. La raison de l'homme est le pressentiment irrésistible (Platon disait la réminiscence) de cette vérité suprême. Vers elle nous porto l'instinct fondamental qui est propre à l'espèce humaine, et qui, sous un autre nom, est encore la raison. Nous aspirons de toutes nos forces à cette réalité éternelle, unique source de l'être. Cela équivaut à une intuition, quoique ce ne soit pas

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