SW, VI, 08. Lettre à Schlosser, 25 avril
rantie en dehors ni au-dessus de celle-là *. » Ce sentiment, qui révèle à l'homme l'être absolu ou Dieu , lui révèle du môme coup qu'il participe, sans comprendre d'ailleurs comment, à cette essence absolue. C'est le bénéfice ordinaire des doctrines mystiques, de fournir, non pas une explication, mais au moins une conception simple des rapports qui unissent les êtres finis à l'être absolu. Jacobi ne fait pas exception à la règle. « La raison humaine, dit-il, doit être considérée, d'une part, comme une faculté de perception d'un Divin existant en dehors et au-dessus de l'homme; d'autre part, comme une faculté de perception d'un Divin existant dans l'homme et comme ce Divin lui-même. Si l'être raisonnable n'était pas originairement de nature divine, il ne pourrait aucunement ni jamais parvenir à une vraie connaissance et à un véritable amour de Dieu. » Goethe l'a dit aussi, en beaux vers, mais d'un sentiment plus panthéistique :
Si l'œil n'était pas de la nature du soleil, Comment pourrions-nous voir la lumière?
Si la force même de Dieu ne vivait pas en nous, Comment le Divin pourrait-il nous ravir2?
On a pu remarquer que, dans cette théorie, il est à peine question de l'activité de la raison sous sa forme logique. L'omission est significative, surtout au moment où Kant, par la Critique de la Raison pure, venait d'appeler l'attention sur les conditions a priori de la connaissance. Elle a été volontaire. Jacobi tient à renvoyer à l'entendement les fonctions logiques. Avec ces fonctions en effet apparaissent, selon lui, l'abstrait, le général, le nécessaire, en un mot, la science : avec la science, le déterminisme universel, et, à sa suite, une métaphysique naturaliste. Or c'est précisément pour échapper à la nécessité et au naturalisme que Jacobi a voulu se faire une philosophie. Il faut donc que la raison révélatrice du vrai soit indépendante de l'entendemsnt logique. Il faut