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lement une « science » de la métaphysique, non moins exacte, non moins démonstrative. L'entreprise était extravagante, puisque l'être dans son essence ne se laisse ni « expliquer », ni « démontrer », et que l'intuition qui le révèle n'a rien de commun avec la clarté logique.
« Il me semble, écrit Jacobi à Hamann dans une de ses premières lettres, que notre philosophie s'est engagée dans une funeste impasse. A force de chercher l'explication des choses, elle perd de vue les choses mômes. Et ainsi la science devient sans doute très exacte et les esprits très éclairés ; mais du même coup et dans la même proportion la science devient vide, et les esprits plats. Selon moi, la fonction essentielle du philosophe consiste à « dévoiler ce qui est ». Expliquer n'est pour lui qu'un moyen, le chemin qui conduit au but, une fin provisoire, non la fin dernière. La fin dernière est ce qui ne se laisse pas expliquer, le simple, l'irréductible à l'analyse... Voilà ce que j'ai voulu faire comprendre dans mes romans, témoignant ainsi de mon mépris pour l'ignoble philosophie de notre temps, que j'ai en horreur. » Et Jacobi conclut par une de ses formules favorites. « La lumière est dans mon cœur, mais dès que je veux la transporter dans l'entendement, elle s'éteint. Laquelle des deux clartés est la vraie, celle de l'entendement, qui nous présente, il est vrai, des formes définies, mais derrière elles un abîme sans fond ; — ou celle du cœur qui nous donne sans doute des espérances sur l'au-delà, mais qui ne nous fournit point de connaissance distincte i ? » C'est la misère de l'homme que, de ne pouvoir joindre ces deux clartés en un faisceau lumineux unique : de n'avoir point ce qu'on appellera plus tard une « intuition intellectuelle ». L'entendement ne sait que tirer des conséquences : la raison ne donne qu'un pressentiment du vrai ; au moins ce pressentiment est-il véridique. Quel aveuglement, si, dans notre désir d'expliquer l'inexplicable, nous abandon-