‹ La philosophie de Jacobi (volume 2)Chapitre 76 sur 161 · SW, II · texte numérisé non relu

SW, II

semble ignorer que Descartes, pour ne citer que lui, attribuait à la volonté libre la décision qui prononce ou qui suspend le jugement. Et pourtant Jacobi est, lui aussi, partisan de la liberté. Mais il ne lui reconnaît de rôle que dans l'action morale, et point dans rétablissement de la certitude. La raison en est double. En premier lieu Jacobi, tout en croyant à la liberté, admet le mécanisme psychologique rigoureux que lui avait enseigné Bonnet. Puis sa définition môme de la croyance exclut l'intervention de la volonté réfléchie. La croyance, en effet, est un sentiment « objectif », et, par luimême, irrésistible. Or si la certitude comportait un élément volontaire, elle comporterait aussi un élément de doute possible. C'est ce que Jacobi ne saurait admettre. Il ne dépend pas de nous de suspendre notre jugement, car il ne dépend pas de nous d'accepter ou de rejeter l'objectivité du « sentiment de la raison ». Celte objectivité s'impose. Aussi Jacobi dit-il expressément : « Toute croyance est un abandon involontaire de l'esprit à une représentation de la réalité ' . »

Professer ainsi une sorte de dédain pour les conditions logiques du savoir, et ne reconnaître de certitude entière et parfaite que celle du sentiment, n'était-ce pas braver les « philosophes » ? Le défi fut relevé avec vivacité, et les objections surgirent de toutes parts. Jacobi crut habile, pour sa défense, de se couvrir de l'autorité de Hume. On sait, par le mot célèbre de Kant au commencement des Prolégomènes, ce que la lecture de Hume avait été pour lui. On sait moins peut-être que les autres philosophes allemands du temps le lisaient aussi, et que plus d'un porte la trace de cette influence. Hamann, par exemple, qui parle toujours cavalièrement des philosophes de profession, n'épargne guère que Hume. « Crispus8, écrit-il, sait Hume par cœur : hier soir encore il me remerciait de lui avoir indiqué le premier ouvrage de ce philosophe (le Traité de la Nature Humaine) ,

Page 1