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méthode, et sarrôter à un certain ordre rie travaux. Mais une sorte d"iuqiiii5tude naturelle l'en empochait. Il lui fallait parcourir sans cesse de nouveaux sujets : aujourd'hui la Bible, demain le folk-lore (dont il est un des înTentours), plus tard les Idéps pour servir à l'histoire de l'humanité ou \f Ro- To du Cid. « Herder est tout un monde à lui seul, dira ^eau-Paul, mais il lui en manque un second pour y prendre *1ïon point d'appui'. » Evidemment un esprit si mobile n'était guère propre fi une poli^mique suivie et serrée contrôla philosophie « des lumières ». Sa fonction est de produire, f non de discuter. 11 combat ainsi d'une façon indirecte, qui 1 est pas moins efficace. Car en accoutumant ses contemirains à de nouvelles vues sur la littérature, sur les reli- ■igions et sui' l'histoire, il dr'considère plus sûrement les tdi^us rognantes que s'il les attaquait de front.
Quant fi Hamann, s'il n'a pas fait une critique méthodique de In doctrine qu'il détestait, c'est pour d'antres raisons. Il estime, scion le mol rie Pascal, que la philosophie ne vaut pas une heure de peine : il ne s'y arrCle donc pas. La prendre Lau sérieu."! serait lui faire trop d'honneur, ou se duper soiliIDéme. H y a mille manières préférables d'employer ou do perdre son temps. Toute discussion philosophique est aux iyeux de Hamann pure logomachie, dans l'acception la plus "stricte du mot. Plus les philosophes s'expliquent, et plus les questions s'embrouillent. Jamais, en pareille matière, raisonner ni démontrer n'a servi rie rien. Tant pis pour ceux qui ne sentent pas comme il fatit senlii', qui ne croient pas comme I fl faut croire. On ne peut que leur conseiller la méditation et ■ la prière. Tout au plus est-il bon de crever, à l'occasion, f d'un coup d'épingle, les ballons gonOés de vent, et de ramener, par quelques épigranimes, une raison trop orgueilleuse il la conscience de sou néant. Mais cela suffit : il n'y a pas à s'en occuper davantage. Hamann est d'une parfaite sincérité dans son mépris de la spéculation. Nous l'enlen-
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JACOBl ET LA PHILOSOPHIE " DES LUMIÈRES " 49
drons plus d'une fois gourmaiider ou plaisanter Jacobl sur lo sérieux qu'il apporle aux questions de ptiilosophie, et sur les efforts qu'il l'ait pour y voir claii". C'est de l'amour-propre mal ■ placé, lui dit-il, ou de Tenfantillage '.
Aussi l'historien de la philosophie peut-il se contenter d'un coup dVpit jeté au passage sur Hamaiin, et môme sur Herder. ., Tous deux ne lui appartiennent qu'à peine, et d'assez loin. Jacobi, au contraire, s'impose à son attention, et doit la re- ] tenir plus longtemps. Hamann se défeudait d'élre philosophe ; • Jacobi se défendra de ne pas l'ôtrc. Sans doute il penche, ■ lui aussi, vers le mysticisme, et nous le verrons en faire] l'aveu. Mais il s'arrête sur la pente. Il ne veut pas ûtre con- ' fondu avec ceus qui disqualifient purement et simplement la « raison, et qui lui refusent la faculté de discerner- le vrai. .| Ainsi, Kant ayant semblé douter que Jacobi reconnût à la raison une autorité décisive en matière de philosophie (sur la J question de l'existence de Dieu), Jacobi proteste avec vivacité. « Je serais très fâché que vous me prissiez pour 1 un « supraoaturaliste ». .. Je n'ai jamais fait dériver mon j théisme que du fait toujours présent de l'intelligence humaine, de l'existence de la raison et do la liberté *. « Et il se ( demande comment une telle pensée a pu venir à Kant. Sa I philosophie ne consiste donc pas uniquement eu un appel au | sentiment et à la croyance. Dans la mesure où sa méthode e ses principes le lui permettent, il s'est efforcé de légitimer | la doctrine qu'il propose. Légitimer, dira-t-îl, et non pasl démontrer : car « le vrai 'i , immédiatement donné à toiito J âme raisonnable, se voit, se sent, s'éprouve, mais ne se prouve pas. Cette légitimation se présentera sous deux formes. Tantôt elle sera directe : Jacobi essaiera de montrer que l'intuition (ou sentiment), est la source unique de la certitude et du savoir portant sur le réel. Tantôt, par une mé-
1. SW. m, 337. LeUre de Hamann à Jaenbî du 30 nvril 1787. Hegel a bisn tu que Hamann avait une Msr.i petite -opiuioa île la doctrine de Jacobi, ol qu'il ne le lui cnolinil pas i lui-mime. Heqbls Werke, XVU. Ueber Hamann's Schnftm. p. 1O3-106.
2. SW, lU, 529-30. Lettre de Jacobi à Kant du IG norembre 1789.
bo Là philosophie de jagobi
thode inverse, il fera voir que toute philosophie qui prétend se fonder sur une démonstration n'atteint pas le « vrai », et qu'elle blesse Tâme humaine dans ses convictions les plus chères. C'est ainsi que nous le verrons combattre successivement Mendelssohn, Kant, Fichte et Schelling. Se déclarer contre tout système de philosophie, comme le remarque Schleiermacher , c'est là un trait caractéristique de la doctrine de Jacobi. La polémique en devient ainsi une partie essentielle : ou plutôt, ce n'en est pas une partie, c'est la doctrine même, qui justifie de sa vérité par la fausseté de toutes les autres. Pour être fidèle à la pensée de Jacobi, il nous faudra donc, à son exemple, donner autant de place à la critique des autres philosophies qu'à V « illustration » de sa propre doctrine.