‹ La philosophie de JacobiChapitre 25 sur 141 · sw, n · texte numérisé non relu

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en soi'. » Il serait difficiie d'insister avec plus de force sur la subordination de l'élément intellectuel. Remarquez aussi le mot favori qui reparaît sans cesse sous la plume de Jacobi : inexprimable (itnaussprecklkh). Il ne convient pas mal à un philosopbe du sentiment.

Mais, dira-t-on sans doute, cette théorie de la raison est étrangement incobérente et contradictoire. Comment Jacobi peut-il soutenir à la fois que la raison est une faculté d'intuition, et qu'elle est un sentiment sans inluilion ? Une affirmation exclut l'autre : il faudrait choisir. — L'objection porte plutôt conti'e la terminologie de Jacobi que contre sa doctrine. Celte terminologie n'est pas seulement déconcertante comme un défi jeté à l'usage ordinaire des philosophes : Jacobi a lo tort de ne pas se tenir toujours exactement aux définitions qu'il a iui-môme posées. Mais, dans le fond, il ne se contredit point. S'il s'est servi du mot « intuition », c'est faute d'un meilleur. Il voulait désigner spécialement l'action directe et immédiate de Tobjet suprasensihle sur l'âme, analogue à l'Impression de l'objet sensible sur l'œil. Poussez le parallélisme jusqu'au bout. Dans la vision, ce n'est pas, à proprement parler, le sens qui perçoit, mais l'entendement. Car le sens témoigne seulement de la présence d'un objet, et c'est l'entendement qui recueille, élabore et organise les données du sens. De même l'effet immédiat de l'impression des réalités suprascnsibles sur notre « œil spirituel » n'est pas non plus une connaissance ; c'est un sentiment. Mais ce sentiment est « objectif ", c'est-â-dirc, témoigne de la réalité de l'objet qui le produit. Voilà en quel sens Jacobi s'est cru en droit de l'appeler aussi intuition. Car, bien qu'il ne soit pas une connaissance, il s'accompagne pourtant d'une croyance irrésistible à l'e-ïistencc des objets suprascnsibles, et nous trouvons ainsi dans ce sentiment une certitude immédiate que rien n'ébranle.

Aussi bien l'Ame ne reste-l-e!le pas passive en présence de

1. sw, m, 3i7, Ton den gStllicken Dingtn iwtf ihrer O/Tenbarung.

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ces objets. Elle se sent altiriie par eus : le u sentîmeiil objectif est aussi une appi^tition. « Une vérité immédiate, positive, écrit Jacobi, se découvre à nous avec et dans le sentiment d'une tendance qui nous élève au-dessus de tout intérêt sensible, passager, contingent : et cette tendance se manifeste, à'iiQp manière irrésistible, comme la tendance fondamentale de la nature humaine'. » D'où une nouvelle déQnition de la raison. « L'homme se connaît comme un être absolument dépendant, dérivé, cacbé à lui-mCme. Mais il se sent poussé par une tendance ù rechercbei" son origine, à s'y reconnaître et à expliquer sa nature par celte origine même. Cette tendance, particulière à son espèce, il l'appelle raison*. » Comment l'homme sait-il que sa propre existence est une énigme ? Comment naît en lui le souci de se demander d'où il vient, où il va, et ce qu'est ce monde où il vit? D'où a-t-U appris qui! ne saurait subsister un instant sans le concours de Dieu? L'homme, dont la réflexion a soulevé ces problèmes, ne peut les chasser de son esprit. Il ne peut pas plus, dira Kant, se passer de métaphy-siqiie que d'air respirable. Dites simplement, répondrait Jacobi, qu'il est raisonnable. Car la raison n'est qu'un besoin irrésistible de se poser ces questions, et une tendance non moins irrésistible à y répondre par rafûrmation des réalités métaphysiques, tout inconnues et inconnaissables qu'elles soient. La raison, c'est l'instinct de l'absolu. Jacobi ne recule pas devant le mot. iiQuoil l'instinct 1 dites-vous, l'instinct aveugle, l'iustinct inintelligent, l'esprit des botes ! — Oui, l'instinct, vous répondi-ai-je. Car seul l'instinct voit véritablement, seul il puise le savoir à sa source : il est l'esprit de Dieu. Chez l'animal, l'instinct est une sorte de prophétie. Il en est une aussi chez l'homme, mais plus haute. L'instinct fait chercher et trouver à l'animal ce qu'il désire sans lo connaître : je veux dire la nourriture qu'il n'a jamais goûtée encore, qui est éloignée de lui et cachée à ses yeux. Eh bien !

l'homme est en quête aussi; mais en quête de quelque chose d'invisible qu'il ne coanatt pas non plus, et dont il n'a le sentiment que par le besoin qui! en éprouve : — le besoin propre à nn esprit dont l'essence est de savoir qu'il n'a pas son être en lui-môme, et qu'il existe uniquement par la grâr,e d'un autre, sans qui la vie s'évanouit '. n

Nulle part ne s'est mieux exprimée la pensée maîtresse de Jacobi : substituer k un savoir nit'rtiat, et nécessairement imparfait, la certitude d'un sentiment spontani?. La raison ne (( ronnall » pas Dieu, car l'ahsolu, pour un ôlre fini, est inconnaissable. Mais elle est l'instinct qui nous fait chercher Dieu. Croire en Dieu est naturel à l'homme, comme de marcher sur ses deux jambes*. Essayez d'établir l'existence de Dieu par des preuves démonstratives : vous serez étonné de voir vos preuves conduire au panthéisme, ou à une conception naturaliste de l'univers sans Dieu. Ainsi le veut la nature (te rcntendement. Vous arrivez en raisonnant à une conclusion que vous repoussez de tonte votre ïVme. Fiez-vous donc plutôt à la raison, c'est-à-dire à cet instinct irréfutable, dont la présence en nous est une absurdité, si Dien n'est pas. " Ils (nos adversaires) demandent avec arrogance : Pai' quoi cet instinct se légitime-l-ir? Et quand nous répondons en toute hiunilité : par rien, sinon par sa propre puissance et par son dnit de primogéniture , c'est pour eux une abomination '. »

En un mot, dans la raison comme dans l'instinct, il y a quelque chose qui passe nos explications et nos analyses. L'instiuct de l'animal est infaillible, prophétique, et, en un certain sens, divin. Il est à la fois intuitif et aveugle, pensée et tendance. Il domine l'expérience, puisqu'il la précMe et la guide : â peine, sans lui, serait-elle possible. Il est l'idée devenue impulsion. Les mûmes caractères se retrouvent dans la raison humaine, mais avec iufmimenl plus de no-

1, sw,ni,2ie.

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