‹ La philosophie de JacobiChapitre 27 sur 141 · SW. ni, ilM. LviUe h Sclilosstr du il jauiier · texte numérisé non relu

SW. ni, ilM. LviUe h Sclilosstr du il jauiier

LA PlilLOSOPUlE DE JACOBI

I Monlrcr, dit Jacobî, que l'homme est, de sa nature, une

L créalure religieuse, et qui doit avoir Dieu toujours présonf

( k la pens(''e, sous peino de faire celle découyerte, que la

I vérilé de toutes les VL^ritiîs est qu'il n'y a point de vi'M'ité;

Toilà à quoi je suis propre. » Mais, ajonle-l-il, je ne puis

faire davantage, « rdr ma propre croyance n'est pas un roe . . .

Bref, le jugement dernier doit venir un jour, ou bien je nù

Tois rien de mieux que de nous rompre le cou, — le plus tût

sera le mieux, — et rie mellrc fin ainsi h celle chose ab-

surrie, dégofltante et infAme qu'on appelle l'humanilii '. •>

Cet aveu nous laisse apercovoir chez Jacobi une veine de pessimisme, qui apparaît trop souvent pour que l'on puisse la consiili'rer comme négligeable. En principe, il est optimiste. Sa doctrine de la croyance est, en niCme temps, une doclrine de la conOance : il se fle ans sens, qui nous suggèrent l'idL'e d'uue r<?aliti; extérieure; il se fie au sentiment qui nous porte vers Dieu ; il a foi en la bonté et en l'amour qui sont la raison snpn>me des choses. Mais, comme Socrate le disait du plaisir et de la douleur, l'optimisme et le pessimisme de sentiment sont des dispositions instables, toujours près de se transformer l'une dans l'autre, au mcment môme où elles paraissent le mieux établies. Que faut-il à l'oplimiste de sentiment le plus résolu, pour qu'il tienne le langage du pessimiste le plus amer? Il suffit souvent du rboc d'une impression nouvelle : la confiance qu'il mettait en la lionlé de la cause suprême prend tout à coup conscience de sa fragilité. Jacobi nous en fournit plus d'une fois la preuve. <( Si l'on pouvait, écrit-il, trouver l'assurance dans l'incrOrinlité, je serais depuis longtemps n'-solu â m'y fixer. Car la pensée que j'ai été trahi et comme vendu en ce monde, et que la raison est peut-être le présent d'un être malfaisant, — celle pensée me remplit souvent d'une telle amertume, que je suis tenté de m'flter la vie'. " Il a donc connu lu peur d'être dupe, dont parlait Renan. Mais il n'a |>as pu

TIIËORIE DE L.\ RAISON

supporter l'inciTtitudc. Il n'a pus voulu se contenter d'une | Coi souriante, qui s'acconiniodàt du doule eu lui raisaot sa, j part. C'est pourquoi il a recours à la religion positive, sansJ y trouver pcut-ûlre une entière satisfaction. » Il faut, écrit-il 1 il Pestalozzi, que je sois convaincu de cette vi!rité-ci : « Je I n'ai qu'à remplir mon devoir, et un ôtre suprême se charge j de conduire tout pour le mieux, sans que je m'en inquiète. : Mais commeut arriver à cette conviction? L'cspérience dirait pluLût le contraire. Croyons-en donc la BiLle. Et si la Bible est un livre comme un autre? ^ Alors je ne vois plus de remède aux maux de l'humanitts et je vole pour la tin du monde'. »

Ainsi, l'argument de Jacobi est un dilonino. Ou la raison dit vrai, ou elle est une « menteuse ", une " liction mère de fictions' H. Si elle dit vrai, nous sommes assurés aussitôt de l'e-^istence de l'absolu, dont elle est eu nous le témoignage. Elle nous garantît en mfime temps la nature, qui a son fondement dans cet absolu, la science qui détermine les lois de la nature, la vertu qui aspire à cet idéal de bouté, l'art enfin qui tend à en réaliser le symbole par la beauté. J La vie prend un sens. L'activité de l'homme, soit indivi-l duelle, soit sociale, s'esplique par une lin réelle. Ce n'es plus un jeu incompréhensible, ou, comme dira Schopei}«J bauer, une mystification. La raison, au contraire, est-eli^| trompeuse, elle devient le présent le plus funeste qu'un etn-, nenii ait pu faire à l'homme : mieux eût valu mille fois qm nous en fussions privés. Elle est vraiment la « faculté di^ désespoir ». Aucune vérité n'est désormais certaine, aucune existence même n'est plus réelle. Avec l'absolu, le rcla^ s'évanouit ; la création s'efTondre avec le créateur*. Nia donc la raison, si vous vouIck : mais sachez que la suitd immédiate de (.■elle négation sera l'absurdité en logique, Ira nihilisme en métaphysique, et le pessimisme eu morale.

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