‹ La philosophie de JacobiChapitre 28 sur 141 · SW, m · texte numérisé non relu

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Mais ce dîlemne n'est pas dMsif, et Jacobi ne l'ignoraït pas. Il y a des gens qui ue reculent pas, comme lui, devant ces « conséquences inacceptables ». Il y a des scepticiues. Il y a des pessimistes. Contre eux, son argumentaliou ne porterait pas. Au contraire, ils laprendront à leur compte, et ils la letourneront contre lui : quel moyen aura-l-il de leur prouver qu'ils se trompent? Aucun : mais il aum re- I cours à sa défense ordinaire. 11 rappellera que sa philosophie ne se pique pas de " démontrer », mais seulement de K faire voir » le vrai. Il ue peut que plaindre ceux dont les yeux restent obstinément fermés. Tout ce qu'il a pu faire, [ c'est de leur « illustrer » les motifs que nous avons de croire I ik la véracité de la raison. Voila pourquoi il insistait si fort sur l'analogie foncière de l'instinct et de la raison. L'instinct est infaillible : la raison, qui participe de la même nature, ce doit-elle pas l'ûtre aussi? « Le mouvement de l'âme que cause l'inclination (Trieb), et que nous appelons désir, est un mouvement qui a pour but uniquL' d'atteindre son objet et de s'y unir. Ce principe est d'une application universelle. Nous ne désirons ou ne voulons pas un objet, originairement, parce qu'il est agréable ou bon, mais au contraire nous l'appelons agréable ou bon parce que nous le désirons ou le voulons, parce que notre nature sensible ou suprasensiblo le comporte ainsi. Il n'y a donc pas do principe de la connaissance du désirable ou du bon hors de la faculté de désirer ; — hors du désir ou du voulob- originaire lui-même ' . ■) Appliquez cette formule à la tendance spontanée qui nous attire vers un absolu de bonté et d'amour. Vous direz alors, comme Jacobi, avec Pascal : " L'intelligence du bien est dans le cœur. » Le cœur sans doute ne connaît pas, mais il sent qu'un bien suprême existe. Ce sentiment, Jacobi l'appelle raison. Nulle certitude n'est supérieure à la certitude immédiate qu'il nous donne.

£n concluant ainsi de l'iiislinct à la raison, Jacobi ne fait

t SW, m, 323 (eu Qoln).

en somme que prolonger le paralK'lisme entre le seosible^ et le suprasensiblo dont il a déjà usé plus haut. Il n'a pas d'autre méthode à suivre. Il n'essayera pas de « prouver » que la raison est véridique, que ce « piessenlimeiil du vrai » n'est pas illusoire. A quoLhon? Ces preuves reposeraient sur des principes, et ces principes à leur tour impliqueraient un acte de foi. Croyance pour croyance, celle qui nous porte à l'affirmalion dun absolu, je veux dire de Dieu, est la plus immédiate, la plus spontanée de toutes, celle qu'il faut donc accepter d'abord sans preuves. Tout nous sollicite en faveur de cette croyance. Nous avons d'autres « pressentiments » : ce sont nos inclinations sensibles. Ne voyons-nous pas qu'elles ne sont pas des promesses trompeuses, que les objets où elles tendent obscurément existent, se découvrent, et deviennent une cause de plaisir? Autrement les êtres vivants ne pourraient subsister. « L'âme, dit Jacobi, se manifeste en tout être comme le principe de la nature organisée; car, avant toute expérience, elle le dirige au moyen de connais- 1 sances sans lesquelles il ne se conserverait pas (les ins-1 tincts) '. « Et cette merveilleuse finalité, qui se retrouve dan» T les tendances de tous les vivants, depuis les plus humbles / jusqu'aux plus élevés, se démenlirait tout à coup, et dans ua J seul cas ? Le pressentiment de l'absolu, et celui-là seul, seraitS illusoire"? La tendance au bien suprême, et celle-là seulefl n'aurait point d'objet réel? Rien n'est plus invraisemblable, l Pourquoi, dans ce cas unique, refuser d'écouler l'appel 1 « prophi^tîque » qui, dans tous les autres cas, n'a jamais I menti ? Pourquoi se condamner ainsi au désespoir ?

Nous ne refuserons donc pas notre confiance à la raison^ ] parce qu'elle est croyance et sentiment : nous reconnal- I tmns au contraire que précisément à ce titre elle la mérîte. f Il Toute réalité, aussi bien la corporelle, qui se révèle aux j sens, que la spirituelle, qui se révèle à la raison, est garantie à l'homme par le seul sentiment : il n'y a point de ga-

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