‹ La philosophie de JacobiChapitre 3 sur 141 · PRÉFACE XVII · texte numérisé non relu

PRÉFACE XVII

seul instant). Celte réalité D'est pas objet de science, pai'ce que la science esigerait un objet Use cl identique à luijnôme. Mais cela n'équivaut pas k dire qu'elle soit inconnais-, sable, inaccessible à l'esprit bumain. 11 faut bien qu'elle soÏM accessible, puisque Prolagoras la caractérise, cl qu'il t décrit l'incessante mobilité.

Si la valeur de la connaissance es! mise en doute, c'estdire si l'objet n'est pas connu tel qu'il est en soi, la seule conclusion où la pbilosopbic antique puisse aboutir est le scepticisme. Car pour les anciens, comme l'a (lit M. Boutroux, l'esprit qui conoait, pris en lui-même, est vide : il ne se soutient que par son rapport avec l'objet. Si Tbarmonie entre eux est Irouliléc, la connaissance ne sera pas relative : elle sera nulle. L'bommc n'aura plus qu'à y renoncer, et à se dî- I rîger comme il pourra, par la coutume. Les anciens n'odfl donc pas pu cbcrcher les conditions de la connaissance vraïBfl dans la structure de l'esprit niiïme, comme fera Kanl, qui r duira le i-ôlede la réalité extérieure à Hti minimum presque! inconcevable, A plus forte raison, que le réel put être inac-J cessible â la pensée, et pourtant se révéler à nous par unol autre voie, cette idée leur aurait paru éliange et Jnjusti-a fiable. Ils n'auraient pas compris comment une connaissaucotV refusée à la faculté de connaîtra pourrait Ctre fournie, ou drf moins compensée par la faculté de sentir, de Youloir ou da* croire. Ce cliassé-croisé leur aurait semblé paradoxal, dérairl sonnable, peu compatible avec le sérieux de la pliilosophie.-| El cela ne prend un sens, en effet, que dans uuc pliilosophie'l pénéti'éo de l'esprit chrétien, dominée (parfois à son insu) par les idées de nature déchue, de péché et do rédemption. Celle-ci ne trouvera point de difficulté à considérer la raison comme bornée, sans renoncer pour cela ù posséder la certitude sur les grands problèmes : "Dieu sensible au cœiu", non à la raison. '■ Mais un Grec contemporain de Platon ou d'AristoIe n'aurait vu sans doute dans cette subordinatioa, de la raison à la croyance qu'une superstition, et prcsquftj une absurdité.

:V1JI LA PillLOSOPHIE DE JACOBl

S(!iil pcut-i^tre parmi les modernes, Spinoza rappelle la séri^niLé intcltecluelle des anciens, et la pleine assurance [de la raison qui fait tranquillement son œuvre. Il marche à i dt'monstratîon <Ie la vérit(3, sans s'arrêter à lidOe que cette VL'ritiî te dépasse sans doute à tout jamais. Le sage voit les choses telles qu'elles sont, en Dieu miïme, mb specie œtemilatis. Le spinozisme est ainsi aux antipodes de l'agnosticisme. Spinoza dit, il est vrai, que Dieu est la substance infinie ayant, en nombre infini, des attributs infinis dont nous ne connaissons que deus, l'étendue et la pens(5c. Il semble donc rejeter les autres attributs, dont nous n'avons aucune idée, dans la région de l'inconnaissable. Mais lie ces attributs-là II n'est plus question dans la suite du systÈuie. Spinoza ne les a sans doute mentionnés que poui" parer â une objection possible. Il ne fallait pas que la substance absolument infinie put être dite fmîe par le nombre I de ses attributs. Quoi qu'il en soit, Spinoza s'élève d'un pas , toujours égal, sans hésitation, sans relour inquiet sur luimême, jusqu'à l'ajuonr intellectuel de Dieu. Sa théorie de l'erreur diffère profondément de la théorie de Descarles. Il n'admet point que la volonté libre joue uu rôle dans le juge- [iment, il ne se plaint pas que l'intelligence soit faible et l'ÏJOrDée. Il a l'optimisme intellectuel des grands anciens, et I cette audace tranquille qu'Hegel a célébrée déjà chez Par- ^inénide.

De là ladmiration fervente et constante de Gœthe pour ETauteur de YÉlhique. Le Ion du spinozisme s'accorde à I merveille avec l'idée que Goethe se faisait de l'art et de la L poésie des anciens. Pacifier la nature par rinlelligcnce, pcr- Lcevoir l'harmonie sous les dissonances, et l'éternelle majesté Kiîes lois sous le vêtement changeant des phénomi>nes. voilà ► ce que Goethe goûtait surtout dans la pensée antique, voilà ce qu'il préférait cent fois à l'attitude inquiète d'une raison pleine de doutes, et aux mouvements dune âme agitée de scrupules, de craintes et d'espérances mystiques. Voilà ce ([u'il retrouvait chez Spinoza, avec, par surcroit, une puissance

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