CHAPITRE IV
La Ihêorie de la raison s'achève et s'éclaire par (.l'Ile de bTentendeiiicnt. Jacobi se complaît à les opposer l'un à I l'autre, comme la couiiaissaiice médiate à l'immédiate, el, B dans cette comparaison continuelle, la seconde a toujours l'a- , vantage. Mais, pas plus pour l'entendement que pour la raison, il ne se propose une élude désintéressée el complète. II ! ne se donne pas la tâche du psychologue, ni cello du logii cien. C'est une œuvre militante qu'il a entreprise. Il défend t les convictions qui lui sont chères. Il espère y réussir en L'subordonnant la science à la croyance, ou, comme il dit, l'entendement à la raison, Inipatieut d'atteindre son but, il ne s'arrête guère en chemin. Tout ce qui ne touche pas de près h ce problème, disons mieux, à son problème, il le laisse de cûté : sa curiosité spéculative se conforme docilement aux indications de sou zèle moral. Nous ne trouvei-ons donc rien dans son œuvre qui corresponde à l'étude des catégories, ou à l'analytique des concepts, Non qu'il fût incapable de s'appliquer à ces questions. Il les a vues de près en étudiant la Critique de la Raison, pure, et ■ telle réflexion sur la nature du temps, sur les caractères des [•principes de causalité et de substance, témoigne dune i-é- ' flexion originale et pénétrante', Mais, encore une fois, son
l. VojM par Pïrmplc IV, lii-150, où JacQlil s'efforce d'allribiitr une origine disliriete aui iirincipes de ciuau et de aubitiiacc, pB]-chulot;liiiic pour la premier, et purenicnl logique pour le Heeouil. CT. n, 20U-S07.
objet élait autre. Il ne croyait pas avoir besoin d'(51aborer une analyse nn^thodique de rcnteiidcmenl dans le df^tall de ses fondions. Il parle toujours rie rculendemeut « en bloc » sans spécifier davantage. Cela suffit à son dessein.
L'homme a deux sources originales de connaissance, et I deux seulement : les sens, à qui se manifesle la réalité; exté- ) rieurc, la raison, à qui se révèle l'absolu supràsensible. Quant à l'entendement, il ne produit rien par lui-mùme. C'est une faculti! d'élaboration : elle no peut opérer que sur i des données venues d'ailleui-s. Tout ce qui est premier Ott 1 dernier est hors de ses prises. Rien d'ailleurs n'est vraiment * premier ni dernier dans cette créature imparfaite que nous sommes'. Si quelque chose était, selon le mot de Platon, parent de l'idée, de l'absolu, ce serait la raison, par laquelle se révèle noire essence intime et le but où elle tend. Mais l'entendement ne fait que comprendre. Qu'estce que comprendre? Poser des dilférences et ensuite les concilier. L'esprit humain le plus exercé n'est capable, après tout, que de cette opération fondamentale. Toutes les autres s'y ramèncnl. Percevoir, c'est-i"i-dire distinguer; reconnaître et concevoir, c'est-à-dire former des idées de plus en plus générales, — ou de plus en plus abstraites, — voilfi ce qui remplit la puissance de notre faculté intellectuelle*. Il y a même du danger â vouloir trop comprendre, trop expliquer, h ramener les faits ù des lois de plus en plus générales. « La passiou d'expliquer nous fwt rechercher ce qu'il y a de commun (entre les êtres ou les faits), avec tant d'ardeur, que nous en oublions ce qu'il y a de différent entre eux : nous voulons toujours réunir, là
m LA PHILOSOPHIE DE JAIJOIJI
in^niG 011 il y aurait beaucoup plus (l'avautage â séparor ' . « Seuls les individus ciisteot. Mais cette, individualiti', qui est la rt'alité véritable, IV-nlciidemeut la laisse échapper, la néglige, ou la dissout. Parce que l'individuel « s'explique ■ par le général, nous estimons celui-ci plus réel que celui-là. " Dans la réflexion ou dans l'entendement, les espèces apparaissent comme rfonnées avant les individus, et les genres avant les espèces, comme les produisant même. . . Tout ce qui est particulier a l'air de sortir dune génOralilé créatrice, et ainsi la réalité môme semble n'ôlre qu'un compleinentum pombilitatis, une propriété qui s'ajoute ù la chose*. » Illusion grossière, dont nous sommes Irop facilement dupes I Expliquer le réel, c'est proprement ramener l'hétérogénéité vivante du concret à l'homogénéité immobile de l'abslrail : c'est sacrifier à un besoin excessif d'intelligil>ilité la réalité même de ce que l'on cherche à comprendre. Il y a une absurdité manifeste, une contradîrlion dans les termes, ù vouloir comprendri', k vouloir expliquer « ce qui est ». Le savant n'ignore pas que sa physique est un système de ■ symboles abstraits. Ce reproche ne l'atteint donc pas ; mais l frappe directement le philosophe, qui piélend fiiij'e la
^ïcieiice de l'ttre mOme dans son essence.
Jacobi prend ainsi le contrepicd de l'idéalisme. 11 est réaliste, dil-îl lui-mémo, comme on ne l'a pas encore été". Le plus haut degré de réalité se trouve, selon lui, non dans l'idée, mais dans l'individu, qiù nous est immédiatement donné par la perception. L'individu défie l'analyse. Il a des ressemblances avec les autres individus : nuùs ces ressemblances se sentent, s'apprécient, et ne se mesm-ent pas. Il ne peut pas Ctre « expliqué » : il n'entre pas, sans se mutiler, dans une formule, quelle qu'elle soit. Il est « inex-
b primable ». Réciproquement, c'est à l'opposé du réel, dans la