I. 8W, IU,32t-3;n, 318-17; VI
LA SCIENCE ET LA MÉTArHÏSlQUE
comme l'auteur et le créateur : lui-mime, c'est-ù-dire son ' esprit, sa personne, et non les lois de la nature en lui. Il se sent donc libre, en tant que par la partie supérieure de son être il s'élève au-dessus de la nalui'e, la domine, seu rend mattre, et en use pour ses fins. Car l'espril seul agit pour des fins qu'il se propose librement : l'activité de la nature ! est aveugle et nécessaire '. L'homme a donc, dans sa cona- I cience, la révélation d'une force moialc, incommensural avec les forces de la nature, au moins telles qu'elles se manifestent à nos sens, et gui le fait citoyen d'un autre monde. C'est ce sentiment qu'il exprime en disant qu'il est libre.
Tout cela est fort simple. Quand les philosophes se perdent dans l'inextricable problème de la liberté, ils ne peuvent s'en prendre qu'à eux-mômcs. Ce problème est leur œuvre. Il disparaît lorsque l'on renonce à la prétention de comprendre l'incompréhensible, c'est-à-dire d'expliquer la réunion dans un môme élre de la nécessité et de la liberté. L'entendement proleste, il est vrai. Il répugne h admettre un mystf-rc qui viole, semble-t-il, la loi de causalité ou d'universelle intelligibilité. Mais, réplique Jacohi, c'est la prétention] même de l'entendement qui est inadmissible. Lorsque, non 1 contint d'affirmer la nécessité dans le domaine du mouvement, il nie la possibilité même de la liberté, il dépasse les I bornes de son usage légitime. Car " tout ce qui cal premier J ou dernier » lui échappe : il n'est donc pas juge de ce qui est| possible ou impossible hora de son domaine. La raison, ju- ' géant de plus haut, affirme l'existence rie la liberté, mais ne nie pas pour cela l'existence de la nécessité, et la puissance 1 « sans limites » de celle-ci sur toute la nature.
Ici encore, Jacobi fait bon marché de l'idée d'une contingence possible dans le mondi' des phénomènes. Il ne se demande pas s'il est exact d'assimiler sans réserve la nature à une machine. Sans doute il entend la nature in fibslracto,
i. SW, n, 318 sqq. Ueber die Vn:erlr(nnlichheit des BegHff's der ' FreyheiC und Vorschung von dem Dégriffé der Femmfl, nuu.
telle quelle est repri'sentée symboliqnemeut par la science, après réduction de la réalilù concrète au mouvement qui se mesure. Peiit-ûtre se souvient-il de Leibuiz, et surtout de Bonnet, selon qui, la liberti? mise k part, tout se passe dans l'univers et même dans l'homme eomnie dans une horloge? « Spirituelle, intelligente, libre, dit Bonnet, l'âme humaine n'en a pas moins, comme le corps, sa miVanique ; et les actions où elle intervient avec le plus de rouuatssance peuvent être considéri^es comme physiques, sans détruire leur moralité. Il est un sens dans lequel on peut dire que l'homme est un automate moral', u Niez la liberté, il no reste que ' la machine. Alors la vie devient absurde, et les sentiments \ moraux perdent leur sens. A qui s'adressent le respect el I l'amour, sinon à une personne? Quand nous regardons un t automate bien fait, c'est au constructeur, non à la machine I même que va notre admiration*.
Jacobi se croit donc fondé à conclure ; La possibUilé iV an*} |. activité absolument indépendante ne peut être connue (car e est inintelligible pour notre entendement). Mais la ri'afiti-' d'tuie telle activité n'en est pas moins certaine. Elle se manifeste immédiatement dans la conscience. On l'appelle liberté en tant qu'elle s'oppose et s'impose au mécanisme « qui fait l'existence sensible des êtres finis * ». C'est toujours l'opposition, chère à Jacobi, du réel qui n'est pas intelligible, î\ ^ l'intelligible qui n'est pas réel. La liberté ne consiste donc I pas dans un pouvoir absurde de se dérider sans motif. Pas t davantage dans le choL\ du meilleur parmi ce qui est utile, c'est-à-dire dans le désir raisonnable. En elTet, un tel chois, se fît-il à l'aide des idées les plus abstraites, se ferait toujours mécaniquement. La liberté, c'est la volonté se sentant capable de dompter le désir.» Oi'i est la liberté? — Au-delâ de la nature '. b Entendez : au-delà du mécanisme physique
1. BoiinsT, Œupres, VllL Principes philosophiques sur la raiist preaière el sur son effel, y. 20".