‹ La philosophie de JacobiChapitre 47 sur 141 · BriefKtchsel swischen Geelke uitd Jacobi, tobre · texte numérisé non relu

BriefKtchsel swischen Geelke uitd Jacobi, tobre

THÉORIES PSÏCUOLOGHifES

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puissant. Nous serions condamnés à l'igoorancc el à l'inimobililé, si nous n'avions la « croyance «, je veux dire la ■ raison, nu la riïvi'lalion nalnrellc du Trai, plus certaine que ne peut l'Olre la science la mieux fondi-e. Jacobi n'est donc ui sophiste ni sceptique : il a une doctrine franche el ouvertement dogmatique.

Pour ùtre sincère, cependant, ce n'est pas d'un dialoclicien comme Hume qu'il aurait dû se réclamer. Il a Ijion plus d'afllnilé avec les mystiques, avec Hcmsterhuis, par exemple, qui s'exprime en des termes presque identiques aux siens, et qui traduit aussi croyance par sentiment. « L'homme, dit Hcmsterliuis , est en apparence susceplible de deux espèces do conviction : l'une est un sentiment interne ineffaçable dans l'homme hien constitué ; l'autre dérive du raisonnement, c'est-à-dire, d'un travail de l'intellect conduit avec ordre, La seconde ne saurait subsister sans avoir l'autre i»our hase unique : car, en remontant aux premiers principes de toutes nos connaissances, de quelque nature qu'elles puissent Ctre, nous parviendrons à des axiomes, c'est-â-dire, à la piirc conviction du sentiment '. » Et Hemsterhuis ajoute ces mots que Jacobi trouve « sublimes ' ». B Dans l'homme bien constitué, un seul soupir de l'àme qui se manifeste de temps en temps vers le meilleur, le futur et le parfait, est une démonslralion plus que géométrique de la divinité, o Hemslerhuis allait plus loin encore. Il affirmait l'existence d'un organe moral, qui perçoit le bien et le mal, comme lœil la lumière, et l'oreille les sons. C'était pousser à leur extrême limite les théories du « sens moral " chères au xvm" siècle. C'était du mCme coup, peut-on dire, les réduire à l'absurde, Jacobi s'abstient prudemment de s'expliquer sur cet organe, qui échappe à l'observation la plus attentive. Mais l'esprit de la doctrine lui plall, et il pense, comme Hemslerhuis, que la certitude du sentiment est le fondement de toute autre. Certitude qu'il faut posséder

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pour la comprendre, et qui ne so di^montre poiiil. « Je puis, par lo moyen du langage, dit Hemslcilmis, modifier l'iiileliect d'un autre, de manière qu'il en résulte pour lui la même conviclion géomélrique et i-aisoun(5e que j'ai moimCmc ; landis que la conviction purement sentimentale natt dans l'essence et ne saurait Cire communiquée'. " Jacobi ue désespère pas pourtant do la rommuniquer, et il appelle cette conviction sontimenlale , » croyance rationnelle ". Mais que nous voilà loin de l'analyse fine, pnVise et serrée de Hume I

Toutefois, s'il ne s'agit (dus d'examiner la valeur logique ou le fondement de la certitude, mais d'observer avec soin la croyance, l'incréduillé et la superstition, d'en rechercher les causes et les conditions de développement, Jacobi fait preuve, lui aussi, doriginalilé et de pénétration. Il se révMe psychologue. Il a trouvé là. un point faible chez ses advei^ sajres. La philosophie « des lumières » ne prenait gufre la peine de remonter a l'origine historique des croyances qu'elle rejetait au nom de la " saine raison ». Il lui suffisait de les appeler superslilious, de les attribuer h la sottise el h la stupidité des uns, h la fourberie el à la cupidité des aulres. Mais cette condamnation sommaire, observe Jacohi, risque souvent d'ûlre injuste, et en tous cas la croyance tient dans la vie morale de l'homme beaucoup plus de place que les convictions raisonuées. « L'habitude et l'autorité peuvent plus, à la longue, pour gagner notre assentiment, que les plus fortes preuves el que les raisonnements les plus rlgoureuï. Sans doute la raison pont finir par avoir le dessus sur les croyances non raisonuées : mais c'est extrêmement difficile, car l'homme lient presqu'autant qu'A sa vie aux opinions qui sont devenues pour lui comme une portion de la substance. Aussi la croyance implicite, qui n'a pas conscience de sa raison, est-elle toujours plus forte et plus puissante que la croyance e.tpliclte, qui n'est pas une croyance dans lo

^Siisret philosophigaes.iU 'C3.

TlltoRIKS l'SÏ(;!IOL0(lllJllF.S 111 sens propre du mot, et qui n'a pas en ello-raiîme la source de sa force '. » Et venant enfin à la superstition, Jacobi remarque qu'elle se retrouve lA où on Tattend 1p moins. Que les objets do lidolâlrie, dil-il, soient des images de bois et de pierre, des céri^monies ou bien des concepts philosophiques absolus, des formes vides purement imaginaires, la ielliï sans l'esprit, je uy vois aucune différence. » D'autre part, la superstition mt^me peut ôtro respectable. " Parmi les gens dont la superstition dégoAtanle, dont les croyances absurdes me révoltaient , j'en ai Irouvé chez qui cette superstition n'était qu'à la surface, et sur les lèvres seulement. Si leur langage était ridicule, et leurs idées étranges, néanmoins, dans leur iime et an fond de leur cœur, leur sentiment était juste. Mais il leur était impossible, sincèrement impossible, et il leur paraissait donc absurde, impie même, de séparer ce sentiment vrai de f.e langage et de ces images ' choquantes pour la raison. On aurait pu aussi bien leur

demander de penser sans mois et sans images Or

comme de ce dernier elTorl le philosophe le plus exercé est Iuî-m6me Incapable, il semble qu'avant d'accuser les gens de supei'stilîoR nous déviions ftire plus circonspects". ■ Ce passage remarquable est un signe des temps nouveaux. Il nous découvre en Jacobi un précurseur de l'hisloire des religions, telle que l'ïusliluera notre siècle. Sentir la sincérité et la profondeur dun sentiment religieux, mi^nie si l'expression en est ridicule pour un spectateur de sang froid ; savoir le reconnaître sous les formes les plus absurdes aux yeui du bon sens (qui ne les trouve qu'absurdes, tandis qu'elles sont touchantes pour qui perçoit leur accent) ; comprendre enfin que des esprits simples, des imaginations naïves, ont besoin de symboles concrets, et même grossiers, pour se représenter ce qui les émeut : quand le philosophe en vient là, il est tout près de respecter ce qu'il raillait tout à l'heure. Il est sur la voie que Herder a ouverte, et qui conduit aux Etuden dhk-

LA PHILOSOPHIE LE JACOBl

loire religieuse de Renan. Il prCte l'oreille aui bégaiements de la conscience religieuse de Ihuniaiiité ; il va s'iudigner tout à l'heure contre ceui qui s'en moquent et qui les parodient. '> Selon moi, dit Jacobi, mieux vaut un sentiment, m^^me trouble, rte l'invisible, que la mort de ce sentiment dansl'dme '. »

Cette sympathie pour les croyances naïves ou bizarres des cœurs sincèrement religieux ne doit pas ôlre confondue avec, la tolérance des « philosophes ». Celle-ci pourrait bien n'être qu'une antipathie gi>ni^raie contre toute religion. Les philosophes en font une vertu et la mettent très haut ; Jacobi la trouve suspecte, et n'est pas loin d'y voir un vice, o Je n'ai jamais pu souffrir, écril-it, le mot rie toléranre. Personne ne peut ni ne doit èti'e tolérant, lorsqu'il s'agit d'une V(5rilé dont il est pénétré*. «Ailleurs, il donne la raison de son aversion pour celte tolérance si vantée. Il la soupçonne de n'être au fond que de l'incrédulité et du mépris pour la foi agissante. « C'est de la vantartlise et do l'hypocrisie mêlée do sottise, que de prétendre être tolérant envers toutes les opinions, excepté seulement celles qui rendent intolérant. C'est dire qu'on est parfaitement indilTérenl à toute vérité. . . ou c'est ne rien dire du tout. Ce qui ne résiste pas n'a pas non plus rie consistanee : toute résistance est en même temps réaction. « Plus précisément, Jacobi dislingue deux sortes rie lolcranco. L'une, qui lui fait horreur, provient de ce que r:\me, en perdant le sonliment religieux, a perdu son ressort. L'autre, qu'il respecte et pratique, se concilie avec le désir rie faire tiiompher la vérité dont on est certain. « Celui qui accorde à chacim de ses sem!)lables, comme à lui-même, le droit à l'intolérance, celui-là seul est vraiment tolérant. Et personne ne doit l'être d'autre manière. Car une réelle iudifl'érencc envers toutes les opinions, — n elle ne peut provenir que d'une complète incrédulité, îst la plus effroyalile dégénérescence rie la nature bu-

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