THÉORIES MORALES
naine. . . A qui a perdu toute croyance, rien ne peut plus paratlre si'rieux ni respectable : l'âme a perdu sa trempe. . . C'est un fantùme sans os... Il me donne le frisson. .. Voyeiî, il erre çâ et là, et 11 rit ! il rit ' ! » C'est di^jà le « hideux sourire I) de fîo//c. Les romantiques ne trouveron t pas d'accents plus indignés. Jacobi a pressenti, a précisé même ici deux des plus graves griefs que la rt>action fera valoir, vingt ans plus lard, contre les philosophes favoris du xvur siècle. Leur mépris pour ce qu'ils appelaient la superstition paraîtra un pitoyable défaut d'intelligence, et la tolérance dont Us étaient si tiers, un non moins pitoyable manque de sentiment religieuï. Ainsi ce siècle, qui croyait n'obéir qu'à la « saine raison o, aurait donc été, comme les autres, la dupe de ses préjugés et de ses passions. Hamann en concluait que la foi du charbonnier est plus sûre et plus raisonnable que la prétendue science du philosopbe. Jacobi ne va pas jusqu'à celte extrémité. Il dira du moins, avec Pascal, que * tout noire raisonnement se réduit à céder au sentiment ». Et c'est justement la conclusiou de sa IhéoHe de la croyance.
Suivre le scnlimenl, tel est aussi, en un sens, le principe de la morale de Jacobi. Mais la formule veut être expliquée. Jacobi ue dit pas que iious puissions, sans scrupule, nous abandonner à l'impulsion du sentiment. Il sait que cette impulsion est la plupart du temps égoïste, et que l'égoîsmo est le contraire de la moralité. Le sentiment qu'il s'agit de suivre ne se confond avec aucun autre. C'est un sealinient sui generix : il ne se manifeste que dans l'âme humaine, et il lui fait discerner le bien du mal. Au-delà de ce fait primitif la réllexion ne remonte pas. L'analyse