‹ La philosophie de JacobiChapitre 49 sur 141 · SW, m · texte numérisé non relu

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s'y arrôle comme à son Israie. Car le principe de la moralité nous est doiim'', avec l'absolu et avec la liberté, dans la niCme intuition, incompréhensible et certaine à la fois '. Le bien on soi ne se sépare pas du beau et do vrai eu soi. L' ■ instinct de l'absolu » qui nous Tait raisonnables, nous rend aussi capables de vertu. La raison ncsl-ello pas le pressentiment, la révélation d'un monde supérieur, auquel nous appartenons par notre origine et par nolro essence*? Le reste de notre être est animal, c'est-à-dire u'est ni bon ni mauvais, obéit à des lois nécessaires, est pris dans l'eiigrenage du mécanisme uuiversel. Mais dire que nous ne sommes pas tout entiers dans la « nature », que quelque chose en nous la surpasse inlininient et la domine, c'est saisir à leur origine commune, la liberté et la moralité. — Pourquoi devons-nous poursuivre cet idéal du bien, et y sacrilicr, s'il le faut, tous les biens sensibles? Autant demander pourquoi nous devons être raisonnables plutôt que stupides, hommes plutôt qu'auiniaui. La question ne doit même pas être posée. Ce sentiment privilégié Se légitimé lui-même, et n'a pas besoin d'autre justification ni d'autre garantie. La certitude immédiate, et " de première main » de l'intuitiou, u'est-elle pas supérieure à toute certitude de ■ seconde main », obtenue par démonstration? Il est difllcile de faire le bien : il est facile de savoir qu'on doit le faire. Il suffit de ne pas éloufTer la voix qui nous le dit.

On reconnaît la morale du sentiment sous la forme que le xvïu" siècle a affectionnée. Beaucoup y voyaient une solution déûnitive du problême moral. Si l'erreur et la confusion se sont introduites dans la morale, c'est que les auteurs de systèmes ont recouru à la raison abstraite pour découvrir et pour légitimer la règle suprême de la conduite. Plus ils s'y sont efforcés, plus Ils ont obscurci ta lumière naturelle qui fait distinguer de prime abord le bien du mal. " Cons-

1, SW, lU, 318.

2. SW, VI, 108, « In ilcca raoriliachfn Gefiilil Ut eine Aliiiung Ton Ewigkcil l * — Cf. V, B0-B2.

THÉORIES MOfULES iiS

cience 1 conscience ! immortel flambeau '. » Que de contem- Ijorains ont répété avec Rousseau son hymne enthousiaste ! Ils cioyaient fermement que le sentiment moral est une révélation immédiate du bien, et qu'en le suivant il est impossible de s'égarer. Si les cœurs naturellement purs se corrompent, la faute en est aux préjugés sociaux, aui sopbismes et aux systèmes. Les sages se détourneront donc d'une fausse science, pour revenir à la nature ', seule lionne conseillère : tel le Paria de la Chaumière indienne, tels aussi les heureux Taïlîens du Voi/age de Boiigainville. Rousseau sut revêtir ce paradoxe d'une éloquence si touchante que les gens de son temps ne pouvaient le lire de sang-froid. Kant lui-mi^me était troublé, et pour juger sans faiblesse un nouvel ouvrage de Rousseau, il lui fallait altendie de s'iHre ressaisi.

Toutefois, sans rien ûter à la puissance de séduction de Rousseau, le succès prodigieux qui accueillit sa doctrine . morale, aussi bien en Allemagne qu'en Fiance, donne ti penser que les esprits étaient préparés à la recevoir. De fait, elle y était enseignée, soas une forme un peu différente, depuis le commencement du siècle. Sans remonter à Shaftesbury ni même à Hutchcson, nous trouvons chez les moralistes anglais et allemands, contemporains de Jacobi et de Rousseau, la même tranquille assurance qui fondu la moralité sur le sentiment spontané du cœur humain. Voycï par exemple comment s'exprime Fcrguson, que Jacobi a toujours plaisir à citer : « Pouvons-nous expliquer «n vertu de quels principes les hommes préfèrent un caractère k un autre, ou éprouvent les fortes émotions de l'admiration et du mépris ? S'il faut admettre que nous ne le pouvons pas,

t. SW, I, IST lAllmiirt. < Crorpi-ntoi, r-hi-re H belle amio, le minui |iaiir nous Ml de reitiT d'accord ave la nalare. Elle est l'ianocence même, et «i noui éeoulODi ce qu'ello noue chucboU: k l'oreille aeloa lei (emps et lei circoattADcei, nom nom fii troiiverana aussi bieu <[u'Ame ^ui liie. U nous faut des sentimenlt

fans, dei mouiemenU tirs, des passioHS Tu souris de pitié, liommo

tagc? Que pr^teudg-tu avec telle loug^e lltUt de me:) fautes et de mes folieiT Dit, Euis-Je plus peoers, plus fou, moins heureux que toi ? ■

LA PlIlLOSOPyiE DE JACODl

le fait en est-il moins vrai? ou bien faut-il suspendre les mouvements du cœur jusqu'à ce que ceux qui s'occupent de consti"uire des systèmes scientifiques aient découvert le principe d'où procèdent ces monvemenis? Il est heureux, en ce cas comme en d'autres ou sVxercenI la spL^ulation et la théorie, que la nature suive sou cours tandis que les curieux sont occupés à la recherclie de ses principes'. » Les philosoplies diVouvriront lo principe do la morale quand ils pourront. H'U fallait les allondro pour distinguer le bien du mal, l'humanité serait fort empêchée. Par bonheur, la nature y a pourvu. I/hommo le plus ignorant l'emporte peutôtre là sur le philosophe, parce que rien ne vient sophistiquer sa cnnscience'. Vouloir expliquer le sentiment moral, c'est risquer de le défonncr ou de le faire évanouir. Il faut le prendre tel qu'il se manifeste dans la conscience ; il faut en respecter l'irréductible originalité. Jacobi retrouvait sa propre pensée, quand il lisait dans VArislp, « ouvrage moral » de son ami Hcmsteriiuis : « Comment ces lois sontelles écrites dans nos cœurs, et dans tous nos cœurs? C'est une merveille ( Wunder, dit de son cûté Jacobi), que je n'entreprends pas d'expliquer. Il faut la mettre au rang de celles que le spectacle du monde offre â nos regards, et qu'il est plus salutaire d'admirer que de vouloir pénétrer. La bonne philosophie reconnaît des liornes : celle qui prélend rendre

raison de tout n'en mérite pas le nom Que m'importe

d'ort me vienne cette voix intérieure qui me dit de ne pas faire à autrui ce que je ne voudrais pas qu'on me fit ' ? »

1. FBKOtso.t, JB^way on thf Eislory of civil Sociely, nOT, Edinburgh,

2. Cf. uni' idC'ï nualogup clie» Kasi, Qruttdlegung sur MelapAifSit der mten. SW. ■■■'{. iloBMKiiASï. VIII. p, 2:U2t;.

3. Heksteuiii.'is, Œuvrts pkUosophiqwt, publiées par Mevudou. Lbuwarilc, 18ii, I. m. p. 13. Lt puBsn^v dtû est empruiilt Ii iin uuvrugr qui ne Dgurc p.'ie ilnris IV^dîtian drs ŒvureS phitOSOpMqueS de 1790, tii duni colUl de 181)9 [Parisl vl do 182S aouvaln]. L'uutln-n licite en est cQntesl^i.-. M. Gncotn lu conaldtrn comme npocrypho. [François Hemslerfiua, sa vie et tel œuvres, Haris, 18G6;. — Il sufîU, pour l'objet que nous nous proposons kl. que rouTrniçc sDlI, Binon d'Hemsti^rliuis. nu moins d'un imilaleur appartenant >H mCmc cercle, et profcisanl les mCmes tbtodcB morales.

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