‹ La philosophie de JacobiChapitre 5 sur 141 · PRÉFACE X-VV · texte numérisé non relu

PRÉFACE X-VV

Rien n'est donc plus signiflcalif que les efforts faits par Kant pour présenter sa nioralc comme purement rationnelle. C'était un moment nécessaire dans l'évolution des doctrines morales. Les prédécesseurs do Kant araient été surtout préoccupés dfi détacher la morale, une et univei-selle par essence, des dogmes et des croyances religieuses, variables avec les temps et les lieux. De là les morales tirées déductt veulent de principes rationnels, chez Spinoza, par exemple^! et cliez Leibniz. De là les développements sur la morale na-J turelle, oCi le xvm" siècle s'est complu si longtemps ; de Mm enGn les considérations intcrminaLles sur la morale desl Chinois, des Hindous, des sauvages même, qui vaut bien 1 nôtre. Kant reprit le problème en philosophe, et le débai passa des lieux communs o(i toute idée morale un peu netteÉ menaçait de se noyer. Le principe de la moralité ne pouvaiil plus reposer sur une révélation positive ; ce point étaî acquis. Mais Kant ne pouvait pas non plus fonder ce prin-l cipe sur une métaphysique dogmatique, puisque l'absolu C3t,ii selon lui, hors de la portée de notre esprit. D'autre part, $'l voyait trop la faiblesse des morales fondées sur le senlimeofcl pour s'y arrêter, bien qu'elles fussent à la mode. Précisai ment parce qu'elles trouvaient faveur auprès tie ses coo-fl temporains, il jugeait nécessaire d'en dénoncer le laisser-J aller et les dangers. Et enfin, partir de l'expérience poui établir une morale lui eût paru un contre-sens, l'expéricncêl ne pouvant jamais témoigner que de ce qui est, et non de f ce qui doit être. Un seul parti restait possible : rapporter le.1 principe moral à la raison, mais à la raison qui ordonne, et non pas, comme on avait fait jusqu'alors, à la raison qui connaît. Kant va donc prodamer que si l'absolu nous est et nous sera toujours inconnaissable, il suffit néanmoins de la ■ présence du devoir dans la conscience morale pour donnar 1 à l'action une règle fixe, obligatoire, et aussi certaine que si | elle reposait sur la science. Plus certaine même : car, dans I ce dernier cas, toute critique qui ruinerait le savoir ren- I verserait du même coup la morale. Pour être absolument,!

ioébranlablc , il laiil que celle-ci ait son rondemeiiL propre et indi^pendant dans les principes de la raison pratique. L'effort de Kant était puissant ; mais cette doctrine n'esteile pas le coup de d(5sespoir du philosophe ? La loi morale, avoue Kanl, est « suspendue entre ciel et terre ■>. sans qu'on voie par où elle se soutient. Peut-elle rester ainsi flottante el en l'air? Ou l'impératif catégorique suppose une mètaphy- BÏquc latente, et alors la morale redevient, comme dans les théories antérieui-es, sinon dépendante, au moins solidaire de celle métaphysique. Ou le principe de la morale ne repose réellement qne sur lui-même : mais alors, comme M. Fouillée l'a bien montré, le régne de la moralité constitue une sorte de domaine h part si bien distinct du monde on nous vivons, que l'on ne voit plus par où ils pourront se rejoindre. Ln morale kantienne perd le contact du réel. L'idéal moral, placé trop liant ou plulôl trop loin, hors des conditions de la vie, élilouil la conscience, mais ne l'éclairé pas.

Or Kanl n'aurait jamais accepté de pareilles conséquences. Il prétend, au contraire, que sa morale est parfaitement d'ac- 1 -cord avec la conscience commune, et qu'elle dégage simple- 1 ment les principes d'après lesquels nous jugeons tous de la valeur des actions. C'est donc, quoi qu'il en dise, qu'il no s'en tient pas k la pure forme de l'universalité de la loi. C'est donc qu'il a, au fond, quelque idée d'nn hien où tend celle loi, et même d'un législateur divin qui la symbolise pour l'esprit. Et, en effet, la métaphysique latente donl nous parlions affleure un peu partout à la surface de son système moral. Elle finit par se manifester ouvertement avec les postulats de la raison pratique. La morale de Kant ne pouvaitelle se passer de l'immortalité de l'âme, et d'un Dieu de sagesse et de justice? Elle le pouvait si bien, qu'elle en aurait paru plus rigoureuse et plus fidèle h son principe. Mais pourtant, en rattachant ces postulats ù sa morale, Kant a [ ■obéi à. une logique plus profonde. Il nous a révélé le lien ca- 1 -ehé de cette morale avec l'idéal métaphysique et théologique de la philosophie moderne. Il en a montré l'affinité intime

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