‹ La philosophie de JacobiChapitre 53 sur 141 · THÉORIES MORALES · texte numérisé non relu

THÉORIES MORALES

r le plus violent miJlangc de compassion, de rt-pugnaiice et de I dégoût'. " B Personne, écrit aitleiiis Jacolii, n'en veut plus l que moi aux imcyclopédistes '. » Ceux-ci avaient pour eux } le nombre, la l'avenr dn public, et Tesprit du temps formé f & leur image. Leurs adver.^aires, plus jeunes et plus obs- » curs, ne voyaient aucune raison de les ménager. Derrière } Rousseau, ils se comptèrent, et ils furent presque surpris ' de se trouver déjà si nombreux.

Mais, parmi ces moralistes du sentiment qui font cause commune contre Helvélîus et l'Encyclopédie, parmi les I Rousseau, les Ferguson, les Hemsterhuis et les Claudius, y . a-t-il quelque trait qui caractérise plus spécialement Jacobi? F — Sa théorie de la vertu est étroitement liée à sa concept ^on particulière de la liberté. Il ne dit pas que l'homme soit Daturellcment mauvais. Malgré ses convictions piélistes, il I pai'le peu de la cbnte et de la grâce '. Le « mal radical )■ ne ' tient pas dans sa morale, à beaucoup près, une place aussi importante que dans celle de Kanl. L'homme, cepcndani, n'est pas non plus naturellement vertueuï. Il a seulement une prédisposition à aimer les belles actions, comme il en a une, d'ailleurs, à aimer le plaisir. Mais nous avons conscience d'une liaison mystérieuse do notre être avec un bien absolu dont la perfection est inflnie : nous avons conscience également d'un pouvoli-, inexplicable mais réel, la liberté, qui nous rend capaliles de pri'^férer ce bien suprême à Inules les satisfactions sensibles, et à la vie terrestre elle-même. C'est ce sacrifice répété et constant qui constitue la vertu. « Faire de belles et nobles actions est naturel à l'homme. 11 n'y trouve point de difficulté : il a en lui-même des tendances qui l'y poussent. Mais ne faire t/ite de belles actions, voila qui est difficile, et qui serait proprement la vertu *. »

du b^tron d'Holbacli. Dichlung «nd WakrheU, liv. 8. RoTH, 1, £SB. LeUre ^ Wlclnad, %2 ffrirlcr 1177. 3. Cependant voyei SW, VI. 19t-2.

i. SW, Y, 430; VI, 178.

Nature,

Car il faut pour n^la vaincre les tendances (égoïstes, i moyen d'un pfToi't habituel sur soi. L'iinmme \aut dans mesure où il est capable de faire cet effort, el de meltre,^ dans chaque circonstance, les inspirations de son creur au-"' dessus des calruls de l'inléri^l. 11 y a des hommes plus oui moins vertueux : il ny a pas de formule gi'nt^rale de I vertu. El, reprenant à son compte la pensée ei^lèbre d'Aria-' tôle, Jacobi pourra dire : o La norme de la vertu, c'est l'hon-^j note homme lui-mOme*. »

Jacobi ne hait rien tant que te formalisme. Partout il pour- J chasse l'abstraction el les gén<^raliti?s vides; partout il veuti ri^tablir dans ses droits la réalit(5 effective el concrète. Sal doctrine est une philosophie de la vie. Elle part de la coûSr cience individuelle, et elle refuse de la résoudie en i^'lémcntft] universels. A plus forte raison Jacobi s'indignera- t-U qi« l'on rami^ne le sentiment moral h un concept. Il combattis toule doctrine qui enlèverait à la conscience, dans chaqua* cas particulier, la dt^ision à prendre, et qui pri^tendrait l&M soumettre â une loi nniverselle. Ce sera sa grande objection J contre l'impératif catégorique de Kant. Le plus sûr moyeiï'fl d'affaiblir le ressort moral, c'est de le comprimer sous uaa. régie uniforme. On obtient ainsi des soites d'automate9,J Mais l'obéissance passive est le plus bas degré de la Tcrtq.] L'homme vraiment moral, au moment d'agir, n'écoule ( son cœur. Il saitùtre lui-même ; il sait, comme le vculRous^ seau, prfiter l'oreille à la nature, et lui obéir, Cerles, il R8tl beaucoup plus commode de se conformer à une loi ac( d'avanre une fois pour toules. Mais n'est-ce pas précisément '■ se dispenser d'ôtre moi-al; n'est-ce pas une faiblesse ou une hypocrisie? N'est-ce pas, au moins, une abdication? En fait, la vie ne nous présente jamais deux conjonctures esactement .semblables. Elle défie la casuistique la plus ingénieusement prévoyante. Chaque fois que nous agissons, elle nous met en demeuj'e, non d'obéir aveuglément à une

1. BW, V, 78-19. -Cf. P. JvMT. La Morale. Uv. III, cli. i, p. 332-3il.

TIIÉOHIES MOKALES

]oi toute fiiite, comme le soldat à sa cousigne, mais âer prendre librement un parti, comme dos ôtres raisonnables e.t respoHsabli?s de leur décision. Aussi bien, il n'y a pas de règle morale absolue, il ne peut y en avoir. Dire toujours la v^rit(5, est-il une loi qui s'impose plus universellement? Et pourtant qui condamnerait le mensonge de Desdémona sur son lit de mort' ? Ainsi des autres préceptes : tons soufTrenI des exceptions qui ne sauraient ûtre prévues. Ce n'est donc pas la loi qui doit commander à notre cœur ; c'est le cœur , qui est seul juge des occasions ofi il faut observer la loi.

Être soi-mûme : tel est l'ordre suprême de la moralité.- Quiconque efface, en quelque sorte, sa personnalité, pouP'l réaliser, tant bien que mal, un type vague et abstrait dei vertu toute faite, commet une sorte de suicide moral. San»! doute rinîlïativc individuelle a ses dangers. L'homme quiJ s'inspire de son cœur peut se tromper. II peut croire quU suit j sa conscience, et céder aux séductions de ta passion. Mais J s'il tombe, il se relèvera. Il vit au moins : il n'a rien à CDr.l vier il celui qui, de crainte de tomber, reste immobile etj inerte. Mieux vaut courir le danger d'une erreur que dftcroupir dans une liicheté morale qui n'ose rien décider ] soi-même. On ne voit pas que les âmes ardentes et p sionnées soient plus loin de !a vertu que les obsei-vateur» J froids et calculés de la règle, u Ce qui m'a sauvé, écrit! AUivill dans uu passage des plus caractéristiques, ce quil m'a sauvé, c'est mon propre cœur. Aussi, à l'avenir, ce lui que je veux toujours écouter, à lui que je veux tou- ■' jom-s prêter l'oreille. Entendre sa voix, la distinguer, la com- 1 prendre : que ce soit là ma sagesse ! la suivre avec courage, maJ vertu!, . . Quel guide sera plus sûr que le cœur d'un bomms | bien »é?Prends toutes les morales, toutes les philosopbies d la vie, et essaye de suivre exactement lem's préceptes : si ta-l as un sentiment vrai du beau et' du juste, à combien d'exceptions ne te heurteras-tu pas!.. . Que Ihomme le plus plein de

). SW, I, 105. Cr. »"■ riE ST^tL, de rAUmagnt, ii.iM. III. di. ■

ai LX PHILOSOPHIE DE JACODI

sentîmcnl, et, le plus courageux, se fasse une philosophie de la vie : lui aussi, il rencontrera par la suite, des occasions d'y manquer, et, s'il redoute de le faire, il deviendra peu à peu une sorte de machine. Car il lui faudra souvent étouffer son sentiment présent ... en un mot, agir d'après la lettre et non d'après l'esprit '. »

Ne voyez pas là une glorification éloquente de la passion, comme dans la Notivdfp. Hétoïse : c'est plutôt une sorte de I lyrisme moral, un enthousiasme juvénile, un besoin de ' vivre, d'être libre, de respirer à pleins poumons, d'échapper enOn à la tyrannie de la régie uniforme et commune. De là ce paradoxe d'une morale qui a pour principe la lutte contre l'égoïsme, et pour maxime l'alisoUie liberté du moi. Paradoxe qui peut se défendre, et qui s'accorde fort hien avec la psychologie de Jacobi. L'ûme ti'ouve en elle-même uue sorte d'instinct qui la conduit !x son bien, si elle sait le distinguer et le suivre. Qui prouve que ce liien soit la satisfaction f exclusive de nos tendances égoïstes ? Au contraire, il se ré- , tèle à la raison comme un aspect de l'essence altsolue où aspirent tous les êtres. 11 est ainsi le principe de tout devoir, comme de tout bonheur. Et le devoir, comme le bonheur, ne prennent de sens que par la spontanéité de la conscience humaine. Point de moralité sans l'indépendance du moi. « Tu conseilles, dit un des personnages de WaldPinar, de renoncer à la liberté, pour plus de srtrcté et de prudence. ^ Mais cela se peut-il? Aussi longtemps que nous agissons vraiment nous-mêmes, il faut que nous agissions librement. Il est impossible de refuser de se conduire soi-même . . . Etre fidtle et constant, — ce qui fait l'essence même de la vertu, — comment la lettre nous y mènerait-elle mieux que l'esprit?... Quoi! vous voulez garantir l'homme contre toute faiblesse contraire au devoir, et vous commencez par lui êter sa dignité! Car réfléchir, choisir, se décider, en cela consiste la dignité de l'homme *. »

TMËORIES POLlTlgLES I2lj

N'est-ce pas là la morale de ces a belles âmes «, dont Gœthe nous a fidèlement reproduit los confessions? Morale bien faite pour plain; aux femmes s|»intuoHes et seiilimenlales, grandes admiratrices de Rousseau, que nous entrevoyons il travers la correspondance de Jacobi, et dont les héroïnes A'Alhcill et de Woldemny sont, dit-on, les portraits : Sopliie J La Roclie , femme de lettres elle-nn^me , grand'mère dfti Betlina et de Clemens Brenlann, la comtesse Julie Revent-^J lov, la princesse Galilïine, et enlin Bctiy de Clermont, lai femme de Jac«bi, la plus naturelle et la plus sensée dijJ groupe. Celte morale a oublié que le commencement de ]»■ sagesse est de fuir la teiilatioii. Elle présume étrangementjj de la force de l'homme, sans lai donner de principe où sél retenir quand il tombe, Kanl définit la moralité par la loi a l'idéal moral, selon Jacobi, ne soufTre point do loi. En faîtj cependant, Jacobi en admet une, qui pourrait se formuled ainsi : « Agis toujours de façon à subordonner tes impulsioai sensibles à ta tendance vers le bien absolu, u Mais 11 ne vetri pas convenir que ce soît une règle. Il l'appelle a sentiment » comme nous l'avons vu ailleurs donner au sentiment le nom de raison. Ou plutùt il se flatte de trouver dans le sentiment même la régie du bien : non une règle abstraite et rigide, mais une i-ègle vivante, à la fois couslaute avec elle-même, pliable aux cas imprévus, et nouvelle à chaque occasion où la conscience se la donne, a Qu'est-ce que le bien?— Chaque homme en a dans son cu'ur la révélalion unique el immédiate. B

Les idées économiques de Jacobi lui viennent dh-ectement de Quesnay et d'Adam Smith. Il y a peu ajouté. Ses opuscules SUÉ- ce sujet datent du temps où, enlri'- pour la première fois au service de la Bavière, il s'efforçait, mais en vain, de faire prévaloir ses principes libre-échangistes, Le

126 LA PillLUSUPUIK UE JACOUI

pou de succès tni'il obtînl semble l'avoir détoiinu' de cel ordre (le (jueslions. Saiisdoiile, (iaiis la suile, il s'intriTssa vivemenl aux rérormes de Tiirgot el à celles de Nccker, mais plutôt en spectateur plei» de snnpathie, que conune UD homme spt^cialement occupé des problèmes économiques.

La théorie du droit, eu reviuiche, n'a jamais cessi'i de passionner Jacobi. Il retrouve ici son adversaire habituel, le déterminisme. Il va reprendre la Ihtso essentielle de sa philosophie : il rappellera que la nécessilé des lois naturelles n'exprime pas toute la réalité, ni m^^me la réalité de rien; et ■ qu'il existe un ordre moral supérieur à cette nécessité, indépendant d'elle, el la régissanl. Il fombatira donc les théories du droit qui tendent, plus ou moins ouvertement, à lui enlever son caractère moral, et à le faire rentrer, ù titre de force, dans le mécanisme de la nature. Empruntant une formule U Leibniz, il délinit le droit un • pouvoir moral », el il ajoute : « l'oint de droit sans devoir, point de devoir sans droit.» I.e droit implique donc, comme la raorulîlé, la liberté de l'homme. Il n'est pas le résultai d'une série de phénomènes purement naturels, si cQmplcïe qu'on la suppose. Comment Jacobi prouvc-t-il sa thèse? Par sa méthode ordinaire : autrement dit, il ne la prouve pas. Pour toute dénionstralion, il fait appel à l'inluition iiilérieure. Jamais, dîl-il, la conscience ne confond les phénomènes (ihyslques, soumis fi I la nécessilé de la loi des causes efficientes, avec les actes moraux qui dépendent du libre vouloir de l'homme. Elle dira que l'honmie a le droit de défendre sa vie ou sa propriélé menacées ; elle ne dira jamais que les corps plus lourds que l'air ont le droit de tomber vers le sol avec une vitesse déterminée'.

La théorie adverse voit dans le libre arbitre une illusion de la conscience. Elle soutient que le droit nalurel s'explique, en dernière analyse, par les lois de la nature, c'est-à-dire, parla « puissance de l'univers considéré dans sa lolalilé ».

-, VI, iSî, Ueber Bechl u'id Gewall. ITÎl.

THÉORIES PÛLlTiQUES liT

Ue reTient, t^ii somme, k niei' que l'oiilre moral conslilue

a empire dans un empire, et à regarder comme pureraenl Relatives les idées de bien et de mal, de juste et d'injusEe, sonne, dit Jacobi, n'a suivi celle idée avec autant de

laité, de profondoiir et de force logique que Spinoza'. II

:pose donc, à la fois d'après le Traité Théologico-poU-

^qtie et d'après X'Ethique, la Ibéorio du droit et de la

lolitique cbez Spinoza. Mais il ne le crilique pas sur ce point particulier. Pour s'attaquer à un si rude jouteur, c'c au cœur mûme du système qu'il faut frapper. Jacobi l'a fiud ailleurs*. Ici, tout l'efTort de sa critique porte sur Wieland , qui est un adversaire moius redoutable. Jacobi lui reproche et ses principes, et la conclusion qu'il en tin-. De ces mCmes principes, en effet, Spinoza, qui n'est pas mauvais logicien, a conclu à la condamnation de l'absolutisme : comment Wieland pout-il aboutir à une théorie fort semblable à celle de Hobbes? Selon Wieland, la supériorité effective de la force en fait la légitimité. Ce n'est pas parce que l'autorité est fondée en droit que nous lui obéissons : c'est parce qu'elle se fait obéir qu'elle est fondée &Qm droit. « Le droit du plus fort c^i^jiue dhièio, la vraie sources de toule autorité. >• Telle est la loi de nature. Toujoi œlus fort a e-xigé qu'on se soumît à sa volonté, et toujours les peuples ont docilement suivi ses ordres. Le faible i

wsoin de protection : il rend hommage à qui peut le d€j tendre. Donc, conclut Wieland, c'est bien la force qui a fait]

it qui fait encore le droit, lacobi le réfute en des termes qui rappellent le passage bien " wonnu du Contrat saviaf, où Rousseau montre que ramener

1 droit à la force, équivaut simplement à le nier. Car le ^il se déplace aloi-s avec la force. Dire que le plus fort a

e droit, revient à dire qu'il est le plus fort tant qu'un autre,

Qu'est pas plus fort que lui. Charles I", roi d'Angleterre,

avait le droit d'exiger l'obéissance de son sujet Cromwell.

:, p. 163, eqii.

Toutefois, Cromwcll ayant élé assez fort pour dtUroner Charles I"', le droit passe de son cflté. L'exéculion du roi par les ordres de Cromwell devient aussi légitime que l'eût lHi5 celle do Cromwell par les ordres de Charles I", si les armées de ce prince avaient été victorieuses. Cette théorie du droit conduisait logiquement Wieland l'A une théorie de l'Ëtat que Jacohi ne juge pas moins. K.réyollaute I) '. Wieland soutient que les peuples sont de ^grands enfants , destinés à ne jamais sortir de lélat de ïminorité. L'ohéissance à un maître est la condition qui convient le mieui, et la seule qui leur assure la paix. 'en peuvent môme supporter d'autre. Il n'y a donc pas 3"idée plus sotte ni plus dangereuse que d'imaginer les peuples se gouvernant eui-mûmes. A quoi Jacobi répond eu se Ibndant ii la fois sur l'histoire et sur le principe de la dignité . L'histoire montre qu'un peuple libre, comme les Irépubliques de l'antiquité, comme l'Angleterre du xvm* siè- , peut atteindre un degré de prospérité matérielle et mo- ^rale que ne dépassent pas les nations soumises à un gou- 'ernement despotique. D'autre part, la théorie de Wieland M'ésenle les peuples comme une sorte de bélail incapable 1 se conduire, et qui subit stupidement la loi du plus fort, ais l'autorité du gouvernement, dit Jacohi, n'est légitime e parce qu'elle est acceptée. Elle ne se maintiendrait pas, t elle n'aurait en effet aucun droit à se maintenir, si elle était contraire à la volonté formelle et précise de lout le peuple. Son origine n'a rien de mystérieux : elle repose sur un contrat primitif entre celui qui commande et ceux qui obéissent'. EnQn elle n'est jamais absolue au point de laisser les sujets sans défense et sans garantie conire les caprices d'un maître irresponsable. Il y a un minimum de droits politiques qui sont imprescriptibles. Propriété inviolable de sa personne, libre jouissance de ce qu'il possède,

t. ZOppbiti, I, 73-7*. Lpltrc k Haraann du 17 iioTcrabrc 1785.

2. Théorie généraloment acMpUte et rnBeignée en AUemagnc depuis Wolfl, et

' '-c retrouve Jusque iaas Igb éaita paliUques de Frédéric U.

voilà à quoi l'homme ne saurait renoncer k aucun prix, quand on lui promettrait le rOgimt^ autocratique le plus doux et lo plus aimable, quand on lui offrirait " tous les (riîsors de Golconde' ".

Eu lin mot, Jacobl a les sentiments d"un libi'ral. Il les avait du moins en 1777, sous l'influence combim^c de fiodin et de Montesquieu, de Rousseau, d'Adam Smith, do Ferguson, et i m^me de Spinoza. Peul-CIre obéïssait-il aussi à la suggeslion des idées ambiantes. Durant les ylngt aunécs qui préci^dt''i'ent la R()volutioH frani.'aîse, de toutes parts, en Aile- 3 magne comme en France, on rtîclamail plus d'iîgalitè et plu$ I de justice. La diversiliî des esprits et des caractères sel retrouvait dans la fai;on de concevoir les réformes : mais-f personue ne contestait qu'il n'y eût beaucoup à rùformer. Les ordres privilégiés s'y prêtaient ; les gouvernements étaient disposés à le rnconnatlrc. Jacobi partage ces sentiments, n ne s'indigne plus ici contre l'esprit de son temps. Il se plaît au contraire aux déclamations éloquentes contre le despotisme qui flétrit tout ce qu'il touche, et qui est un crime de lèse-humanité. Il aime à développer le mot do

Tacite : PoHiis pericu/osa tibertas Un opuscule de 1782 *

nous le montre tout à fait séduit par les idées politiques de Lessing, de Ferguson et de Rousseau,

L'homme, quand il suit sa nature, c'est-à-dire ses inclinations primitives, obéit du même coup aux lois de l'humanité, de la justice, de l'honneur et de la religion. Loin de nuire à ses semblables, il cherche leur bien en même temps que le sien. Malheureusement il n'obiïit pas toujours à cet instinct supérieur, que Jacobi appelle raison. Il est souvent entraîné par SCS passions. La violence et l'injustice apparaissent alors. Il faut, pour les réprimer, un système de contrainte : de 14 l'établissement des lois positives. Mais ces lois n'ont pas d'autre utilité, ni d'autre raison d'être. En un mot, l'Élat a

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