‹ La philosophie de JacobiChapitre 60 sur 141 · JACOBI ET LE SPINOZISME · texte numérisé non relu

JACOBI ET LE SPINOZISME

et leui-s amis. Ceia suffit à condamner les déistes, trop satisfaits de leur religion naturelle, qu'ils prétendent fondée sur les seuk'S lumières de la raison. Ils se flattent, par exemple, de démontrer l'esistence de Dieu, au moyen de la preuve ontologique. Mais si eette preuve vaut quelque chose, c'est pour Spinoza, non pour eus. Car elle conduit bien à l'afûrmalion d'un être nécessaire, d'une substance étemelle (et Spinoza n'en demande pas davantage) ; mais elle ne prouve pas du tout reïistence dune cause intelligente et bonne ds ■ l'univers, et qui en soit distincte. Donc les philosophes qui J trouvent bon de recourir à de telles démonstrations en métaphysique, et qui ne vont point jusqu'au spinozismc, pèchent évidemment contre la logique. Ils manquent ou de vigueur ou de sincérité. Tiraillés entre deux tendances contraires, ils ne suivent franchement ni l'une ni l'autre. Dune part, ilsj sont bien aises de donner à leur doctrine, avec la forme dé-^ ducLive, une apparence de rigueur. Mais d'autre part, ils s raient bien fâchés de ne plus trouver dans leurs conclusioni la justice et la bonté de Dieu, eu un mot, la Providence. Usfl s'en tirent par un compromis dont souffrent à la fois la lo-ï gique et leur doctrine : cai" ni leurs démonstrations ne sont:] probantes, ni le Dieu qu'ils démontrent n'est le Dieu que ré-i clame la conscience. Jacobï alors les somme de choisir : ou il leur faut aller jusqu'au bout do leur méthode, et se rallia franchement au mécanisme spinoziste, qui est leur seule' conclusion légitime; ou Ils doivent avouer qu'ils ont fait fausse route, renoncer à leur prétention de comprendre l'absolu, et risquer avec Jacobi le sa/lo ntortale.

Outre cette incomparable supériorité logique, Jacobi trauve encore dans le spinozisme une autre raison de le préférer aux doctrines de son temps. II y découvre une philosophie originale et forte, qui contraste étrangement avec les banalités courantes ; une philosophie qui ne s'arrête pas à la surface des choses, qui va droit au problème capital, une vraie philosophie de la vie et de l'être. En ce sens, l'admiraliou pour Spinoza a été l'un des principaux symptâmes de la

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LA PHILOSOPHIE DE lACOIil

rt-^action qui s'annonçait, et à laquelle lacolii poussait de toutes ses forces : r(?action contre l'influence des philosophes issus de Locke en France et en Anglolerre, réaction conlre la « philosopliic populaire », qui avait accepli3 celle influence, et dont la modeste ambition s'tîlait bornée à Cire claire, raisonnable, libérale et vulgarisatrice. La génération nouvelle, celle de Herder, de Jacobi. de Gœthe, ne se contente plus du rationalisme len-e à terre qui suTtisait à ses aînés. Elle en sent le vide, elle le trouve mesquin, étroit, ridicule dans ses prétentions, faible dans ses démonstrations. Elle réclame à grands cris une philosophie plus profonde et plus substantielle. Kanl iV'pondra à cet appel. Mais la Critiqtie de la Haisonpure ne pai'atlra qu'en ITSI, et pendant les onze années qui précèdent, Kant, tout entier a son œuvre, ne publie rien. Dans l'intervalle, le sens métaphysique renaissant on Allemagne se jela sur la pâture que lui ofl'rait Spinoza. L'Ethique apparut presque tout d'un coup comme une sorte de révélation. La prol'ondeur mélapliysique de la pensée, la sobriété puissante et l'accent religieux du style produisirent un effet prodigieux. On se passionna pour cette doctrine dédaigneuse du vulgaire, qui ne sacrifiait rien à la préoccupation du succès, ni à une superstition de fausse clarté. A cùté des Baumgarten, des Lambert, des Garve, des Mendeissohn, à cûlé mùme de leurs modèles français et anglais, Spinoza sembla un géant. On sentit que pour lui la philosophie n'avait été ni un mélier, ni une arme, ni une pédagogie, mais bien la contemplation du vrai au point de vue de l'éternité. Ni Voltaire, ni Hume, ni Rousseau, no pouvaient se mesurer à lui. II appartenait à une autre famille d'esprits.

Jamais philosophe uo songea moins que Spinoza à séduire ses lecteurs. Son unique souci est de les convaincre. Et pourtant, chose bizarre, c'est surtout sur les imaginations qu'il agit alors. En dépit de son laliu plus qu'à demi srolastique, il les charme {le mol n'est pas trop fort}, par son austCre poésie. Son appareil déductif ne rebulail pas, ne surprenait miîme pas des lerleurs accoutumés .'i le subir dans

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