CHAPITRE PREMIER
Frédéric-Henri Jacobi naquit à DUsseldorf le 23]"anTierl 4743, un an avant Herder, six ans avant Gœtlie '. Son père.J commerçant riche et instruit, originaire du Hanovre, était] Tenu s'établir à Dûsseldoi'f. Il comptait parmi les principauil membres de la petite communauté luthérienne établie dans 1 cette ville très calliolique. De la mère de Jacobi nous nff'l savons rien. Elle mourut fort jeune, laissant deux fils. Fré-J
1. La principale lounie pour la bingrapliin de Jieobi est la notice placée p. Fhiedricii Rotii, aoa ami, en tète de sa Correspondance choisie |Munleh«1 IS25). RnOi dit tenir de la bouillie latmc du Jacobi le r«(-it, tt'aitleurs qu'il nous doDue. On peut lo complËter par les d^lails autabingratihiqaei coutvuus dans les divers ouiragcs de Jacobi (principalement dans les Lettres sur la Doctrine de Spinoza cl dons le dialogue lutiliilË David Butne ou de la CroyaTKé). Beaucoup de rensoiguemcnts précieux sout encore foumla par les dinars recueils de sa cDirespondance. Voïm aussi SciiLiCHTKnnoLL, von Weilleh und Thiersch, Jacobi's Lebe». Lekre *nd Wirken, MQnelieii, 1819 (discoure prononcés dans une sdance soleunelle de comuiËinoraliou & l'Académie dd Sciences de Hunicb, dout Jacobi avait été président); FsHuinAND Deyces, Friedrich Beinrich Jacobi im VerkaUnisi tu teinen Zeitgenossen. ieso»- j dtrs tu GalAe. FraiikFurt aiti Haiu 18i9; et enSa Zirnoiebl (EBEnHARo), -m Friedrich Beinrich Jacobi's Leben, DicKlen, vnd Denken. Wlen, 1867, où J te Iroiirent colligés les textes relatifs t chaque ouvrage et aux prïncipaaxl points de la philosopliie de Jacobi.
déric-Hcnri élaît le second. L'éducation de ces enfants fiit confiée â un précepteur qui, pai- mailieur, était médiocre. Le père ne sut pas suppléer à l'insuffisance de ce maître malhabile. Persuadé que l'atné de ses iîis, Jean-Georges Jacobî, était à tous égards supérieur au cadet, il eut le torl d'accabler celui-ci sous une comparaison continuelle, qui l'humiliait et le décourageait. C'était manquer de clairvoyance, cai- Jean-Georges Jacobi devait être plus tard un poète anacréontique, — on ne peut pas dire lyrique, — sans originalité et sans talent. C'était surtout manquer de tendresse, et faire cruellement sentir à l'enfant l'absence de sa mère. Frédéric-Henri JacoJji s'entendait reprocher sans cesse sa lourdeur d'esprit, son entêtement, son peu d'intelligence '. Il subissait tout cela sans révolte. Mais cette soumission même irritait son père davantage, Il y voyait la preuve d'une nature apathique et d'un caractère faible. Il eut mieux aimé que son fils donnât des signes d'impalience et de colère.L'enfant, silencieux et timide, se repliait sur lui-même, et le malentendu s'aggravait.
Rien ne perçait encore des qualités aimables et brillantes qui devaient se développer chez l'homme fait. Rien ne faisait pressentir la sensibilité vive et profonde (plus Tive cependant que profonde), le goût et le talent de la conversation, l'instinct et la certitude de plaire. Docile â la suggestion, Jacobi se croyait tel qu'on lui reprochait d'être, et il demandait une consolation à de pieuses pratiques. Il se plongeait dans les livres d'édification. Il refusait de jouer avec les enfants de son âge, pour prier pendant des heures avec une TÎeiUe seiTante dévote. Aussitôt après sa conQrmation, il s'aflllia à une congrégation de piétistcs. C'est ainsi qu'il devint, dès son enfance, comme il l'écrivait plus lard à Merck, « nn enthousiaste et un mystique ».
Peut-être aussi cherchait-il à échapper à une sorte d'hallucination qui l'obséda de très bonne heure, et qu'il a