BW, ti
diîcrite dans ses Lettres sur la Doctrine de Spinoza, a A l'âge de huit ou neuf ans, dit-il, un jour que je réfléchissais à l'éternité du temps déjà écoulé, j'eus tout à coup (indépendamment de toute idée religieuse) la vision d'une durée infinie. Cette vision s'empara de moi, et me saisit avec une telle violence, que Je sursautai en poussant un cri, et retombai comme sans connaissance. Aussitôt revenu à moi, unraonvcment très naturel me contraignit à rappeler cette vision, et le résultat fut un état de désespoir indescriptible. L'idée de l'anéantissement, qui m'avait toujours été un objet d'épouvante, me devint encore plus horrible, et je ne pouvais pas davantage soutenir la pensée d'une durée éternelle. » Ces sortes d'accès se renouvelèrent, mais devinrent cependant de moins on moins fréquents, et Jacobi oubliait peu â peu l'angoisse affreuse où ils le jetaient. Il en avait été eiempt de dix-sept à vingt-trois ans, lorsque tout à coup l'ancienne vision reparut, non moins effroyable. " Depuis loi's, dit Jacobi, malgré le soin que je mets à l'éviter, elle m'a surpris encore assez souvent. J'ai des raisons de penser que, si je voulais, je pourrais ta susciter à n'importe quel moment, et je crois qu'il serait en mon pouvoir, en la provoquant plusieurs fois de suite, de mettre fin â ma vie. Et quelque exagération que Ton puisse trouver à mon langage, il n'en demeure pas moins remarquable qu'une vision purement spéculative me paraisse plus terrible que tout autre danger'. »
Ainsi cette hallucination, si l'on peut lui donner ce nom, ne consiste pas en la perception fausse d'un objet : c'est au contraire l'absence d'objet dans la durée sans limites qui cause ici l'épouvante. Elle retentit sur la sensibilité en terrassant l'imagination. Cela fait penser au mot de Pascal : «Le silence éternel de ces espaces infinis m'effraye. ji lise peut, en effet, que, chez certains sujets, l'Intuition subite d'une durée ou d'un espace sans limites produise un vertige