‹ La philosophie de JacobiChapitre 76 sur 141 · Kast's SW.md · texte numérisé non relu

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chologie ni la morale. Il lui a suffi de diivoiler la faiblesse du principe sur lequel tout repose. Le jugement de Jaeobi sur Kant ne se formule pas aussi nettement, et nous en -savons la raison. Jacobi ne voit pas sans plaisir que les n'sullats du kantisme coïncident à peu près avec ses propres convictions. Il tire avantage, au besoin, de cette concordance. Mais, d'autre part, il désapprouve la mLMhodc de Kant. H pense aussi que, mCmc la mcthode une fois admise, Kant n'en a pas fait un usage irri'prochable. De là une critique dtHaillée du kantisme, à laquelle Jacobi est revenu à plusieurs reprises, et chaque fois avec plus d'insistance*.

La vérité métaphysique, selon Jacobi, quoique indémonb'able, nous est donnée dans l'intuition immédiate, La meilleui-e philosophie sera donc celle qui rendra le mieux compte (le celte donnée : ce sera un double réalisme, sensible et suprasensible. Jacobi va montrer que Kant, s'il était conséquent avec lui-même, aboulirait à la doctrine précisément opposée, c'est-i'i-ilire à l'idéalisme. L'effort de Jacobi consïstci'a donc h faire voir : i" que la Crilii/ii/> de la liaison pure mène logiquement à l'idéalisme (ce qui, dans sa pensée, la condamne); 2° que si Kant échappe à l'idéalisme, c'est au prix d'une contradiction formelle.

Jacobi avait été l'un des premiers à saisir, je ne dirai pas toute In portée, mais le sens véritable rie la Critù/tie de fa Hahon pure. 11 y avait à cela quelque mérite. Les contemporains, comme on sait, s'y trompèrent presque tous. Us ne virent d'abord dans ces huit cents pages compactes qu'une élaboration obscure de l'idéalisme de Berkeley. Jacobi aperçut fort bien ce qnc Kant s'était proposé : un idéalisme transcen dental qui eût pour contre-partie un réalisme empirique ; une distinction du phénomène et de la chose

) . Voyci surioui le travail iniiiuk' Ueler de« Irauscendentalm Idealismut, ii|ipeni)ice nu Dialogua Oavia Hume (HST), SW, II, 291-aH), — et reiamen plu» di'iailir- jiiru enus eu liire : Veber das UnUmehmen des Kriticismus die Vernvnfl z% Yerstande iw irtngen. en 1801, dans les BeitrSge de IleiDiiald. SW, HI, 61-105. La Un de cv travail ii'e»t pas Ae Jacobi, mais de son Bmi KOppen.

en soi qui donnât d'une part à la science uu fondement désormais inattaquable, et d'autre part mit fin au dogmatisme métaphysique, en fournissant du mCme coup le moyen de résoudre les antinomies de la raison pure. Il reconnaît que Kant a commencé, dans la philosophie spéculative, une révolution comparable, par son importance et par ses gi'aves conséquences, à celle que Copernic détermina, il y a trois siècles, d'abord en astronomie, et par contre-coup dans toutes les sciences. Kant a essayé de systématiser non seulement notre savoir, mais aussi notre non-savoir'. 11 a voulu fixer les limites de la science et de la croyance : entreprise admirable en un siècle où la métaphysique avait presque perdu le sens de ses propres problèmes.

Mais a-t-il réussi ? Jacobi ne le pense pas. Le kantisme est une doctrine imparfaite et hésitante, en désaccord avec ses prémisses, et qui reste à moitié chemin. Il devrait conclure à l'Idéalisme. Il s'en défend, mais à tort. L'inconstjquence éclate surtout dans la conception de la « chose en soi ». De cette chose en soi, nous ne pouvons absolument rien savoù-. Nous ne pouvons mOme pas concevoir comment nous en aurions une idée positive. Car au moment oi'i nous la penserions, et du seul fait que nous la penserions, ce ne serait plus la chose en soi, mais un phénomène relié à l'ensemble des phénomènes qui sont l'objet de notre science. Et pourtant cette chose en soi, Kant veut nous y faire voir la cause des impressions qui frappent nos sens, et le fondement d'une réalité autre que ta pensée I Mais comment peut-il faire un usage transcendant du principe de substance ou du principe de causalité ? N'a-t-11 pas démontré que les catégories de l'entendement n'ont d'application légitime que dans le monde de l'expérience? Nous ne savons, dit-il, et nous ne pourrons jamais savoir des choses en soi que ceci seulement: qu'elles existent. Mais, objecte Jacobi, c'est trop peu, ou c'est trop. Cette existence

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même, vous ne pouvez l'affirmer qu'en violant les conclusions de la Critique. Or la chose en soi esl une pii'-ce indispensable du systf'me. S'il faut la retirer, tout l'échafaudage s'écroule. La doctrine mauque donc par là. " Le philosophe kantien, dit Jacobi, abandonne complètement l'esprit de son système, lorsqu'en parlant des objets, il dit que ces objets produisent des impressions sur les sens, provoquent ainsi des sensations, et déterminent enfin des représentations ; car, d'après la doctrine kantienne, l'objet empirique, qui n'est jamais qu'un phénomène, ne peut exister réellement, indépendamment de nous, et ne saurait lître qu'une représentation; et quant à l'objet transcendental [ou chose en soi,\ nous n'en savons absolument rien : ce n'est pas de lui qu'il est question, lorsque nous parlons d'objets. » L'idée que nous en avons est au plus un concept problématique, qui repose sur la structure particulière de notre faculté de penser. Ce qui « objective •> le phénomène, c'est l'entendement, en tant qu'il eucliatnc le divers dans l'unité d'une conscience. « Pourquoi donc, ajoute Jacobi, Kant nous pai*le-t-il cependant d'un objet transcendental? C'est afin de pouvoir considérer la sensibilité comme réceptive. Mais, je le demande, comment est-il possible d'accorder la supposition d'objets qui font impression sur les sens et provoquent de la sorle les représentations, avec une doctrine qui prétend justement détnûre toutes les raisons sur lesquelles peut se fonder cette supposition'? Ne soutient-elle pas l'idéalité du temps et de l'espace? Ne fonde-t-cUe pas l'objectivité de l'expérience sur les catégories, qui sont dos lois de notre entendement? » En un mot, il faut que le kantien choisisse ; qu'il soit franchement idéaliste (ce qui semble avoir été la tendance de la première édition de la Critique de la liaison pure), ou qu'il soit franchement réaliste, et qu'il établisse alors la réalité sur une base plus solide que son problématique noumène.

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Jacobi a deux raisons pour insister sur celte critique. D'abord il y trouve le di^faut de conséquence le plus grare que présente le kantisme. Puis il en prend occasion pour faire ressorlir la supériorité de sa propre doctrine, 11 est réaliste. 11 l'est totalement, dit-il, et comme personne ne l'a jamais été avant lui. Est-ce donc qu'il ne sent pas la force des arguments idéalistes? Au contraire, il la sent si bien que, du point de vue du raisonnement, il les trouve irréfutables. 11 ne voit pas qu'on ait jamais pu prouver la réalité d'un monde esléricur à l'esprit. Mais cette réalité est certaine néanmoins. Car nous en avons l'Intuition, inesplicable, mais indéniable. 11 y a là un sentiment contre lequel aucun artifice logique ne prévaudra. « Nous avouons très volontiers, dit Jacobi, que nous ne concevons pas comment il se peut faire que, au moyen d'un simple ébranlement de nos organes, non-seulement nous sentons, mais nous sentons quelque cbose, nous percevons quelque chose de distinct de nous. . . Mais il nous semble beaucoup plus sur de nous en remettre là à un instinct primitif. » Cet instinct primitif ressemble fort à la « magie naturelle " et ù la » suggestion immédiate » des Ecossais, que Jacobi a connus*. Plus tard, il se rapproche davantage d'autres réalistes. Il expose une théorie de la perception immédiate qu'on retrouvera chez Hamillon et chez Maine de Biran. « L'objet contribue à la perception de la conscience, autant que la conscience à la perception de l'objet. J'éprouve que je suis et que quelque chose en dehors de moi existe, dans un m6me instant indivisible; et dans cet instant mon âme n'est pas plus affectée par l'objet qu'elle ne l'est par elle-même. Aucune représentation, aucun raisonnement n'est nécessaire pour cette double révélation. Rien ne s'interpose dans l'âme entre la perception du réel en dehors d'elle, et du réel en elle... Jusque dans la plus primitive et la plus simple perception, le moi et le non-moi, la conscience de soi et l'objet esté-

rieur sont nécossalrëineiit ot en raûme temps liaiis l'âme, tous deux dans la môrile seconde, dans le mCnie insUiut indirisibte, sans avant ui apr^s, sans aucune opération de l'entendement, sans mCrac ébaucher eu lui le concept de la cause et de l'effet', h

On reconnaît, presque mot pour mot, les termes dont se servira 'Hamilton. Pourtant Jacobl n'a pas ici pour objet, comme le philosophe écossais, de donner une théorie psychologique de la perception. Ce qu'il tient à l'aire ressortir, c'est le caractère immédiat et spontané de l'intuition, et l'afQi'mation irrésistible qu'elle entraîne. Le réalisme ainsi franchement fondé sur le sentiment est, selon lui, inattaquable. L'existence des objets n'a pas de meilleure garantie que notre croyance instinctive. Au contraire, le réalisme empirique que Kant combine à si grand'peine avec son idéalisme, trauscendeutal, manque par la base. Nulle part, dans le système de Kant, on n'atteint enfin le réel.

La plupart des reproches que Jacobi fait au kantisme reviennent à cette objection fondamentale. Il ne se place pas au point de vue de Kant lui-même (et cela enlève de leur force à beaucoup de ses critiques), Il ne se demande pas comment des jugements synthétiques n^n'oW peuvent Cire possibles. Kant a-t-il résolu ce problème? Question d'un intérêt purement théorique, et dont Jacobi se soucie assez peu. Mais la fonction propre du philosophe étant de « faire voir ce qui est », de nous donner, s'il est possible, la clef de l'énigme que nous posent la nature et notre propre cœur, de justifier enfin nos pressentiments, nos aspirations, nos instincts d'êtres raisonnables, l'idéalisme trauscendeutal satis- I fait-il à ces exigences? ÏNon, répond Jacobi. Dans cette doctrine, le réel en nous et le réel hors de nous demeurent inconnaissables, insaisissables et problématiques. Le sujet et l'objet s'évanouissent également. Tout nous échappe à la nlii

. LeitïKiix;!, 92*93. J.-iRoiii cite Reid, disant que la perception extËrieure k a lieu by a tort o/" recelalion, it il oppose, avec éliiga, cette thiiorie à nclle I de Kant.

fois. Qu'est-ce qui peiiso, qu'osl-ce qui est pensé? Ce qui pense, — la spontanéité de l'esprit, la synthèse originaire de l'aperception, la conscience intellectuelle, — Kant dit expressément que c'est une uaité purement formelle, qui n'a point de contenu par elle-mûme, qui ne manifeste point le sujet tel qu'il est on soi. Ce qui est pensé, — la nature, Tuniyers, — nous n'eu connaissons pas davantage l'essence.' La cosmologie rationnelle n'est pas moins impossible à construire que la psyciiologie rationnelle. Notre connaissance est nécessairement bornée ans phéuoménes, dont la réalité objective se fonde sur les formes a priori du sujet pensant.

Il est vrai que, si l'entendement est « législateur », la sensibilité est " réceptive », ou, en d'autres termes, que les phénomènes supposent la chose en soi. Mais Jacobi trouve malheureux et illogique l'effort de Kant pour retenir une i-éaiité indépendante de l'esprit. Cette chose en soi inconnaissable, problématique, cet X dont uous ne pouvons absolument rien dire, et dont Kant proclame cependant l'existence, n'est-ce pas la substance des anciens dogmatiques qui reparaît sous un autre nom? Jacobi ne reproche pas à Kant, comme le feront beaucoup de ses successeurs, d'hypostasier une catégorie au moment même où il la définit une pure forme de l'esprit. Il lui fait le reproche inverse. Puisque par delà les phénomènes, hors do nous et en nous-mêmes, Kant admet, très justement, une réalité essentielle, absolue, comment concilier cette croyance (car C'en est une), avec sa théoiio de la connaissance, qui est la mieux faite du monde pour exclure une toile réalité? Il faudrait choisir. Si Kant tient à cette thèse i"éaliste, pourquoi cette théorie de la connaissance idéaliste ? Si, au contraire, il tient à sa théorie de la connaissance, pourquoi cette supposition de la chose en soi inconnaissable et réelle ?

Aussi bien, dans celte théorie de la connaissance, trop de pouvoirs, trop do facultés, trop de principes, trop de synthèses pures a priori. Tout cela donne le soupçon qu'on se

meut dans l'abslrail. On songe à un mécanisme csti'aordinairenient compliqué, qui tourne à vide. Encore cherchc-l-on où Rst ta force généralrice, Kant, rompant avec l'ancienne mèlaphysique dogmatique, a refusù de regarder la sensibilité comme une forme inférieure de l'intelligence, et la sensalion comme une intellection confuse. Il a préféré voir dans la sensibilité une source originale de la connaissance, qui ne peut d'aucune manière se ramener à l'entendement. La sensibilité est ainsi une faculté complète par elle-même, ayant sa malif^re et sa forme propres, ses principes a priori. Au moins est-ce là ce que VEsihêtique transcendentate prétend établir. Mais séparer ainsi radicalement la sensibililé et l'entendement ne suffit pas : il faut montrer ensuite comment ils se rejoignent, Jacobi touche ici à l'un des points les plus obscurs et les plus pénibles de la Critique de In liaison pure. Pour reconstituer l'unité de l'eipérienre , poiu' expliquer l'action concordante de la sensibilité et de l'entendement, Kant est obligé d'avoir recours à l'imagination, dont le râle, dans sa théorie, est aussi important que difQcile à élucider. Jacobi s'efforce de montrer, en pressant les textes, que nous ne savons pas du tout ce que peut être cette faculté, « aveugle », de l'aveu môme de Kant. Après comme avant l'explication du « schématisme de l'entendement pur », nous n'avons aucune raison de penser que les concepts de l'enlendement doivent s'appliquer aux intuitions de la sensibilité, hormis le fait qu'en réalité ils s'y appliquent. Kant a conclu ab aclii ad posse. Peut-être eiU-il mieux fait de ne pas établir une séparation si complète entre l'entendement et la sensibilité : il est vrai que c'eût été renoncer à l'une des thèses les plus originales de sa philosophie.

A considérer, chacune à part, les trois fondions essentielles que Kant distingue dans la faculté de connatirc, les difficultés n'apparaissent pas moindres, Pour la sensibililé, nous avons vu combien il est malîùsé d'expliquer qu'elle reçoive une matière. Mais il y a plus : le parallélisme établi par Kant entre l'espace et le temps est incompatible

arec lo reste du sysième. Le temps, on effet, y joue un rôle fort différent de celui de l'espace. C'est lui qui rend possible la formation des sehèraes, au moyen desquels l'imagination remplit, tant bien que mal, sa fonction d'intermédiaire entre la sensibilité et l'cntendoment; c'est lui encore qui permet à la liaison nécessaire des phénomènes, c'està-dire à la causalité, de se réaliser dans l'expérience. Bref, 11 le temps, dît Jacobi, indépcndaniment de ce qu'il est en soi, est aussi un moyen universel de liaison. On peut le comparer à un axe qui relie les deux pôles opposés de la connaissance humaine, à un aie autour duquel et avec lequel une multitude d'autres cercles de la sphère de l'a priori accomplissent leur révolution'. » Sans métaphore: le temps est l'élément qui se retrouve partout dans l'esprit, et c'est grâce à lui seulement que la faculté de connaître, originairement double, retrouve une sorte d'unité. Il est donc fort difficile de le considérer, en dehors de ces relations, où il est indispensable, comme t^tanl en soi une intuition pui'c du même genre que l'espace. Car pour l'espace il n'est question de rien de pareil. L'espace nous apparaît comme e?[istant uniquement pour soi, comme un objet actuel de représentation. Il ne se mêle à rien d'étranger, et même le temps est nécessaire pour comprendre comment l'imagination féconde l'espace. Donc il est impossible de considérer l'espace et le temps comme un couple d'intuitions pures a priori parfaitement analogues l'une à l'autre, et, par suite, la doctrine kantienne de la sensibilité est gravement compromise.

Quant li l'entendement ou faculté de penser proprement dite, Jacobi estime que Kanl en a donné une théorie de tout point inacceptable. Jacobi, en elTet, ne comprend pas la pensée sans uu sujet qui soit quelqu'un, vous, moi, une personne, qui se saisisse elle-mCme comme telle. Qu'à la rigueur la réalité autre que nous-mêmes, inconnue et incon-

t. sw, m, liO-ll. — Cf. IV'. liM30.

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naissable, soit reléguûe par delà les frontières de la pensée humaine, cela est difficile à concevoir, non impossible A admettre. Mais que la réalité de notre être propre soit aussi dans ce cas, que nous ne connaissions que les pli^nomËnes de nous-mêmes, que l'esseuce du sujet demeure à ses propres yeux un X problémalique, Jacobi avoue que cela le passe. Sous peine de dMnir la conscience « un n<^antquî ne pense rien », il est impossible d'admettre que le sujet qui pense ignore tout de sa nature nielle. Il le faut pourtant, si l'on s'en tient aui principes de Kant : car nous ne nous apprtîhcndons nous-mêmes que dans le temps ; sans les données de la conscience empirique, la conscience intellecluelle n'est qu'une forme vide. Et, pour comble, ce sujet lui-même a besoin, pour se réaliser, des objets qu'il conditionne. Car si l'unité de l'univers repose sur les lois a priori de l'entendement, à son tour l'unité de l'entendement est solidaire de l'unité de l'uuivers. Toujours cette équivoque, qui. selon Jacobi, court tout le long de la Critique dr la Raisonpiire : Kanl louvoie entre un réalisme qui ne se lit-nl pas et un idéalisme qui ne s'avoue pas.

Vient enfin la raison (Vernuuft). C'est la faculté de l'absolu. Elle a poui- objets, Kant l'a bien vu. Dieu, ta liberté, l'âme spiriliiclle. Mais il a eu le grave tort d'appeler la raison la faculté des « idées u, en lui déniant le droit de passer de ces idées à la réalité de leurs objets. Il a su distinguer l'entendement et la raison, et Jacobi, convaincu delà justesse de celte distinction, l'a adoptée. Mais pourquoi Kant reconnaît-il à l'entendement une valeur objective telle qu'il puisse fournir les principes constitutifs de l'expérience, alors que la raison, traitée en suspecte, n'est appelée qu'à fournir des principes régulateurs dans ce même domaine do l'espcrience? Pourquoi est-elle ri go ui'eu sèment exclue de la région du suprasensible, où seule elle pourrait trouver accès? CI La tbéoric de la raison pure de Kant a pour but, dit Jacobi, de mettre rentendement en garde contre la raison, celte trompeuse, et de le prémunir le mieux possible

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contre ses séductions, en lui faisant toucher du doigt, pour ainsi dire, comme il est la dupe des idées. » Répondez-moi franchement, et en conscience, ajoute-l-il : une fois persuadés que ces idées de Dieu, de la liberté, de la spiritualité de Vâme n'ont pas de fondement objectif, une fois que vous en aurez vu l'origine et le rûlo [qui est de régler l'usage des concepts do l'entendement}, une fois que vous les aurez appelés avec Kanl « des Actions heuristiques, foci imnginarii », vous sera-t-il jamais possible, après cela, d'y revenir comme à des représentations objectives et vraiment réelles, d'y croire en toute confiance et de tout cœur'? Non, évidemment, et c'est là le gros grief de Jacobi. Le icantisme a beau rétablir du cûté do la raison pratique, sous forme de postulats, ce qu'il a retranché, en tant que connaissance, du cflté de la raison tliéorique. Ce n'en est pas moins une philosophie ambiguë, infectée, elle aussi, de l'esprit du siècle. Son Cïc6s de confiance dans le raisonnement la conduit, comme les autres, à des conclusions qui contredisent les affirmations spontanées et irrésistibles du cœur humain. Et néanmoins Kant avait admirablement vu que l'absolu nous est, de sa nature, inconnaissable, sans que la science positive soit compromise par là. En \\a mot, « c'est une doctrine aussi malaisée à défendre dans ce qu'elle a de bon qu'à réfuter dans ce qu'elle a de mauvais ». Critique Une, et qui ne ressemble pas mal à un éloge.

Comment donc, se demande Jacobi , le Icanlisme a-t-il trouvé tant d'adhérents, et de si fidèles? — Précisément à cause de l'éqnivoque qui est â la base de la doctrine. Rien ne l'a mieux servi que son plus grand défaut, que cette couleur de caméléon qui passe constamment de l'apriorisme à l'empirisme, que ce Iloltement entre l'idéalisme et le réalisme. Quelque chose en nous proteste contre la doctrine de la subjectivité absolue, contre l'idéalisme total : mais on se rend facilement à un système séduisant qui sauve l'objectivité, ne

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