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raeatal. II se peut que ce verlige, s'il dure, aboutisse promptement à une obnubilalioii de la coiiscieace, c'est-à-dire & une perte de connaissance. Le phénomène décrit par Jacobï s'explique donc sans peine. Ce qui est singulier, c'est qu'il se soit produit à un âge où l'esprit n'est en général occupé que d'images concrètes. Il n'esl pas inyi-aiscmblable que ces crises hallucinatoires aient poussé Jacobi à chercher un refuge dans les certitudes de la foi positive, et qu'elles aient fortifié son penchant au mysticisme. Encore fautil fitre très circonspect dans l'interprétation de faits de ce genre, et ne pas prendre pour la cause ce qui était peul-Ctre l'efi'et. Pent-étre pourrait-on dire, avec autant de raison, que ces visions extraordinaires provenaieut chez Jacobi d'une prédisposition â être profondément ému à la pensée des objets métaphysiques : ce qui ne serait pas une mauvaise déânition d'une fime mystique.
Jacobi grandit ainsi au milieu de transes et d'angoisses que personne autour do lui ne soupçonnait. Sa gaucherie en redoublait, ainsi que la lenteur apparente de son intelligence. On ne s'étonnera pas si, dans ces condilions peu favorables, Jacobi ne fit que de médiocres études. Son père, qui avait envoyé l'alné de ses fils à l'université, ne jugea pas à propos de procurer au cadet le même avantage. Il le mit à seize ans dans une maison de commerce, à Francfort-sur-le-Mein, pour y apprendre « les affaires •>. Jacobi y réussit fort mal. Son étonuement naïf â la vue des h tours de bâton » nécessaires (pour prendre le mot du neveu de Rameau), ses scrupules de conscience et sa maladresse donnèrent la plus mauvaise opinion de ses aptitudes. Par bonheur, une occasion s'ofTilt de quitter cette place pour une autre, à Genève. Jacobi obtint le consentement de son père, et ce changement décida de sa rie.
Genève était aloi's un centre de vieinlellectuelle, oii s'entrecroisaient, pour ainsi dire, les grands courants d'idées du siècle. Rousseau y avait, parmi ses compatriotes, un parti d'admirateurs enthousiastes, dont Jacobi ne larda pas à par-
VIE DE JACOBl 5
lagcr les sentiments. Voltaire venait de s'installer aux Délices. Jacobi lui fut présenté ', Il connut aussi personnellement le naturaliste Charles Bonnet, qui était alors en pleine activité scientifique, et qui s'efforçait de concilier ses hypothèses aventui'euses avec la métliode philosopliique de Leil)niz et avec la révélation clirétienne Ënlin l'UniversitiS comptait des profcsscui's remarquables, entre autres le mathématicien et physicien Le Sage, qui, le premier, distingua Jacobi. Il sut l'encourager, le soutenir, le guider, et il lui inspira les sentiments les pins vifs d'admiration et de reconnaissance*.
Il y eut là, pour ce jeune homme de dix-sept ans, comme la révélation d'une existence nouvelle. Il aimait à dire, plus tard, que les trois années qu'il avait passées à GcnÈvc comptaient parmi les plus heureuses de sa vie '. Plus son enfance avait été comprimée, et plus il jouissait du libre développement de son adolescence. Ses occupations lui laissaient un loisir dont il faisait un excellent emploi. Sa santé jnsque-la avait été délicate : l'habitude des exercices du corps la fortifia. Jacobi acquit cette beauté de visage, cette grâce aimable et séduisante dont tout le monde auprès de lui subissait le charme, et que Gœlhe a si finement caractérisée dans ses Mémoires'. Mais surtout il prit confiance en lui-m6me. Son esprit s'ouvrit, se forma, s'instruisit. Il s'estima enfin capable d'aborder les problèmes vers lesquels il s'était senti attiré, sans oser jusque-là s'y attaquer. Il inclina dès lors vers la philosophie, en particulier vers la morale et la métaphysique. Les documents nous manquent pour suivre ses progrès dans le détail. Nous savons seulement qu'il lut beaucoup, et qu'il s'altacha de préférence aux écrivains français des xvii= et xvm* siècles. Pascal et Fénelon, entre les premiers, Bousseau et les encyclopédistes, parmi ses contemporains, firent
1, SCKUCRTEOROLL, p. 9.
!. SW. a, 180 sqq.