‹ La philosophie de JacobiChapitre 82 sur 141 · ZarPHiTz, l, 3li. Lt^ttre à RdIdIioM, du 10 août IBOa · texte numérisé non relu

ZarPHiTz, l, 3li. Lt^ttre à RdIdIioM, du 10 août IBOa

LA PlIlLOSOPlilE [

JacoM n'imagiuait pas que ces lettres, adressées à des amis intimes, dussent jamais être publiées. Il s'y laissait aller, sous l'impression du moment, à des vivacités de langage qu'il aurait sans doute atténuées le lendemain. Elles sont précieuses pourtant. Elles trahissent le mécontentement et l'aigreur dont Jacobî ne savait pas se défendre, h mesure que la vieillesse venait, et que les succès retentissants de Fichte, de Schellîng, de Hegel, le rejetaient dans l'ombre. Il se sentait un peu délaissé, presque dédaigné, insensiblement mis de côté. Ces jeunes gens ne craignaient pas de dire à Kant qu'il n'avait plus voix au chapitre, pour l'interprétation de ses propres ouvrages, et qu'ils le comprenaient mieux qu'il ' ne s'était jamais compris lui-mÉme. Que pensaient-ils alors de Jacobi? En pensaient-ils seulement quelque chose ? Le salto morlale ne devaîl-il pas faire sourire ces métaphysiciens intrépides , qui prenaient bravement leur point de départ dans l'intuition intellectuelle? Jacobi le sentait. De là le besoin de rendi'e dédain pour dédain. De là l'amertume passionnée de ses critiques, quand il peut librement s'épancher entre intimes. Fichte eat le plus souvent l'objet de ses sarcasmes, peut-ùtre parce que c'est lui que Jacobi connaitle mieux, et parce qu'il fait de son talent, indéniable en somme, l'usage le plus reprébensible. Un ami de Jacobi, Kicolovius, qui vit Fichte à l'oeuvre pendant pUisieurs mois, à Kœnigsberg, où il avait suivi la famille royale, exprime ce sentiment sous une forme naïve, a Quel homme supérieur que Fichte, s'écrie-t-îl, si seulement il voulait bien ne plus s'occuper de philosophie ' 1 >

La sévérité de Jacobi ue s'adoucit qu'au sujet dos Caractères de l'Evoque présente, qui parurent en 1805. Outre l'éclat et la beauté du style, auquel il ne pouvait rester indifférent, les vigoureuses attaques de Fichte contre la morale de l'égolsme, contre les prétendus esprits forts, contre le posi-

tivisme régnant, contre l'abaissement des caractères et 1'

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thie des esprits en Allemagne, tout cela répondait à mer- Teille aux seotimenLs tutimes de Jacobî. Il écrit à son ami Kôppen : « Les Caractères contiennent quantité de choses escellenles. Mais Ficlitc ne les a pas tirées de son système. Il les y a introduites plutût. On peut tout simplement tj-ansvaseï- ces bonnes choses de son récipient dans un autre, et lui rendre le sien. >> Et il ajoute : « Je comprends de jour en jom- plus parfaitement et plus profondément ce qu'il y a de supei-flciel et de faux dans les phîlosophics les plus réceules. Je pourrais le priîcher au peuple du haut des toits : mais je n'ai plus de jambes pour monter, ni de voix pour me faire entendre '. »

Aveu de lassitude, ou pour mieux dii'c, aveu de découragement, et qui n'était que trop justifié ! Par ces « philosophies les plus récentes ", Jacobi veut désigner, semble-1-il, plutôt encore Schelling que Ficbte. Son dernier ouvrage : Des choses divines el de leur révélation (1811). contient une critique de Schelling fort passionnée, mais peu clairvoyante. Jacobi saisit bien, en gros, la filiation des systèmes. De môme qu'après Kant, Fichte a dû parallre (après l'idéalisme imparfait la Doctrine de la Science), de môme à Fichte devait succéder Schelling (ft la philosophie du moi absolu, la doctrine de l'identité du sujet et de l'objet). Ce dernier système, Jacobi l'appelle idéal-matérialisme*. C'est, selon lui, un panthéisme. Une fois posés les principes de la Critique de la Raison pure, il était inôvitahle que ce système repai'ùt à son heure : la logique l'exigeait, tout contraire que ce fût â l'esprit el au.^ intentions de Kant. Celui-ci n'avait-il pas voulu limiter les prétentions de la raison humaine? N'avait-il pas

i lui interdire à jamais les aventures et les erreurs du tloginatisme métaphysique ?

Kaat avait résolument fait à la croyance sa part. Si les objets miHaphysiques, dans sa doclrine, étaient indémontrables pour la raison théorique, cela pcrmellait du moins de les concevoir tels que le cœur et la conscience les réclament. Rien n'emptchait de croire à un Dieu bon, à une Providence qui règle l'ordre du monde, et vers qui peuvent monter les adorations et les prières. Le kantisme, par ce côté, se conciliait avec les convictions de Jacobi, qui sont pour lui la mesure de toute vérité. Mais déjà Fichle, plus conQant en la raison pure, et plus dogmatique, s'élève à la science absolue, et déllnit Dieu « l'ordre moral de l'univers ». N'ailait-il pas jusqu'à dire que la personnalité et la conscience de soi sont Incompatibles avec l'idée do Dieu? Et voici que la '• seconde (lUe " de la philosophie critique, la doctrine de Schelling, supprime nnîme la prééminence reconnue par Fichte â l'ordre moral. Elle divinise simplement la nature.

Ici la critique de Jacobi devient tout à fait malheureuse, n n'a pas compris Schelling, et l'on so demande s'il l'a bien lu. Il maintient avec oiiiuidtreto, mais sans preuves, que le système de « i'identitû absolue •• est simplement un " spinozisme retourné », et que son auteur est incapable de s'élever au-dessus du point de vue naluralïsle. Il y trouve donc la forme la plus hlAmable et la plus dangereuse de l'athéisme. !1 lui oppose son propre dogme de la personnalité divine, sur un ton d'afûrmaliou aigre, et d'initatiou impatiente, — on est tenté de dire, sénile, si l'on réfléchit à l'dge que Jacobi avait atteint. Il croit accabler Schelling , et tous ses arguments portent âcfllé. La phiiosoplùe qu'il réfute, Schelling ne l'a jamais enseignée, et celle que Schelling enseigne, I Jacobi ne parait même pas l'apercevoir.

Schelling prolila de l'occasion qui lui était offerle. Il habi-

L tait Mmiich, comme Jacobi : il faisait partie de l'Académie

dont Jacobi avait été président. Les rapports entre les deux

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philosophes, amicaux au début', n'avaient pas tardé à changer de caractère. Jacobi aimait encore le monde et la conversation. A Munich, comme autrefois à Pempelfort et à Eutin, il fréquentait la hante société, recherchait les succès de salon , et i! irritait Schelling par ses allures do philosoijhe à la mode, choyé par les grandes dames. De son côté Schelling ot son entourage s'étaient permis quelques plaisanteries sur le compte de Jacobi, de ses fidèles, et surtout de ses deux sœurs, vieilles demoiselles u qui ne bougeaient du cabinet du pliilosophe non plus que deux vieilles chattes ». Ces propos, rapportés à Jacobi, ne manquèrent pas d'être envenimés. Bref, griefs personnels et dissentimonis philosophiques s'ajoutant les uns aux autres, Jacobi prit l'ofTensive, et il attaqua violemment Schelling. C'était une faute. H ne tarda pas à s'en repentir. Depuis longtemps Schelling cherchait un moyen de satisfaire son ressentiment *, II n'osait entreprendre une campagne contre Jacobi, que protégeaient sa situation, ses hautes relations, et surtout son 4gc. Mais, provoqué, il avait le droit do se défendre. Comme il l'écrit à ses amis, l'attaque de Jacobi arrivait fort à propos. Elle lui donnait SOS coudées franches. Il en usa, il en abusa même. En réponse au livre de Jacobi, il Ot paraître une grosse brochure, où il couvrait le vieux philosophe de ridicule*. Après avoir essayé de le prendre en flagrant délit de perfidie et de mauvaise foi dans ses citations, Schelling montrait que la doctrine incriminée et réfutée par Jacohi n'avait rien de commun avec la sienne. Puis, poursuivant son adversaire sur son propre terrain, Q raillait avec un acharnement impitoyable la faiblesse logique de sa doctrine de la croyance. Il terminait enfin par une parodie du salCo morlale, plus méchante que spirituelle, el il ne s'arrêtait qu'après avoir iuHigé au vaincu toutes les mortifications imaginables. La riposte était brutale, si brutale même que les amis de

i. Ziippnm, n, 1*. — Cf. Meieii, p. US. Lettre ilu 8 anflt 1S07.

2. Kmio Fisi^iiEK, QescMchte der tieueren PMotopMe, t. VI, p. 2(3-211.

3. SciiB.i.wo'3 Sûmmtliche Werkt. Stuttgart, 1861, l. vni. p. 19-139.

Schelling en furent quelque peu honteux pour lui. Certes,' Jacobi s'était donné les premiers torts, et Schelling, clairement désigné dans son livre sans y Ctre franchement nommé, avait dû ressentir cetle offense. Maïs il triomphait sans générosité. La bonté de sa cause n'était pas douteuse, et personne n'aurait pris au sérieux l'accusation d'athéisme que Jacobi paraissait lancer contre lui : puisqu'aussi bien cela voulait simplement dire que Schelling n'admettait pas l'anthropomorphisme comme Jacobi. Schelling se serait fait plus d'honneur en n'accablant pas un ennemi à terre. Jacobî s'abstint de répliquer. Quelques-uns de ses amis le firent pour lui, mais il laissa tomber la querelle. Du côté de Schelling on imita bientôt cet exemple. Lui-même connent, dans une lettre, qu'il a peut-être dépassé la mesure. Il se peut, dit-il, que dans le feu de l'action, en frappant juste, j'ai frappé trop fort.

Il n'y aurait aucun inténH ù reprendre ici le détail de cette querelle. Ce qu'elle avait de personnel est bien mort, et sur .le fond philosophique du débat, Schelling avait trop évidemment raison. Il est certain que le monisme de Schelling, que son système de « l'identité absolue n, ne pouvait être que lettre close pour Jacobi. Celui-ci n'avait-il pas vécu toute sa vie sur une conviction qui avait à ses yeux la force d'un axiome : à savoir, que la nécessité et la liberté, que la natui'e et l'ordre moral s'excluent réciproquement? et que panthéisme signifie athéisme, c'est-â-dire négation de la personnalité de Dieu? Or le système de Schelling consistait précisément à réaliser ce que Jacobi avait toujours déclaré irréalisable. Il faisait sortir, par évolution, la liberté de la nécessité même, l'ordre moral de la nature, et la personnalité divine de la substance absolue impci-sonnelle. Une telle doctrine ne pouvait être, aux yeux de Jacobi, qu'une forme bâtarde du spinozîsme, sans franchise et sans probité logique. Ce n'est pas, en général, h près de soixante-dix ans qu'un philosophe peut changer d'attitude mentale, et se placer à un point de vue dont il a nié jusque-là la valeur et

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mfime la possiinlité. Jacobi avait critiquiî Kaot; il avait condamné Fichte : il devait excommunier Schilling.

SchoUing lui fil expier durement son imprudence. Mais vingt-cinq ans auparavant, Jacohi avait-il épargna davantage la vieillesse de Mendeissohn ? Par un juste retour, c'est pour lui maintenant quil aurait fallu invoquer IVxcuse que Kant avait jadis fait valoir en faveur de l'auteur du Phédon. Il Mendeissohn, disait Kant, aurait fini par reconnaître l'insuffisance des preuves théoriques de l'existence de Dieu. Sa pénétration naturelle l'aurait conduit h. celte conclusion, si en mCme temps qu'une longue vie le ciel lui eût conservé celte souplesse de l'esprit qui est un privilège de la jeunesse, et qui lui permet de transformer compU-toment sa manière de penser, au fur et à mesure que change l'état des sciences'. » Schclling vengea Mendeissohn des mépris de Jacobi. Mais il ne prévoyait pas qu'il aurait un jour besoin, à son tour, du même plaidoyer, et qu'il lui faudrait subir les dédains des disciples de son rival disparu. Philosophes du raisonnement et philosophes de la croyance, tous, sur ce point là, sont sujets au-ï mêmes illusions.

Le temps réservait à Jacobi, ou du moins à sa mémoire, une revanche encore plus piquante. Schelling aurait-il jamais cru, quand il accablait sans pitié son vieil adversaire, qu'un jour viendrait où il s'inspirerait de lui? C'est poui-lant ce qu'il devait faire, en 1833, dans ses leçons sur l'histoire de la philosophie moderne *. Pour critiquer Hegel, Schelling <■• se cuirasse ", dit M. Kuno Fischer, des arguments tant de fois invoqués par Jacobi. Il explique comme lui que ' le logique ne coïncide jamais avec le réel, et qu'il est vain ' de prétendre déduire ce qui est. Môme une de ces leçons eat ] consacrée presque eu entier à Jacobi, Schelling rend pleine i justice à son mérite. Il montre fort bien la place que Jacobi occupe au commencement de la réaction contre le rationa- ' lisme du xvm» siècle, et il l'appelle, à ce point de vue, « la

1. Kakt's S'~MmtlicAe Wcrke, ià. Ross^tKntN S. Scwn.M.'ïo's SCmmUiche Werke, t. X, p. 12

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Iiirsonnaliti? la plus instructive peut-être de toute riiistoîre' de la philosophie moderne'. » S'il combat encore la doctrine, il l'expose du moins sans mauvais vouloir ni dénigremont. En un mot, celte critique, assez snperOcielle d'ailleurs, est (écrite sur le ton qui convient à l'histoire, et m&me avec sympathie. Rien n'y rappelle la brutalité du pamphlet do 1812, Mais en rdalilé, dès 1812, Jacobi appartenait déjà à l'histoh-e, comme Kant, et plus encore que Kant. Schelling l'aurait compris sans doule, si l'attaque malencontreuse de Jacobi ne lui eût fait perdre son sang-froid.

.Si large el si puissant que fût le courant issu de Kant, l'Allemagne philosophique n'y élail pourtant pas entraînée tout entière. Le nombre n'était pas négligeable de ceux que rebutait le formalisme abstrait de Kant, ou qu'i^loiguait le caractère strictement U-gal de sa morale. Beaucoup demeuraient plus sensibles à l'exquise poésie du platonisme, ou à la grandoui- métaphysique de Spinoza. Parmi eux, semblet-il, Jaeobi aurait dû trouTer, sinon des disciples, au moins des lecteurs sympathiques el favorables.

En fait, cela ne s'est guère produit, et il n'est pas malaisé de voir pourquoi. D'une part, la philosophie de Jacobi, à cause de son caractère expressément individuel, était un crerfo autant qu'une doctrine. Quiconque n'était pas avec lui élait contre lui. Peu lui importait pour quelles raisons on se refusait au sallo morlale : kantiens ou non kantiens lui paraissaient, en ce cas, également ennemis. Eu oulre, à partir de n92 en- Tiron, les systèmes se succédèrent eu Allemagne avec une extrême rapidité. En l'espace de quelques années, le kantisme, dépouillé de sa forme première, parut se fondre avec

t. Ki>o FiscBEii. QeschichU itr wueren Philosophie, l. Vl, p. 294;

JACOD! ET LES HOMANTIQUES

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des éléments qui provenaient de s mélapliysiques antérieures, principalement de Leibniz et de Spinoza. Plus tard seulement, une fois entrée dans l'iiisloire, la pliilosopliie de Kant sera dégagée des éléments parfois réfractaîres que Beiuhold, Fichte, Schelling et les autres y mélangeaient. Mais, à répoque do leur apparition, ces nouveaux systèmes passaient pour le développement naturel et logique du kantisme. Par suite, ce que les romantiques, par esemple, auraient pu être tentés de chercher chez Jacobi, faute de le rencontrer chez Kant, ils le trouvaient, avec plus de vigueur et d'éclat philosophiques, chez les jeunes successeurs du grand philosophe. C'est pourquoi, malgré d'indéniables afflnités, ni Jacobi n'a été favorable aux romantiques, ni ceuxci ne se sont monti'és indulgents pour l'œuvre de Jacobi.

Les romantiques n'ont pas été, au sens strict du mot, des philosophes. L'eussent-ils été, leur inquiétude naturelle les aurait empêchés de mûrir une doctrine. Toutefois, ce qu'ils ■ , ont fait, ils ont voulu le faire en philosophes, si bien que leurs habitudes d'analyse et de réflexion esthétique n'ont pas été sans nuire à leur œuvre poétique. Ils ont plus disserté que créé. Ils ont cherche à faire prévaloir une cerlainc conception de l'art, de l'histoire, de la nature et de l'homme : n'y avait-il pas là tous les éléments d'une pliilosopliie? Plus d'un trait y rappelle Jacobi, et de fort près. D'abord, la part prépondérante faite à l'intuition, à l'mslinct, ' à ce qui est immédiat et spontané, au «■ génie », — et le dédain de ce qui est produit par le travail discursif et méthodiquement réglé de l'entendement. « Leibniz affirme, Wolff démontre : c'est tout dire », éciùt Frédéric Schlegel. Les grands philosophes sont des poètes et des voyants. Leur génie est fait de divination, non de logique. Ou plutôt c'est une logique souple et vivante qui n'a rien de commun avec i le mécanisme rigide de la démonstration, Socrale et son ironie, Platon et sa grâce attiquo, voilà les modèles du philosophe, s'ils n'étaient inimitables, et s'il n'était contradictoire que le philosophe eût un modèle. Sa doctrine doit être

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LA l'HlLUSOPHlE DE JACOBl

une appréhension personnelle de la vérité; sa pensée, une expression originale et singulière de l'univers.

Comme Jacobi encore, les romantiques sont les ennemis déclarés du rationalisme cher au xviii» siècle. Ils détestent la clarté artificielle et crue de i^ette philosophie « des lumières », qui n'a pas compris qu'un clair-obscur mystérieux estompe partout les contours du réel. Ce reproche, Jacobi l'avait fait avant eus, vingt ans plus tût, et précisément dans les mêmes termes'. Avant eux encore, — et toujours d'api"ôs Rousseau, — il avait proclamé le droit souverain du cœur à se mettre au-dessus des formules de la moralité abstraite, et il avait revendiqué la hberlé absolue du moi dans le domaine de l'action comme dans celui de l'art.

D'où vient donc qu'il y ait ou si peu de sympathie réciproque entre Jacobi et les romantiques? Le parfum de mysticisme piétiste qui se décèle dans son œuvre y a été pour quelque chose : peut-être aussi un certain ton de fatuité mondaine et légèrement ridicule dans ses romans. Mais surtout ils trouvaient chez Fichte, et bien plus à leur goût, tout ce qui pouvait leur plaire chez Jacobi. et beaucoup moins de ce qui pouvait leur déplaire. Le compte-rendu de Woldemar par Frédéric Schlcgel {1796) = est resté célèbre. Spirituel par endroits et malveillant d'un bout à l'autre, c'est une exécution sommaire, et en somme assez injuste. Abandonnons à Schlegel l'intrigue et les caractères du roman : la philosophie de Jacobi méritait un examen plus sérieux. Je n'y trouve, dit-il eu substance, que l'unité d'une personne et non pas l'unité d'une docti-inc : je croyais être en présence d'une philosophie, et je reucoutre i'individuaUté de Frédéric-Henri Jacobi. Point de principes généraux, point de liaison rigoureuse enti-e les idées, et pour conclusion : 'i Remettons-nous-en à la grâce de Dieu. » Quelle étrange

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