‹ La philosophie de JacobiChapitre 84 sur 141 · ZOppnm, I, S6Q-EI. Mal · texte numérisé non relu

ZOppnm, I, S6Q-EI. Mal

3. Lettre de Schlcicrmichtr h, Brinkraann, citée par Diltheï. Das Leùetl SMeiermaeher't, y. 331.

JACOUI ET LES RUMASTIQUES ->33

lures. Il aime! à parler de sa TÎeîUe affeclion pour lui, et de « son accord avec la façon de penser de Jacobi sur l'homnie en général w. C'est aussi par Jacobi qu'il avait d'abord connu Spinoza, Il avait t^tudié les Lell7-es sït7- la Doctrine àc Spinoza avec un tel soin, qu'il avait pu rectifler l'exposition de Jacobi sur quelques points, d'après eUe-méme, et avant d'avoir vu le texte de riiV/»çwe '. Enfin, les Discours sur la Religion, avec une dialectique plus forte et une virtuosité plus riche, reflètent en maint endroit la pensée même de Jacobi.

Ces discours, dit Hegel presque aussilât, sont « du Jacobi àlasccondc puissance*". Et en effet, si Sehleiermacher se i renferme moins jalousement que Jacobi dans les données ] de sa conscience individuelle, s'il s'approche davantage d'un | sentiment ou d'une intuition proprement philosophique de ^ l'univers et de l'Ctrc absolu, il n'en persiste pas moins à placer, comme Jacobi, le centre de gravité de sa doctrine dans la spontanéité du sujet sentant. C'est le même genre de mysticisme, c'est la même confiance dans les certitudes du cœur en face de la science, c'est enfin la même affirmation du réa- lismc, dont la conscience morale croit avoir besoin pour 1 contrebalancer les progrès de l'idéalisme spéculatif.

Tous ces points de contact entre Sehleiermacher et lui-J même, Jacobi ne les ignorait pas. Mais précisément, plus J Scbleiermacher avait compris et senti où était le « vrai » moins Jacobi pouvait lui pardonner de soutenir en même temps les pires erreurs. La plus grave est de rejeter l'anthropomorphisme. Le jeune théologien s'en détourne avec une telle antipathie que, dans ses Discours sur la Religion, il parait souvent éviter le nom miïme de Dieu ! Aveu inconscient d'athéisme, puisque Jacobi appelle athée quiconque n'admet pas la personnalité de Dieu. Et d'où vient ce déplorable égarement? De Spinoza, sans aucun doute, par qui Sehleiermacher s'est laissé séduire. 11 n'a pas su résister à

t. DiLTHEï, Leèen SckUiemiacher'!- — Denkmale, ji. Ci-ii9. 2. Hmel's, Werke, I. aimbeit uni WUstn (ISO!!), P- 112-113,

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l'ivresse métaphysique. Foi-t de son seiitimenl religieux, il a cru pouvoir s'élever à une conception des rapports de l'absolu,

, de l'uoivers et de l'âme bumaioe. Vaine tentative, dont le résultat ne pouvait être qu'une accession plus ou moins déguisée à la mélapliysiquc par excellence, au panthéisme

I fataliste et athée, en un mot, au spinozisme. Jacobi admire Spinoza, mais il s'en éloigne. Scbleîermacher admire Spi-

[ noza, et se livre à lui. Il y perd, dirait Jacobi, et son Dieu,

L et lui-même.

Jacobi ne prit même pas la peine de protester contre le

. rapprocbcment que Hegel indiquait entre sa doctrine et celle de Schleiermacber : pourtant il avait dû en ôtre vivement choqué : « Qu'il n'en dise rien, écrit Schloiermacher, cela me parait le signe d'un 1res profond mépris pour mes Discours. J'en suis peiné, car je l'aime beaucoup '. » Jacobi, dira-t-il plus lai-d, a été presque le seul esemple dans sa via d'une alTection qui n'ait pas trouvé de réponse, Avec le temps, sans changer de sentiment à l'égard de Jacobi, il comprit que ses Discours avaient été à la fois trop spinozistes et trop romantiques pour lui plaire. Dans une lettre importante du 30 mars 1818, il explique au vieux philosophe en quoi il est d'accord avec lui, et où il s'en sépare. Il rend hommage à l'esprit qui animi; la doctrine de Jacobi. Il trouve bon que le sentiment y joue un rûle capital. Mais l'entendement nest-il pas ti'op vite et trop radicalement sacrifié? « Païen par l'entendement, chrétien par le cœur » : formule profonde," mais non définitive* ; opposition réelle, mais que Schleiermacber veut résoudre par une conciliation plus haute. Il ne s'arrête pas au dualisme qui est demeuré pour Jacohi le dernier mot de la sagesse humaine. " Chez moi aussi, l'entendement et le sentiment sont à la fois juxtaposés el distincts; mais le conlacl s'établit entre eux, comme entre les pOles d'une plie galvanique. La vie la plus

1, Sciir.EiEn«ACiiiîii's Brief^echieT, IV, BO.

2. CMe farmuli! m rt;lrouvD encore ilau« une lettre de Jacobi à HcinliaU, du I octobre iSlI. Roth, II, 41S,

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intime de l'âme, selon moi, consiste précisément en ce sentiment qui vient de renlendemeni, en cet entendement qui vient du sentiment, sans que les deux pâles cessent d'ôtre distincts et se confondent ' . » A la fin de cette mCme année 1818, Schleiermacher vint à Munich. Il eut avec Jacobi plusieurs entretiens, et il essaya de lui faire entendre qu'il s'était assagi depuis le temps de sa romantique jeunesse. Mais Jacobi, aETaibll par l'âge, ne put jamais voir en son interlocuteur que l'auteur des Discoui:^ aw la Religion.

D'autres contemporains, moins originaux et moins brillants que Schleiermacher ont essayé de tenir une position intermédiaire entre Jacobi et Kant. Tel Pries, qui veut donner (le Kant une interprétation psychologique, et qui se rapproclie ainsi du point de vue propre à Jacohi, sans cependant s'y placer tout à fait'. Bouterwok, plus médiocre, touche à beaucoup de sujets, et s'occupe particulièrement d'esthétique. Il accable Jacobi sous des louanges tellement hyperboliques, tellement maladroites, qu'elles prendraient facilement un air d'ironie, si Bouterwek pouvait Gtre soupçonné de quelque malice '. Plus fidèle A la doctrine du maître apparaît l'entourage immédiat de Jacobi, ceux que l'on appellei'ait ses disciples, s'il avait un enseignement : Wizenmann, l'auteur des Résuilats de la philosophie de ' Jacobi et de Mendelssobn, dont le tempérament philosophique semblait promettre quelque originalité, s'il eût vécu; Neeb, Ancillon. Krug, Roth, qui édita la correspondance de Jacobi après sa mort, Koppen qui acheva la publication, de ses Œiiireu complètes, tous philosophes de plus de bonne volonté que de génie.

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