v^ta■n, I, 2S
ËnËD, dernière l'orme d'influence doiil Jai-obi eùL élé luimême fori étonné ; sa doctrine senil assez longtemps, en Autriche, de philosophie officielle. Elle y avait d'abord paru suspecte. N'enseignai t-ellr' pas que tous les hommes, possédant les mûmes droits naturels, doivent être égaux devant la loi? Jacobi ne protestait-il pas avec véhémence contre le despotisme sous toutes ses formes? Ne se déclarait-il pas pour les théories libérales d'Adam Smith? Sa doctrine en un mot n'était-elle pas infectée de l'esprit du x\in» siècle, où la Sainte Alliance voyait, à la fois, la cause principale des crimes de la R<5ï0lulion, et une menace perpétuelle pour les institutions sociales? Pourtant on ne tarda pas à la juger autrement. Ce duahsmc irréduclible de l'âme et du corps, de la science et de la croyance, du mécauisme et du miracle, pouvait fournir les éléments d'im sph'itualisme peu gt^nant, qui ne donnerait point d'ombrage au clergé. De 1831 à ■1848, les chaires do philosophie en Autriche fexcepté celles de la Bohême, véritable fief de l'école de Horbart), furent occu|iées par des fonctionnaires, qui, conformément aux instructions ministérielles, enseignaient la philosophie de Jacobi Mis se servaient de manuels rédigés par Lichtenfels, le plus distingué des professeurs de philosophie qui vécût alors à Vienne. Quel argument pour les ennemis de Jacobi, qui l'accusaient de travailler sous main au profit du catholicisme, s'ils avaient pu prévoir cette extraordinaire fortune de sa philosophie sous le gouvernement de Meltemich ! Jacobi aurait sans doute désavoué l'usage fiu'on en faisait, et il faut avouer que l'administration autrichienne se préoccupait peu de rester fidèle à l'esprit de l'auteui'. Elle en tirait simplement ce dont elle avait besoin : un spiritualisme clair et iuofTensif, catégorique dans ses affirmations, d'où l'esprit d'examen était i peu près absent, et qui s'alliait donc à merveille avec l'enseignement du catéchisme. Comme
, ZlH^o^Ell^, Friedrich, Eeiarich JûcoM's Lebtn^ Dicklm tind Denkai, ' p. 3LG-318, — Cf. Ehoman:*, Orundriss der BtichicKte der Philosophie,
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elle lenait avant tout à assurer l'accord de la raison et de la foi, elle s'emparait fl'ane doctrine où la raison n'étant guère que la foi sous un aulre nom, aucun conflit u'était à craindre. Peu importait que Jacobl ne l'eût pas entendu ainsi, et qu'il eût niûmo expressément condamné la coutume de certains conservateurs, qui ravalent la morale et la religion au vùle de soutiens des institutions politiques et de l'ordre social.
Ce n'est pas là, évidemment, qu'il faut chercher le développement de la doctrine de Jacobi, Nous ne le demanderons pas non plus aux disciples obscurs, ni aux imitateurs, qui ne comptent point. Nous le trouverions plutôt chez Schleiermacher, chez Fichte, chez Hamilton, chez les philosophes de 1 la croyance au xiv siècle, et, comme il arrive souvent, autant . chez ceux qui ont combattu Jarobi que chez ceux qui ne lui seraient pas hostiles. Prise en elle-mômo, esactement telle qu'il l'avait arrêtée, sa doctrine ne comportait pas de progrès. Dès sa jeunesse, il l'avait fixée ne tarieiur. Elle ne pouvait se développer qu'avec la pei-sonnalilé môme de son auteur : elle n'a point réellement changé pendant le cours de sa longue yic. « Je projette un ouvrage, écrit-il à Voss, en octobre 1809, où j'essaierai de faire comprendre pourquoi, au milieu de tous les changements de systèmes de philosophie dont j'ai été témoin, je suis demeuré immuablement tel que I j'étais '. )i Cet ouvrage, Jacobi ne l'a pas écrit, mais nous y J suppliions sans peine. Il suffit de se rappeler la définition que | Jacolii s'est faite de la philosophie. SI elle consistait, comme 1 la science, en la poursuite méthodique de vérités démontrables, on pourrait y espérer toujours de nouveaux progrès. Mais " le vrai », selon Jacotii, nous est donné dans une intuition immédiate. Il s'agit uniquement d'en faire ressortir l'évidence. Par suite, le philosophe qui a travaillé de son mieux à « faire voir ce qui est », peut considérer son œuvre comme déCinilive. S'il y revient, c'est qu'il a trouvé une
. zoppHiTz, n, 3S.
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Il illustration » du vrai plus (îclalanio ou plus touchante. Ainsi JacoM a employer lour a tour les proc('cl(?s dVxposition les plus différents : le roman philosophique, le rerueil de lettres, le dialogue, et enfin li^ Iraiti'' didactique. Mais, sous ces formes diverses, lu doclrine demeure identique. Il n'y a rien à développer ni à approfondir : c'est toujours la même vérité iniHiMiatomenl rêvi^'lée au cœur.
Voilà pourquoi le Jacohi qui s'attaque A Srhelling en 4811 est à très peu de chose pri-s le même Jacobl qui argumentait en 178S contre Mendelssohn. Il a moins de souplesse. Il est vieux, il est fatigué. Il trouve que les jeunes gens refont, avec plus de prc'tcnlion et moins de talent, ce qui avait été fait déjà au temps de sa jeunesse. Mais doctrine, méthode. aiTîiimenIs, rien ua varié. Il a été témoin, comme il le dit luimôme, du grand mouvement philosophique de r.\llemagne apr^s Kant, sans y prendre part, et comme un homme qui se sent de plus en plus étranger à ce qui se passe. Son altitude, à l'égard des doctrines successives, est caractéristique. Kant était son contemporain, et, en un certain sens, sou allié, Jacobi la éludiii avec soin, et il en a assez bien jugé le fort et le faible. Fichte l'intéresse déjà moins. Nous avons vu avec quelle mauvaise humeur et quelle amertume, pour ne pas dire plus, il en parie dans l'inllmité. SchellJng lui est franchement antipathique, et l'on s'aperçoit trop, quand Jacobi veut le réfuter, qu'il ne l'a pas compris. Herbnrt et Hegel, dont il aurait pu connaître la doctrine sur la fin de sa vie, semblent l'avoir fort peu occupé. Sensible à leurs critiques, il n'a pas été curieux de leurs systèmes. Il ne lisait plus, il se relisait.
Cetle immobilité est d'autant plus frappante, que Jacobi avait conlrlhué, pour une bonne part, à réveiller la philosophie allemande de son <■ sommeil dogmatique ", Dans sa critique de la Iradilion wolflenne, dans sa discussion du problème de la certitude, dans sa théorie de l'inconnaissable, Jacobi avait fait preuve d'un sentiment de l'absolu [ flt d'une intelligence des questions métaphysiques qu'on ne