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cœur, je ne veux pas que la philosophie transcendentale me Farrache de la poitrine pour y substituer une tendance du « moi pur». Je ne me laisse pas délivrer du joug de ramour pour trouver ma félicité dans l'orgueil *. »
Jacobi n'acceptait donc, sur aucun point, la pgiix perpétuelle et l'alliance que Fichte lui avait offertes. Définir l'idéalisme transcendental une science abstraite, analogue aux mathématiques, équivalait à lui refuser toute valeur métaphysique. Fichte fut plus étonné qu'irrité des vives objections de Jacobi. Il paraît môme plus préoccupé de se les expliquer que d'y répondre. Si Jacobi me comprenait, s'il voulait me comprendre, dit-il souvent, je ne vois pas comment il pourrait rejeter ma doctrine. A quoi revient en somme la différence qui nous sépare ? C'est que je réduis à l'unité le dualisme auquel s'est arrêté Jacobi. Il constate l'opposition du moi et du non-moi : je la constate comme lui, mais je la déduis de l'activité du moi absolu. Il déclare que la réalité est objet de croyance : je le pense aussi, mais pour moi « croire » s'oppose à « penser » comme s'y oppose « sentir » et je reconnais dans la matière les perceptions confuses de Leibniz. En un mot, si Jacobi allait logiquement au bout de ses idées, il tomberait dans mon système de l'idéalisme transcendental. — Fichte n'a pas tort, mais il ne voit pas, ou il ne veut pas voir, à son tour, que Jacobi se défie précisément de la logique, parce que, selon lui, en poursuivant une explication totale, on s'écarte nécessairement de la vérité. Car on construit un système : on se fie à l'entendement pour une besogne qui n'est pas la sienne, et l'on méconnaît le <' pressentiment du vrai», qui seul donne une certitude sur les questions dernières. Or ce pressentiment implique, à n'en pas douter, un dualisme. Dualisme du corps et de l'iime, dualisme de la nature et de la liberté, dualisme de nos tendances sensibles et de notre aspiration au bien, enfin dualisme du relatif et de l'absolu. Le commencement de la
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sagesse est donc de ne pas nier ce dualisme, sous prétexte de philosophie. Le besoin d'unité, qui vient de l'entendement, entraîne l'homme aux plus graves erreurs. Il exige que l'on trouve une cause, tine substance unique de tout ce qui est. Le métaphysicien cède à cette suggestion, se risque à une doctrine de l'absolu, et il aborde fatalement au naturalisme et au panthéisme. Il ne s'aperçoit pas qu'il est dupe, et que sa sagesse est folie. Inversement, ce qui est folie aux yeux du prétendu sage s'impose au véritable philosophe. Il faut comprendre llnintelligible comme tel, a-t-on dit, par une fausse interprétation de Hegel. — Non, dit Jacobi : il ne faut pas le comprendre, il faut simplement l'accepter. Il n'y a de salut que dans une doctrine du « non savoir». J'ai senti mon impuissance, ajoute Jacobi, et j'ai dit simplement ce que je voyais et ce que je ne voyais pas. Ma doctrine, si c'en est une, ne mérite pas le nom de philosophie. Mais qu'importe, si elle ne s'éloigne pas du « vrai » ? Et le plus sûr moyen de s'en éloigner serait de suivre l'exemple de Fichte : de réduire à l'unité le dualisme, inexplicable, mais certain, que nous atteste l'intuition spontanée. Car, ou Ton restera dans l'abstrait, et l'on construira un système logique, mais purement symbolique et imaginaire : ce sera la philosophie de Fichte, l'idéalisme transcendental, acceptable tant que l'on n'y cherche pas l'expression du réel. Ou l'on fera un effort pour enfermer le réel dans ce système, et dans ce cas, point d'autre issue que le fatahsme spinoziste. Le tt^ôtov -fsuSoçde tout dogmatisme métaphysique est de lâcher le « vrai », que donne le sentiment pour courir après l'unité, mirage trompeur de l'entendement. Donc le double réalisme de Jacobi ne doit pas se ramener à l'idéalisme de Fichte, quand môme la logique nous solliciterait à passer de l'un à l'autre. C'est une tentation : sachons y résister.
Fichte a peine à comprendre cette philosophie qui craint a en être une jusqu'au bout. Son étonnement s'exprime dans une lettre à Reinhold, qu'il publia en réponse à VEpître
à Fichtfi. « Jacobi, dit-il, connaît si profondément Tessonce de la spéculation, et non moins profondément l'essence de la vie : d'où vient donc qu'il ne peut pas s'élever de sangfroid au-dessus de toutes deux, et apercevoir leurs rapports? Pourquoi toujours ces deux alternatives qui s'excluent : ou bien ôtre si préoccupé du point de vue de la spéculation qu1l rougit de s'exprimer à lui-môme ses objections contre mon système ; ou bien, du point de vue de la vie, railler la spéculation, dont il connaît comme personne la valeur et la portée, la charger d'injures et de malédictions*?» Cette attitude paraît à Fichte si étrange, qu'il se demande si par hasard elle ne s'expliquerait point par une anomalie individuelle. Il rappelle l'hallucination dont Jacobi raconte lui-môme qu'il a été obsédé dans son enfance : peut-ôtre lui en est-il resté une aversion insurmontable contre la méditation spéculative? Sans écarter complètement cette hypothèse, je chercherais plutôt la cause de celte singularité dans les tendances religieuses de Jacobi et dans son penchant au mysticisme : les deux explications d'ailleurs ne s'excluent pas. J'y retrouverais encore une trace de l'influence exercée sui* Jacobi par Pascal. « Plût à Dieu... que nous connussions toute chose par instinct et par sentiment! » La spéculation témoigne que nou.s appartenons à la nature ; le sentiment nous élève au-dOîs.su.s do U nature, et ce faisant, résout, ou du moins dévoile l'énigme de notre essence. Il est donc naturel que Jacobi oppose le sentiment à la spéculation, et que se fiant à l'un, il se défle de l'autre. Il redoute si fort « renlhousinsme logique », qu'il en vient à un véritable « enthousiasme de la vie ». A force de haïr les généralités abstraites et vagues, il s'atlache aveuglément, d'une prise maladive, si j'o»o dhv» à l individu concret et vivant. « La vie est la vérih* » : tel est raxîome audehi duquel il est vain de vouloir renionler. I)ér<un|uisrr \e vivant est une absurditt^» puisque, pour expliqit<*r la vie. Ton