‹ La philosophie de Jacobi [microform]Chapitre 132 sur 138 · I. Xirftm. II, W. U. H · texte numérisé non relu

I. Xirftm. II, W. U. H

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CONCLUSIOX 2^3

siasme la certitude incomparable qui jaillit du cœur, certitude qui na rien demandé à la raison pour s'établir et contre laquelle les objections de la raison demeurent d^nc inipmssantes. Sans doute il présente ce trait fréquent chez mystiques : dédaigner le dogmatisme rationnel et ai'i^^^

qu affi,ine-t-l.> A peine un peu plus que les postulats de la C^i^t(iue^^ ^^^.^^,^^ limmorta-

hte de Urne, 1 existence de Dieu, la Providence. Nous y croyons et cette croyance est le type même de la plus parfaite certitude : mais de quoi nous assure-t-ell.? Unimiement de la réalité de .on objet. Nous n'avons aucun moven de pénétrer plus loir.. De la liberté, q^i, .avons-non.^Ri^n. s.non qu elle est nVlle et incompnfhensibio, c^mnie Ja cr^!

r; ^ '!'''''''' ^'« ^^^"^^ ^' cle la vie f.min.>, pas davanlaK<^ De ),cu nous savons qu'il esr, et que notn) ^(re dépend do lui : mais nous ignoivrons loujoui^ ce qu'il est Nous nous le repi^.senlons comme une pe.^nne souvcrai^ iiemenlhbre, bonne el sage. Un sentiment q„i „,> i,o,nne pas nous y entrain.. Hvpothès.^ pour hypotiièse, nous >omnit^mvmr,bIement|M>rlésvei^ceJle.|û, la .^«ule accei>table la seule consolante Ja «eulo qui nous défnide dudésespon-. Et JacolM s'arrête 1,^ .

N est-ce pa.s là un mysticisme bien di.-M^rel? rs'vmanaue. Hl |.as. je ne dirai jkis la prDfoiKleur.-expros..ion penl-êtiv trop intellectualiste. - mais rinluîtion din>€te et comme la pom^ssionde l'absolu? J.cobi ,.,rie bien, lui aussi, d'une u.lu,t,on, mais il se hiile dajouUT qu'elle est « aveugle . IJ s en tient rigoun^usement à sa conception de Pabsolu incônnnissable. Mais, pour nn mystique coniiant en sa i^évélatiou nteneure Dieu, impénétrable à. la raison, se manifeste au cœur, i^ar cette voie pr;vil^.gk5e, Thomme enhxi en communicalion mtlme arec l'absolu. Il .e sent en comnuimon rtMHIe avec l'essence divine. Il en a mieux que la coûnaissance, il en a ieip^^rience. Il en pariem donc avec une pleine assui^ance. Jamais il ne se croira témérain., puisque

ne dit que ce qu'il voit et ce qu il éprouve. C'est un inspiré, parfois un halluciné. Or, Jacobi ne perd jamais son sangfroid. Il a eu de l'hallucination, dans son enfance, une expérience qui Ta épouvanté. Il reste très maître de lui dans son émotion mystique. Quand elle s'épanche, c'est le plus souvent en couplets de facture brillante. Jacobi n'ignore pas la valeur littéraire de ces petits morceaux soignés et léchés. On les retrouve en différents endroits de ses ouvrages, dans les mômes termes exactement, et avec les mômes points d'exclamation». Il a l'extase très oratoire, et l'imagination fort bien réglée. En un mot, s'il est le plus mystique des rationalistes, il est aussi le plus raisonnable des mystiques. Car il ne fait pas fi de la raison; il serait très fâché que l'on s'y trompât. Kant l'a inquiété en paraissant s'y méprendre. Jacobi proteste que sa doctrine se fonde uniquement sur les données immédiates de l'esprit humain, et il est sincère dans ses protestations, comme il l'était tout à l'heure en se disant mystique. Ne se sert-il pas indifféremment des mots « sentiment » et « raison », et ne prétend-il pas avoir le droit de les employer l'un pour l'autre? Confusion que ses contemporains lui ont reprochée comme une équivoque grossière. Mais précisément Jacobi en fait le point central de sa doctrine. Il nie qu'il y ait équivoque. La raison, en effet, selon lui, n'a rien de commun avec la faculté discursive de l'esprit Elle porte directement et uniquement sur l'absolu. Elle nous atteste l'existence de cet absolu, comme les sens nous font croire à l'existence d'un monde extérieur. La raison, ainsi entendue, ne devient-elle pas une sorte de sentiment? Et du môme coup, cette raison nous avertit du danger qu'il y aurait à poursuivre une prétendue science de l'absolu par l'entendement. Elle repousse les conclusions

l Vovci par exemple, un couplet qui io troof^ rt^uiX trois fci» : <Jw ane lettre à'cœhe, du '21 octobre 1174 i^Briefit^CfUtl. V^ 'V ^\ "^

-.Comparez encore un passage teiliHU<«cDt rcffoduU S». I. 2W, «t R<^p. H, 48.

CONCLUSION

Te le mri>llf? T"'.*^"' '' spinozisme. ne peuvent

En quoi consiste au juste ce saut extraordinaire dont SchelLng sest assez méchamment égayé ? Jacob^eut M ^^^^^^^Vo^oi. ,a raison nVsait ^^LT:^ <ler, .1 faut nous lancer hardiment dans l'inconnu et no^

>eritc . titaucoup de contemporains l'avaient compris ainsi Mais Jacob, en a donné lui-même, dans une de ses'demTres eures. l'mterprétation détaillée. . Il „'esi pas que" ton

r;orr":;i^r/-^^^^

partant de la surface du sol.' de Ta^e^ u „ Z^^'Z l^r^rJT '' ""' ''''"''^^ P- ^--« les r'ïhers :

L'allégorie est transparente. Le sol où l'homme se trouve d abord placé, c'est le terrain de l'expérience a connT

SeTeTl'ab/" '' "'"^^'"^ ^' '^ ^^n^^^^^ lilés les i ''^''''^''^' '«s contradictions, les absur-

ZrV ° "'' °" ''"'^' ^'"^' humaine, quand elle

S ion":rr'^?Tf ^' "" •"•-'- -m-en'cemen , u cnVnd n **''*'" '* '•'^'■l»^ '^'^ «choses : en un mot

quand elle veut comprendre l'absolu. Car elle abonti^^ „

Hrs comme un immense mécanisme sans but et sans àZ

cnappera-t-elle a ces pensées désespérantes? Par la certi-

TexLnn* -, '*"• ^^ ^«""■'^^n'^» <«« notn; liberté, et ^xiMenc* môme de ooirc raison. Voilà le l«mpUn qui nom

CONCLUSION

donnera l'élan. Par lui, le salto mortale devient possible, et môme facile. Nous franchissons d'un bond les obstacles et l'abîme. Nous voici de nouveau sur nos jambes, dans la région du suprasensible, aussi certains ici de l'existence de Dieu et de la liberté de l'homme, que tout à l'heure, de Fautre côté du gouffre, nous croyions fermement à la réalité du monde extérieur.

En termes moins figurés, la doctrine de Jacobi, exactement opposée à l'idéalisme, se présente comme un réalisme, mais un réalisme en deux tronçons, qui ne se rejoignent pas. D'une part, réalisme empirique, c'est-à-dire perception immédiate du moi et du non-moi par la conscience et par les sens; d'autre part, réalisme suprasensil)le, c'est-à-dire, perception immédiate de l'absolu par ce sens siii generis que Jacobi appelle tantôt sentiment, tantôt raison, tantôt instinct. Mais de Fune de ces réalités à Fautre, il n'y a point do passage intelligible pour nous. Leur réunion en un même sujet est Fénigme de notre nature. « Je crois un Dieu comme je crois un monde sensible, dit Jacobi, je suis entre deux, et ma raison fait que je me trouve pour ainsi dire comme un mot composé de cette voyelle (Dieu) et de cette

consonne (univers) Toute ma pbilosophie repose sur

le dualisme et Fantagonisme d'une nécessité aveugle et d'une liberté intelligente, dont le problème fait Fessence de l'homme C'est un miracle, que nous puissions apercevoir les objets que nous appelons matériels ; qu'un non-moi puisse entrer dans le moi, le contraire de la pensée dans la pensée. C'est un plus grand miracle, que Fhomme puisse échapper en tout sens, en toute direction, au mécanisme, qui le contraint de toutes parts, non seulement au dehors, mais au dedans de lui-môme, et créer par cet instinct divin, que nous nommons liberté, le génie des arts, le génie des vertus, et la vraie religion, qui n'est que la raison se contemplant dans sa source *. »

I. RoTH, n, 334-55. Lettre à C. V., du 17 juin 1804 (en français).

Ainsi nous sommes en présence d'un double miracle puisque les deux ordres de réalité qui se manifestent à nous non seulement ne se rejoignent pas, mais encore s'opposent 1 un a 1 autre. Ils s'excluraient même logiquement, si l'on permettait à l'entendement d'aller jusqu'au bout de sa régression. Jacobi a fort bien discerné la plus importante des antmomies de la raison pure, l'antinomie du mécanisme et de la liberté, de la science et de la morale. Mais tandis que Kan remonte à l'origine de l'antinomie pour la résoudre Jacobi ne tente pas d'expliquer ce qu'il appelle un miracle! 11 aime mieux risquer le salto mortale. En deçà, le mécanisme ; au delà, la liberté. Entre les deux, l'abîme. Du point de vue de 1 entendement, spinozisme et athéisme ; du point de vue de la raison (ou du cœur), spiritualisme et anthropomorphisme. N'essayez pas une conciliation. Elle se ferait toujours au profit de l'entendement, et aux dépens du cœur Vouloir rendre Dieu et la liberté intelligibles, c'est les trahir*

ITrlr^'"'''" ^^^^ ^^^^^<^^ pour le naturalisme et k at^lilé. Tenez-vous ferme à Finslinct qui vous assure de >olie origine divine. Là, et là seulement, est le salut

Cette doctrine, conclut Jacobi, est le « vrai rationalisme ». De fait, personne avant lui ne l'avait entendu ainsi. On eût plutôt reconnu là le contraire du rationalisme. C'est dans sa conception de la raison que Jacobi se montre le plus franchement mystique. Fu^nan

Mais, lui dit Hegel, la philosophie commence là où vous vo"s arrêtez. Qu'est-ce que la philosophie, sinon un effort PO saisir dans une pensée unique la totalité du réel,

V c cT7" r '" "^^"'^ '' '^ ^- -- ^pp--^^

•al' '"' V ' ''"' ''^'"'^'^ ^"^^^ ''' suprêmes contiadictions? Vous, Jacobi, constatez ces contradictions et

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•",ii.V ■

CONCLUSION

VOUS VOUS en tenez là. Vous posez d'un côté le déterminisme et de l'autre la liberté, d'un côté la nature et de l'autre le suprasensible. Vous affirmez également leur réalité à tous deux, mais vous vous refusez à nous les faire comprendre l'un et l'autre. Le salto mortale répond à tout. Il est mortel en effet, mais pour la philosophie. C'est une fin de nonrecevoir opposée à la curiosité rationnelle qui est au fond de tout effort philosophique. C'est un non possumus prononcé d'avance, et sani appel. Le problème étant de rendre intelligible l'unité des choses, Jacobi commence par affirmer que ce problème ne comporte qu'une solution, et que cette solution (le spinozisme) est inacceptable. Il faut renoncer pour jamais à la dangereuse chimère de l'intelligibilité. Il faut croire au double miracle, sans môme essayer de le comprendre.

On a dit de la doctrine de Kant qu'elle était une impasse : on le dirait à bien plus juste titre de cette philosophie de Jacobi. Car, si la Critique de la Raison pure vise à ruiner l'ancien dogmatisme, elle contient pourtant les éléments d'une métaphysique nouvelle. Jacobi y a distingué tout de suite l'idéalisme qui allait en sortir avec Fichte, et bien d'autres doctrines devaient y prendre bientôt leur point de départ. La philosophie de Jacobi n'aura pas la même fécondité. Elle n'y prétendait pas ; elle s'en serait plutôt défendue. Jacobi aime peu, au fond, l'esprit de recherche et d'examen, qui est l'âme de la philosophie. Il n'en a que faire, puisqu'il possède la .vérité absolue. Celte vérité relève du sentiment, non de la pensée. L'entendement n'ayant pas contribué à l'établir, n'est pas non plus compétent pour la critiquer. Pareillement, Jacobi n'attribue à la raison, ou du moins à ce qu'il appelle ainsi, qu'une fonction révélatrice et prophétique, sans qu'on voie comment elle se relie à l'intelligence proprement dite. L'oracle que rend cette raison est toujours identique à lui-même, toujours aussi certain, toujours aussi clair et incompréhensible à la fois. Et môme n'est-ce pas dans les cœurs simples qu'il se manifeste

avec la grâce la plus persuasive ? Une âme sensible et pieuse peut posséder, quoiqu'ignorante, la vérité que les Spinoza et les Leibniz ont manquée. En ce sens encore Jacobi pourrait dire avec Pascal : « La vraie philosophie se moque de la philosophie. »

Il ne va pas, cependant, jusqu'à nier la valeur de la réflexion philosophique. Il s'est senti, au contraire, attiré par les problèmes métaphysiques et moraux. Il leur a donné le meilleur de sa vie. Seulement il ne veut les traiter que par sa méthode. Il ne quittera pas le point de vue de la conscience individuelle. Il se défie de ce qui la dépasse : il écarte toute spéculation d'un caractère abstrait, qui entraînerait, pense-t-il, tôt ou tard, la ruine de ses certitudes. — Par malheur, la conscience individuelle, comme telle, ne fournit pas les éléments nécessaires à une philosophie. Le subjectivisme de Kant a été merveilleusement fécond, mais pourquoi? Hegel en a très bien expliqué la raison, dans l'important article où il rapproche les doctrines de Kant, de Jacobi et de Fichte pour les critiquer tour à tour *. C'est que Kant approfondit la distinction nettement indiquée dans sa Critique entre le sujet individuel et le sujet universel. La raison pure qu'il étudie est la raison humaine, identique en chacun de nous. Lorsque Kant l'analyse, lorsqu'il en détermine la structure et les fonctions, il fixe du môme coup les conditions de la possibilité de la science, la portée de l'esprit humain, et son rapport avec l'absolu. Dès lors une théorie de l'homme et de l'univers apparaît, dût-elle aboutir au positivisme, et conclure que toute métaphysique est illusoire. Mais si l'on refuse, comme Jacobi, de dégager les éléments généraux de la pensée, et de séparer dans le sujet l'individuel et l'universel, la réflexion en sera réduite à constater les données d'une certaine conscience. Elle pourra les décrire avec exactitude, et faire preuve de finesse et de sagacité en les analysant. Elle ne pourra les interpréter,

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