‹ La philosophie de Jacobi [microform]Chapitre 133 sur 138 · Hegel's Werke, I, 3-161. Glaudenmid Wissen · texte numérisé non relu

Hegel's Werke, I, 3-161. Glaudenmid Wissen

LA PHILOSOPHIE DE JACOlil

ni leur altribuor une valeur universelle. Le talent de l'auteur fera, par aventure, que Fintérùt psychologique et moral reste vif. Mais, pour une philosophie, la base sera toujours insuffisante.

Il est vrai que les conditions d'une « philosophie en général » touchent peu Jacobi. S'il est philosophe, c'est pour s'expliquer à lui-môme sa propre nature, « dans la mesure où cela est possible ». Ce qui, dans l'essence de l'homme, paraît inexplicable, Jacobi n'a point de scrupule à l'accepler comme tel. La vraie philosophie, selon lui, ne craint pas de s'arrêter devant le « miracle ». De plus, ce qui vit est seul réel, ce qui est individuel est seul vivant. Si donc la philosophie prétend être une science, et porter sur le général, c'est-à-dire si elle s'écarte des données de la conscience individuelle, elle fait fausse route. Elle se perd dans un jeu d'abstractions vaines. Sans doute, notre faculté logique peut s'y complaire. Elle construit alors de beaux systèmes de vérités abstraites qui sont élégants, puissants, harmonieux. Mais elle ne porte plus sur la réalité essentielle des choses. Elle est bien obligée de s'en apercevoir à la fin, quand Dieu, quand la liberté et la finalité sont niés par cette soi-disant science philosophique, alors que la conscience nous en atteste, et môme nous en impose l'existence. Le commencement de la sagesse, pour un philosophe, ne serait-il pas de renoncer à la chimère d'une science philosophique, et d'échapper à ce que Jacobi appelle le « fanatisme logique » ?

Jacobi avait donc compris l'objection, et la réponse qu'il y fait ne manque pas de portée. Elle en aurait davantage, si elle s'appuyait sur un examen méthodique et approfondi des conditions de la science. Mais Jacobi n'y songe pas : à ses yeux la question est réglée d'avance, et il n'y a pas à y revenir. Le domaine de la science coïncide avec le domaine de l'abstrait et du nécessaire'. Car la science démontre, et dé-

1. V. plus haut, chap. iv, p. 83 s(n\. Cf. Meier, p. H. LcUrc du 2i février

CONCLUSION

montrer, c'est faire voir comment les propositions se conditionnent nécessairement les unes les autres. Telles sont les mathématiques; telle la physique, en prenant le mot au sens le plus large , au sens antique, jusques et y compris les opérations de l'ûme, les actes libres seuls exceptés. La science ainsi définie, Jacobi en conclut aussitôt que l'univers se réduit pour elle à un mécanisme, qui satisfait peut-ôtre l'entendement, et qui révolte sûrement la conscience. Mais cette conception de la science de la nature, à laquelle Jacobi revient toujours, sans jamais en examiner de près les fondements, est-elle la seule possible? N'y a-t-il, comme il le croit, d'autre alternative que le mécanisme ou le miracle ? Frappé de la nécessité rigoureuse que présentent les démonstrations des mathématiques, Jacobi se l'explique en attribuant à cette science un caractère exclusivement analytique. Puis, à l'exemple de Descartes, il fait revôtir à la science de la natui-e enlière la forme mathématique et il y retrouve, par conséquent, la môme nécessité provenant de la môme cause. Cela suffit-il, comme il le pense, pour justifier l'opposition qu'il établit entre l'objet de l'entendement et celui de la raison, entre la science et le réel ? Si Jacobi s'était posé, comme le fit Kant, le problème auquel conduisait Hume : « Comment les mathématiques pures a priori sont-elles possibles ? Comment la physique pure a priori est-elle possible? » et enfin : « Comment la métaphysique en général est-elle possible ? » il entrait dans la recherche des synthèses primitives que suppose la science. Il inaugurait de son côté la philosophie critique.

Mais cette tâche, longue et pénible, il ne pouvait ni ne voulait l'entreprendre. D'abord il y était peu propre. Elle exigeait des qualités de précision et de rigueur qui lui font presque entièrement défaut. Il n'a rien d'un logicien, et un travail de ce genre l'aurait rebuté. Puis, il avait le pressentiment très juste qu'il serait conduit à peu près sûrement à l'idéalisme, et il tenait par dessus tout à son double réalisme empirique et suprasensible. Rappelons-nous que Jacobi

'il

n'estime pas les conclusions d'une philosophie d'après la rigueur de ses démonstrations et de ses analyses. Il juge, au contraire, de la valeur d'une doctrine par la nature des conclusions où elle aboutit. Car il sait d'avance quelles conclusions sont vraies, et quelles fausses. Il a son idée de derrière la tête, à laquelle il rapporte tout. Il n'instituera donc pas une recherche abstraite et pénible sur les conditions du savoir. A quoi bon, puisqu'il possède, dans le sentiment^ une source de certitude indépendante, et supérieure au savoir ?

Kant» dit excellemment Hegel, a cherché la solution des problèmes que Jacobi sesi borné A poser. — Non pas, réiwndniit Jacobi. J'en ai donné au roiiti*nire la solution arec le problème même. Point de doctrine plus c^l^*gorique que la ml<^nno dans ses conclusions. — Mais quelle solution? Le scUto mortale. Ce n'est pa* une n^iwnsc» c'est un aveu d*impufesance philosophique. C'est, *i l'on veut» une profession de foi. Elle ne peut plain* qu'à des coreligionnaires. Elle fera des prosélytes, mais non \v,\% des disciples. Au moment où le problème de la connaUsaoce se posait arec une netteté décisive, au moment où la solution des autres questions philosophiques paraissait dépendre de celle-lù, Jacobi Técarte pour ainsi dli^e sans discussion. Il ne veut pa.s l'examiner. Il en résalto pour sa doctrine une infériorilc évidente. Elle i>cut difûeilement prétendre â marcher de pair avec ses rivales.

Jacobi ne la pas ignora. Son amour- propre en a souffert^ bien qu'il se défende (lèroment conlriî l'objoction en l'acceptant. Votre reproche me toucherait, dit-il souvent, si j'avais, voulu établir un système de philosophie qui s'im]>osAt h tous les esprits. Vous auriez alors le droit de me di^mander une justillraliou logique, et d'en signaler le manque. Mais je n'ai rien pensé faire de tel. Mon avis est qu en pareille matière les démonstrations sont hors de propos. C'est le cœur qui décide, et toute certitu<le de ♦< pi-eniière main n est c4noyance. J'eusse été infidèle à ma propre doctrine, si j'avais cru la fortiûer par une théorie de la connais-

CONCLUSION

sance. Je n'aurais fait que la compromettre. Dites, si vous voulez, que ce n'est pas une philosophie : jy consens. J'ai dit moi-même, toute ma vie, que c'était une doctrine du non-savoir, une « non-philosophie' ». Avec de la complaisance, on peut me compter au nombre des philosophes ; à la rigueur, on peut m'en exclure. Je suis sur la limite, j'ai toujours cherché non la vérité, mais le « vrai » *. Aussi suisje fort embarrassé s'il me faut justifier ma doctrine devant les philosophes de profession, à leur manière. Je ne sais pas le faire, et je n'y tiens guère. Libre à eux de m'excommunier : mais qu'ils ne s'imaginent pas m'avoir réfuté.

Ce n'est pas là, nous le savons, une défaite pour échapper aux critiques de ses adversaires, ni une façon cavalièi^ de les per.siner. Jacobi est sérii..uT et sincère. Il mainlientàla fois que sa doctrine est la vniie philosophie, et qu'elle est une * non-philosophie ^, qu'elle n'a pas de preuves, et qu'elle n'en a pas besoin. Il s'avoue hors d'état de la défendre sur le terrain commun aux philosophes ; mais il les récuse tons, au nom de .son ♦« pres.senliment du vrai ». C est beaucoup de cou- Ûance en ce pressentiment, et la doctrine de Jacobi, manquant de preuves, manquera aussi d'autorité. Il aura l>eau prétendre que m linluition « vaut mieux qne tous les arguments; qui pourra-l-il se flatter de convaincre? Sa doctrhie sera vraie pour lui et pour quelques autres, â condition qu'ils aient juste la même tendance au mysticisme, mais sans exaltation ; -- juste le même goût pour la philosophie, mais sans système; — juste la même soif de certitude, mais avec aussi peu d'exigences logique.^ ; — juste Je même enihousiasme pour la vertu, juste le mémo sentiment de la

^'^^^ Combien seront-ils? Et la philosophie de Jacobi

ne méritera-t-elle pas le nom. qui lui fut donné une fols, de

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