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CHAPITRE II

JACOBI ET Lk PHILOSOPHIE « DES LUMIÈRES »

Après les trois années décisives qu'il avait passées à Genève, Jacobi avait pris pleine conscience de ses goûts et de ses aptitudes. Adolescent timide lorsqu'il avait quitté l'Allemagne, il y revenait homme, confiant en lui-même, et prêt à combattre pour ses convictions avec l'ardeur de ses vingt ans. Il croyait que les questions dernières de la métaphysique et de la morale allaient prêter à des débats passionnés. Mais, à son vif désappointement, il dut reconnaître que fort peu de ses compatriotes, même parmi les philosophes, prenaient autant d'intérêt que lui à ces problèmes. La métaphysique passait alors en Allemagne par une période de dépression, et, si l'on peut dire, par une crise d'indifférence. Sans doute on enseignait la philosophie de Wolff, et Wolff lui-même, comme on sait, n'avait guère fait que systématiser la doctrine de son maître Leibniz. Mais, — par l'effet d'une loi qui s^est souvent vérifiée dans l'histoire de la philosophie, — à peine Leibniz mort, le sens métaphysique s'était rapidement affaibli chez ses successeurs. A la seconde génération, le leibnizianisme avait subi une étrange dégénérescence. La lettre y avait étouffé l'esprit. D'épais manuels de logique, d'ontologie, de morale, résolvaient les problèmes d'une façon presque mécanique, au moyen de défini-

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solue. D'autre part, si Jacobi pose la croyance à la base de sa philosophie, il s'agit pour lui, non de la foi en une révélation surnaturelle et historique, mais d'une croyance spontanée qui se manifeste dans toute âme humaine, et qui ne se sépare point de la raison. Chrétien et philosophe, Jacobi se flatte d'être aussi indépendant comme philosophe que fidèle comme chrétien. Sa doctrine et sa religion s'accordent parce qu'elles doivent s'accorder, et non par le sacrifice de l'une ni de l'autre. S'il rejette a priori une prétendue science qui lui ravirait des convictions plus chères que sa vie, il ne repousse pas moins l'idée de demander au dogme le fondement de sa philosophie. On peut combattre le fatalisme et Fathéisme, et demeurer philosophe. On ne l'est môme qu'à ce prix, dit Jacobi : ce sera la pensée maîtresse de sa doctrine.

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