SW, II, 480. Lettre à Sclilosser du 8 décembre
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le trône, à charge de revanche. Ce qu'il y a de plus suhlime dans l'âme de l'homme est ravalé à un rôle de grande utilité. Cette façon de tolérer la religion comme une sorte de sauvegarde sociale était courante parmi les contemporains et les admirateurs de Frédéric IL Jacobi en est outré. « Qu'est-ce que votre Dieu, s'écrie-l-il, à vous qui avez sans cesse à la bouche, et qui professez ouvertement que la religion, c'est-à-dire la connaissance et l'adoration de Dieu, ne doit servir que de moyen, et n'est une fm que pour les faibles d'esprit et pour les fanatiques ? En fm de compte, ce sont seulement les besoins physiques, la chair, et une sage économie de ses désirs et de ses passions, qui font le secret de votre philosophie si vantée de la saine raison. La religion, comme il convient, est subordonnée à cette sage économie et mise à son service. Elle peut s'estimer heureuse d'avoir encore cet usage. Si jamais il devient possible d'assurer la paix sociale en se passant du nom de Dieu... adieu alors ce misérable palliatif de notre ignorance et de noire maladresse ; adieu ce meuble encombrant qui tient de la place et qui ne sert à rien » ! »
La passion parle là toute pure. Nous saisissons sur le vif le sentiment qui dicte à Jacobi ses plus fougueuses invectives contre les philosophes, et qui va amener une réaction contre un des grands courants du dix-huitième siècle. Ce que Jacobi déplore avant tout, c'est l'affaiblissement du sentiment religieux. Il juge odieuse et criminelle la philosophie qui travaille à l'abolir. Peu importent les marques de respect extérieur et hypocrite que des philosophes prudents témoignent encore à la religion positive. Leur œuvre est foncièioment mauvaise. Ce siècle si fier de ses lumières et du progrès de la civilisation porte en lui un germe de mort. En avilissant la foi, il dégrade l'homme ; en la détruisant, il le déshumanise. Le déisme, comme l'entendent la plupart des philosophes, n'est qu'une transition rapide de la foi à l'incrédulité «.
J. SW«, IV, 245-6. Cf. n, 427.