ZOppritz, I, 80-81. Lettre k Buchhoh du 19 mai
JACOBI ET LA PHILOSOPHIE « DES LUMIÈRES
Jacobi soutient contre eux que la religion est innée à l'homme, c'est-à-dire que l'homme en trouve, dans son cœur, la révélation spontanée. S'il est lui-même chrétien, c'est que seule la religion du Christ répond pleinement à l'énigme de la nature humaine. Il la défendra donc, et du point de vue de la philosophie môme : il demandera à quel titre la « saine raison » refuserait à la religion révélée le droit à l'existence. « Vous croyez que l'abolition de la foi chrétienne est une entreprise hautement avantageuse pour l'honneur et pour le bonheur de l'humanité. Mais nous croyons précisément le contraire. Qu'est-ce qui donne l'avantage à votre opinion sur la nôtre? Vous ne voudrez pourtant pas affirmer que tout ce qui exclut une religion positive soit, par cela môme, vérité et raison, et tout ce qui ne l'exclut pas, erreur et absurdité. Sur quoi donc s'appuie l'autorité plus que prépondérante, l'autorité décisive, que vous attribuez à votre opinion? Vous la créez vous-même, cette autorité, par une étrange imagination. Vous supposez qu'il habite en vous, on ne sait comment, im être particulier qui vous révèle la pure vérité. Cet être, vous l'appelez la raison*, confondant ainsi les idées d'une manière impardonnable. Car la raison n'est pas un oracle : elle ne peut que juger et conclure. Elle n'est pas par ellemême une source de connaissance *. » S'il est en nous une faculté qui révèle le vrai, ce n'est pas Fentendement ni la raison raisonnante, c'est le sentiment, c'est l'intuition immédiate.
Quelle n'est donc pas la présomption de la philosophie « des lumières » qui prétend à l'infaillibilité, comme le pape et le grand inquisiteur* ! Toujours prête à crier à la persécution, elle est plus prête encore à persécuter quiconque a l'audace de ne pas penser comme elle. Elle ql des procédés de discussion fort simples. Est-on d'accord avec elle sur ce
1. Voyez ch. HI, p. 51-57, les différents sens du mot « raison »> chez Jacobi.