SVV, U
THÉORIE DE LA RAISON
se manifeste, en un mot, par le travail logique de l'esprit. Mais elle n'a point d'autre fonction. A priori, elle est vide. Il faut, pour qu'elle s'exerce, qu'une matière lui soit fournie. Jacobi le dit très clairement dans Woldetnar. « Ce qui est vrai absolument et en soi n'est pas donné à l'homme par l'intermédiaire de la raison. . . Ainsi, toutes les fois que la raison prend de telles vérités pour prémisses de ses raisonnements, elle s'appuie sur quelque chose qu'elle n'a pas posé elle-même. Tout ce qui est absolument premier ou dernier est hors de son domaine. Son activité propre est une activité purement « médiatrice » entre le sens, l'entendement et le cœur, dont elle a à administrer la commune économie. . . * » Une science immédiate et certaine, qu'on pourrait appeler une révélation naturelle, nous fait distinguer l'être et le non-être, le bien et le mal. C'est sur ces données qui lui viennent d'ailleurs que la raison travaille, « puisqu'aussi bien, à elle seule, elle ne peut trouver ni le bien ni le vrai*».
Dans le dialogue intitulé Hume, Jacobi n'est pas moins explicite. Il se représente la raison comme assez semblable à r « aperception » de Leibniz, c'est-à-dire à la synthèse du multiple dans une conscience capable de réfléchir sur soi et d'organiser l'expérience. « La perception plus parfaite, et le degré de conscience plus élevé qui y est joint : voilà en quoi consiste l'essentiel de ce privilège de notre nature que nous appelons « raison 3»... Mais Jacobi a toujours soin de rappeler que cette raison suppose une source de connaissance immédiate à laquelle elle est jointe. Il tient à ne voir en elle qu'une marque de notre nature supérieure à celle de l'animal, mais non son essence. Il la subordonne à une faculté vraiment originale et productrice, qu'il appelle le sens (dans l'acception la plus large du mot), sens du terrestre, sens du divin. « Car, encore une fois, nous percevons et nous