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l'homme est en quête aussi; mais en quête de quelque chose d'invisible qu'il ne connaît pas non plus, et dont il n a le sentiment que par le besoin qu'il en éprouve : — le besoin propre à un esprit dont l'essence est de savoir qu'il n*a pas son être en lui-même, et qu'il existe uniquement par la grâce d'un autre, sans qui la vie s'évanouit '. »
Nulle part ne s'est mieux exprimée la pensée maîtresse de Jacobi : substituer à un savoir médiat, et nécessairement imparfait, la certitude d'un sentiment spontané. La raison ne « connaît » pas Dieu, car l'absolu, pour un être fini, est inconnaissable. Mais elle est l'instinct qui nous fait cheirher Dieu. Cwire en Dieu est nalui*el à Ihomme, comme de mardiersur ses deux janibirs». Essayez d établir re.\lstcnce de Dieu iKir des preuves démonstratives ; vous seivz étonné de voir vos preuves conduire au i>antliéisme, ou à une conception naturaliste de l'univer-s sans Dieu. Ainsi le veut la nature de renlendement. Vous arrivez en rai.sonnanl à une conclusion que vous repousse» de toute votre Ajne. Fiez-vous donc plut<M à la raison, c*est-A-dii-e ;\ cet instinct irn^futable, dont la présence en nous est une alisurdlté, si Dieu n'es! pas. « Ils (nos advei-saires] demandent avec arrogance : Par quoi cet instinct se léfcîlîme-lHl? Et quan<l nous n-p.>ndon.«i en toute humilité : par rien, sinon par sa pixq>re puissance el |)ar son droit de primogéniture , ccsl pour eux une al>oniinalion'. »
Kn un mot, dans la raison comme dans rinstinci, il y a quelque chose qui passe nos e\pllc^iiions el nos analj-ses. l/instinci de l'animal est infaillible, prophétique, et, eii un certain sens, divin. Il es! à la fois intuitif et aveugle, |»cn- S4V el tendance. Il domine rexpérienre, puiscpril la préc(^de et la Kuide : à peine, sans lui. serait-elle pos.sible. Il esl l'idée devenue impulsion. Les mômes caractères se retrouvent dans la raison humaine, mais avec Infiniment plus de no-
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blesse : car la raison de rhomme se possède et réfléchit. Avec elle apparaissent la personnalité morale et la liberté, dont il n'y a pas trace chez Tanimal. Négligeons-les pour un instant, ainsi que le langage, ce symbole social de la raison : comment n'être pas frappé des analogies que présente l'instinct avec la raison telle que Jacobi la définit? Comme l'instinct, cette raison est une intuition enveloppée dans une tendance; comme l'instinct, elle a son origine dans la fin même où elle tend; comme l'instinct, elle est prophétique. Reste donc qu'elle soit, comme lui, infaillible. Elle n'affirme pas tant son objet que son objet ne s'affirme luimême, par la tendance qu'il évoque, et que nous appelons raison.
Voilà certes une conception singulière et bien propre à Jacobi. Autant les philosophes rationalistes, en général, s'efforcent de distinguer l'instinct de la raison, coûtant Jacobi, sans méconnaître d'ailleurs les diflerences, insiste sur les analogies. Non qu'il cède h une arrière-pensée : non qu'il obéisse, comme certains sceptiques, au désir de rabaisser la nature humaine, et à un secret mépris dé la raison. Au contraire, il estime la raison très haut, mais à condition qu'on la conçoive à sa manière. La raison doit être à la fois intuition, sentiment, tendance et instinct.
Reste une dernière définition que Jacobi répète le plus souvent, et qu'il semble préférer aux autres, sans doute parce qu'elle les enveloppe toutes. La raison, dit-il, est la faculté de l'homme rpii présuppose le vrai [Voraussetzung des Wahren^). Cette formule a plusieurs avantages aux yeux de Jacobi. Elle implique d'abord que la raison n'est pas une faculté de connaître, bien qu'elle soit, en un sens, une source de connaissance. Elle fait entendre, en outre, que le mode d'activité de la raison est simple et immédiat, et qu'il est donc indépendant des opérations intellectuelles. Enfin, ce qui importe le plus dans la pensée de Jacobi, elle
i. SW, II, 10 i, Idealismus md Realismus, 1787; UI, 32, JacoH an Fichte, 1799; lu, 318. ' '
THÉORIE DE LA RAISON
pose l'Objet de la raison avec la raison, bien mieux, avant la raison. Car cet objet existe par lui-même, et la raison n'existe q.ie par lui. . J'appelle vrai quelque chose qui existe avant le savoir, et indépendamment du savoir, et qui seul lui donne une valeur... La perception suppose quelque chose qui se perçoive ; la raison, de même, suppose qu'il edste une vérité. Une raison qui ne présupposerait pas la vérité serait un non-sens ^ » Ne nous méprenons pas sur la portée de ce mot . vérité ». Jacobi l'emploie dans un sens spécial^ comme le mot « raison ». Il ne se place pas au point de vue kanhen : il ne détermine pas la vérité parle rapport de la
"ZI7 rV" '"^ ^-^^^--'^^^^es de la pensée. Sous nom de vente, il entend ce ,../ est par soi^ hors de l'es- P'it, ludependamment de lui. Il est réaliste pour la connaissance rationnelle comme pour la connaissance sensible « La raison présuppose la vérité objective d'une manière absolue comme le sens externe suppose l'espace, comme le sens in orne suppose le temps. Elle n'est que la faculté de faire c^epresuppositior. : en sorte que là où cette anticipation n existe pas (par exemple chez les animaux), la raison n'e' pas non plus. Donc il iaut que cette vénU^ soit Tué^Ï niomme en quelque façon, si intime qu'elle soit, aussi vrat possède la raison, et que ce qu'il appelle ainsi n'est pas une faculté trompeuse ». » ^
Nous ..c multiplierons pas davantage les citations. Nous
n J liouvenons jamais que cette môme conviction : il existe
»..o venté absolue, une réalité éternelle, le beau, LZt
e b.e„ en soi. Dieu en un mot. La raison de Ihômmc es!
le pressentiment irrésistible (Platon disait la rémi.rce„ce
Ltla.'"""' r""'^- ''''' ^"^ "''"^ P--'^ l'instinct 2 aut etoJ" f ''''''' '-P^- '---e, et gui, sous un autie nom, est encore la raison. Nous aspirons de toutes nos forces à cette réalité éternelle, unique' ource de et ■(^ela éqmvaut à une intuition, quoique ce ne soit pas