SW, III, 540. Lettre à Schlossor du 17 janvier
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« Montrer, dit Jacohi, que riiommc est, de sa nature, une créature religieuse, et qui doit avoir Dieu toujours présent à la pensée, sous peine de faire cette découverte, que la vérité de toutes les vérités est qu'il n'y a point de vérité; voilà à quoi je suis propre. » Mais, ajoute-t-il, je ne puis faire davantage, « car ma piopre croyance n'est pas un roc. . . Bref, le jugement dernier doit venir un jour, ou bien je ne vois rien de mieux que de nous rompre le cou, — le plus tôt sera le mieux, — et de mettre lin ainsi à cette chose absurde, dégoûtante et inft\me qu'on appelle l'humanité *. »
Cet aveu nous laisse apercevoir chez Jacohi une veine de pessimisme, qui apparaît trop souvent pour que Ion puisse la considérer comme néglig(Nihk\ En principe, il est optimiste. Sa doctrine de la croyance est, en mémo temps, une doctrine de la confiance : il se fie aux sens, qui nous suj?gèrent l'idée d'une réalité extérieure; il se lie au sentiment qui nous porte vers Dieu ; il a foi en la honte v.i en l'amour qui sont la raison suprême dos choses. Mais, comme Socrate le disait du plaisir et de la douleur, ro|)timisnn' et le pessimisme de sentiment sont des dispositions iustahles, toujours près de se transformer l'une dans l'autre, au mcment même où elles paraiss<^nt lo m\mx établies. Que faut-il à l'optimiste de sentiment le plus résolu, pour qu'il ti«?nne le langage du pessimiste le plus amer? Il suffit .souvent du choc d'une impression nouvelle : la conAance qu'il mettait on la bonté de la cause suprême prend loul à coup consclenre i\<* sa fragilité. Jacohi nous en fournit plus d'une fois la preuve. « Si l'on pouvait, écrit-il, trouver l'assurance «lans l'InciV*dulité, je serais depuis longtemps résolu û m'y fixer. Car la pensée que j'ai été trahi et comme rendu en ce monde, et que la raison est peut-être le présent d'un i5li*e malfaisant, — cette pensée me remplit souvent d'une telle amoriuroe» que je suis tenté de niôter la vie*. » Il a donc connu la peur d'être dujie, dont parlait Henan. Mais il n*a pas pu
I. SW, m, SfO. Ultrt à SdilMMr. 17 jMii^r 1191. 1. Z<«rHiftx,1, 9a. Lrllrv k RUrli Un H iiim 17€8.
THÉORIE DE LA RAISON tl
supporter l'incertitude. Il n'a pas voulu se contenter d'une foi souriante, qui s'accommodùt du doute en lui ftiisant sa part. C'est pourquoi il a recours à la religion positive, sans y trouver peut-être une entière satisfaction. « Il faut, écrit-il à Pestalozzi, que je sois convaincu de cette vérité-ci : « Je n'ai qu'à remplir mon devoir, et un être suprême se charge de conduire tout pour le mieux, sans que je m'en inquiète.''» Mais comment arriver à cette conviction? L'expérience dirait plutôt le contraire. Croyons-en donc la Bible. Et si la Bible est un livre comme un autre? — Alors je ne vois plus de remède aux maux de riunnanité» et je vote pour la (in du monde '. »
Ainsi, l'aiiginncnt de Jacobi est un dilcmne. Ou la raison dit vrai, ou elle est une m menteuse o, une ♦«fiction njère de fictions » ». Si elle dit vi^i, nous sonnne$ assurés aussitôt de rexistencode l'absolu, dontdlo est en nous le Itimoignage. Elle nous pi^antlt en mùmo temps la nature, qui a son foiiilf m. nt dans cet absolu, la science qui détermine les loi^ de la nature, la vertu qui aspin.^ h cet idéal de bonté, fart enfin qui tend à en réaliser le symbole par la beauté! U vie prend un sens. Laclivité de Vliorame, soit individuelle, soit sociale, s'explique jxar une fin réolh*. Ce n'est plus un jeu iucompj'êhènsihie, ou, comme dira Schopenhauer, une niystiûcation. La raison, au contraîiv, est-elle trompeuse, elk? devient le pi-ésent le plus funeste qu'un ennemi ait pu faire à l'Iiounne: mieux ciU valu mille fois que nous en fussions pj-ivés. Elle e.st vraiment la ^ faculté du d€ses|iolr ... Aucune vêrit*.^ n'est désormais cerlaîiie, aucune c^ristence même n't>st plus réelle. Avec lab.solu, le relaUf séiaiiouit : la création s'effondre avec le créateur*. Niex donc la raison, si vous voule* : mais sachez que la suite immédiate de. celte nr»xalion sera l'al^surdité en logique, le nihilisme en métaphysique, et le pessimisme en morale.
J. sw, m, 4W.