‹ La philosophie de Jacobi [microform]Chapitre 39 sur 138 · I. SW. I, IS [Alimil · texte numérisé non relu

I. SW. I, IS [Alimil

LA SCIE.NCE ET LA MÉTAPHYSIQUE 81

loment une « science » de la métaphysique, non moins exacle, non moins démonslralive. L'entreprise était extravagante, puisque l'être dans sou essence ne se laisse ni « expliquer », ni « démontrer », el que l'intuition qui le révèle n'a rien de commun avec la clarté logique.

« Il me semble, écrit Jacobi à Hamann dans une de ses premières lettres, que notre philosophie s'est engagée dans une funeste impasse. A force de chercher l'explication des choses, elle perd de vue les choses mêmes. Et ainsi la science devient sans doute très exacte et les esprits très éclairés; mais du même coup et dans la même proportion la science devient vide, <îI leît ospriU plais. Siîlon moi, la fonction essenlirile du philosophe consiste k « dévoih»r c€ qui vhIh, Expliquer n'est pour lui qu'un moyen» lo cliemiu qui conduit au but, une fln pi^ovisoire, non la Un «leniièixî. La lin dernière est ce qui ne so lals.se |mi$ expliquer, le simple, riiTédticlible ù lanalyse... YoiUi ce quo j'.il voulu faire coinpiviidio clans mes romans, lémoignant ain^ii de mou mépris pour HgnoMc philosophie de noli'o temps, que J'ai on horceur. x. Kl Jacobi conclul \K\r une de m*.^ formules favorites. « ]a lumière est dans mon cœur, mai* dès que je veux la transporter dans renlendemcnl, elle s'éteint. Laquelle des doux clartés est la vniie» celle de I entende nenl, qui nous présente, il e.sl \r^i\ des fonno$ définies, mais derrière olles un abîme sanis fond ; -— ou celle du cncur qui nous donne sans doute des espérances sur l'au-delà, mais qui ne nous fournit point de connaissance dislincle * ? n CaU la misère de l'Iiomme que, de ne pouvoir joindre ces deux clartés on un faisceau lumineux unique : de n*aT0ir point ce qu'on appellera plus tani une * intuition intollectuclle •. L'entendement ne sait que lirer des con.Mîi|uencos : la rnmu ne donne qu'un pressentiment du vrai ; au moins n' pre.s.sentiraent c^jt-il véridique. Quel aveuglement, $i, <lans noliv désir d'expliquer Tînexplicable, nous abandon-

t. 8W. I. W3-7. Utt/t «la l( joln 178*.

Hrv-BMilL.

nons ce pressentiment, prophétique et infaillible, pour la dialectique vide et formelle de rentendemeiit I

Aussi bien, tentez l'aventure avec l'entendement livré à ses propres ressources. Laissez-le poursuivre jusqu'au bout sa régression logique : où s'arrétera-t-il? Remontant de concept en concept jusqu'au genus (jeneraUsslmum, il arrive enfin à l'idée d'une substance universelle, d'un être qui est à la fois un et tout, i'v xal Trav, d'une essence absolument indéterminée, ou plutôt à la fois simple et double. « D'un côté, en effet, apparaît l'idée d'une matière infinie à laquelle se réduisent tous les corps, de l'autre, l'idée d'une pensée infinie, dont les modes correspondent nécessairement à ceux de la matière : je dis nécessairement, parce que, pour l'entendement qui réclame l'unité, la matière infinie et la pensée infinie ne sont qu'un seul et môme être*. » Donc, conclut rapidement Jacobi (nous reviendrons sur ce point plus tard), le terme inévitable d'une philosophie de l'entendement, si on la pousse à ses conséquences dernières, est le spinozisme : négation de la liberté, négation de la finalité, négation de Dieu, au moins de Dieu conçu comme une personne juste et sainte. Si ces conclusions sont légitimement obtenues (et Jacobi ne doute pas qu'elles ne le soient), elles prouvent que le principe d'où elles sont tirées ne devait pas être admis. Elles blessent les convictions les plus inébranlables et les plus chères de notre cœur ; elles contredisent la certitude spontanée de notre raison : reconnaissez à ce signe qu'elles sont fausses, et qu'elles proviennent donc d'un usage « immodéré » de l'entendement. Car la raison ne peut avoir tort. Le raisonnement n'a pas qualité pour faire échec à la foi rationnelle. « ...La vraie science, c'est l'esprit portant témoignage de lui-même et de Dieu •. »

Cette idée d'un conflit possible entre les exigences de la pensée et celles de la conscience morale, entre la science et la croyance, domine, comme on sait, la philosophie de Kant.

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