‹ La philosophie de Jacobi [microform]Chapitre 41 sur 138 · Bonnet, Jbid · texte numérisé non relu

Bonnet, Jbid

LA SCIENCE ET LA MÉTAPHYSIQUE

quent supérieure. « Poussée à sa limite, la régression de l'entendement exige elle-même un premier terme, un absolu: autrement l'idée de cause se dissout elle-même (àvayxvi (TTT,vai). Et alors on aperçoit que l'idée de cause ne trouve un contenu, une vérité, un sens que dans la raison, c'est-à-dire dans le sentiment qui dit : « Je suis, j'agis, je produis. » L'entendement de l'homme repose entièrement sur ce sentiment. Il repose donc sur la raison, et la suppose nécessairement audessus de lui *. »

Jacobi, dans ce passage, semble vouloir, par une interprétation psychologique de l'idée de cause, montrer comment Fentendement dérive de la raison. Mais, à l'ordinaire, il sïnquiète moins de la subordination que de la distinction des deux facultés. Son but est atteint, s'il a bien montré que l'entendement, et par conséquent la science, n'ont rien à nous dire sur les questions dernières. « Cela est d'un autre ordre » conclut-il avec Pascal. Tous les entendements mis ensemble ne produiraient pa^ la certitude qui jaillit spontanément du cœur.

Une fois posée la distinction -adicale de l'entendement et de la raison : — d'un côté, la science avec ses postulats nécessaires, de l'autre, le réel irréductible à l'intelligibilité, — on prévoit ce que sera la métaphysique de Jacobi. Elle se refusera à la forme scientifique. Elle ne se fondera point sur des pieuves, mais sur des convictions. Elle sera matière non de démonstration, mais de sentiment. Les difficultés logiques ne l'arrêteront point : n'avons-nous pas vu que le principe de non-contradiction, loi suprême de notre enten-

i. SW, m, 413. - Cf. II, 200-207. Jarobi soutient rrommo le fera plus tard Maine de Biran) que nous trouvons dans la conscience de notre activif. la eausalité même en acte, et il essaye ensuite de tirer de là le principe universel de causalité.

dément, n'était pas la loi de l'être? D'où une nouvelle délinition de la raison, qui complète les autres : « La raison est la faculté qui nous fait croire à l'incompréhensible, même s'il contredit ce que nous comprenons... La supposition d'un absolu, ou d'un inconditionné antérieur au relatif, et la certitude que le relatif ne pourrait pas être, si l'absolu n'était, — cette supposition se produit nécessairement chez tout êlre raisonnable, cette certitude lui est comme innée : et pourtant cette supposition, cette certitude sont quelque chose de parfaitement inexplicable pour la pensée humaine*. » La raison, en effet, affirme bien qu'il existe une relation entre le contingent et l'absolu, mais elle est tout à fait incapable de nous faire apercevoir cette relation. Création, émanation, quelque hypothèse que l'on propose, aucune n'est satisfaisante, et le mystère reste impénétrable. Que Ton dise comme le naturaliste (spinoziste) : linconditionné ou absolu que suppose la raison n'est que le substrat du conditionné, l'un du tout ; — ou que l'on dise avec le théiste : cet absolu, cet inconditionné est une cause libre, consciente, analogue à la volonté raisonnable, une intelligence suprême agissant d'après des fins : peu importe. Il reste également impossible, dans un cas comme dans l'autre, d'expliquer l'existence de l'univers par un tel principe, et de le rapporter ainsi à son origine*.

Bref, quand il s'agit de l'absolu, l'entendement est hors de cause, puisque, de par sa nature même, tout ce qui est premier ou dernier lui échappe. D'autre part, la raison nous révèle bien l'absolu, mais elle ne fait qu'en révéler l'existence : rappelons-nous qu'elle est un pressentiment, une tendance, prophétique et mystérieuse comme l'instinct, clairvoyante à la fois et aveugle comme lui. Il n'y a donc pas â espérer de connaître l'absolu, encore moins de le comprendre. Comprendre, c'est conditionner. Et conditionner l'absolu, cela n'a point de sens. L'absolu ne saurait être

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