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exprimé, ni pensé, sans cesser d'èlre lui-niôme. Aulaut nous sommes sûrs qu'il est, autant nous sommes sûrs aussi de n'en savoir jamais davantage. Toute métapliysique dogmatique est donc condamnée d'avance. La théologie naturelle, en tant que science, est une tentative sans espoir. Elle ne peut môme pas établir que son objet soit possible. Bien mieux, il faut, dit Jacobi, que l'être absolu nous paraisse impossible. Il ne serait pas l'absolu, si nous en comprenions la possibilité. Quelle n'est donc pas la présomption de ceux qui en déduisent la nature et les attributs! Quelle illusion que de croire établir l'existence de Dieu par des arguments en forme! Jacobi ne s'arrête pas à montrer le vice de ces preuves : il s'en occupera plus lard, en examinant le spinozisme. Il n*a pas besoin, comme Kant, de démêler la dialectique où la raison s'égare quand elle veut objectiver son idéal Ihéologique. Il rappelle simplement que la métaphysique n'a jamais pu établir une démonstration de l'existence de Dieu sans sophisme, et définitive. A coup sûr, elle ne sera pas plus heureuse dans l'avenir. Vouloir rendre Dieu intelligible, c'est déjà commencera le nier. Toute théologie rationnelle est sur le chemin de l'athéisme.
Ce langage annonce Hamilton, et sa célèbre discussion sur l'inconrevabilité de l'absolu. Hamillon, qui connaissait Jacobi, n'adopte pas sa définition de la raison, toute mystique, et vraiment trop contraire à l'usage commun des philosophes. Il s'efforce plutôt de prouver sa propre thèse au point de vue logique. Mais, si nous négligeons ces différences, qui sont surtout formelles, il reste que pour Hamilton comme pour Jacobi la faculté de connaître est impuissante en présence de l'absolu : aussi incapable de l'affirmer qno de le nier, incapable même de le concevoir, et laissant, par conséquent, la place libre à la foi. Le passage est aisé de là à l'agnosticisme et aux autres doctrines semi-religieuses, semi-pliilosophiques, qui ont trouvé tant d'adhérents dans notre siècle. Toutefois il y a des agnostiques de différents caractères, et Jacobi n'en eût accepté le nom
LA SCIENCE ET LA MÉTAPHYSIQUE
qu'avec une réserve essentielle. Il n'admet dans sa doctrine aucun élément de doute. L'absolu, il est vrai, est inconnaissal)le, impensable, peut-être contradictoire : qu'importe, s'il fjiit sentir sa présence en se révélant à notre cœur? Cœur ou raison, pour Jacobi, n'est-ce pas même chose? « Exclusivement tournée, dit-il, vers le suprasensible et vers le surnaturel, le domaine propre et unique de la raison est le domaine des actions et des êtres incompréhensibles, le domaine des miracles*. » Aucune difficulté logique ou dialectique ne l'arrête. Elle plane dans une région supérieure. Elle a sa certitude propre, qui se suffit à elle-même. « Il n'y a pas d'objet sensible qui puisse s'emparer de nous et s'imposer avec autant de clarté et de force que les objets suprasensibles, le beau, le vrai et le bien en soi, s'imposent en se révélant à notre âme*. »
De la sorte, tout en soutenant que les objets de la raison sont inconcevables, Jacobi n'est cependant pas embarrassé de se les représenter. Il n'a qu'à suivre pour cela les indications de son cœur. Dans cette région du suprasensible, impénétrable à l'investigation réfléchie, elles le guideront avec la sûreté de l'instinct. Est-ce que je ne srns pas, par exemple, que l'existence seule de ma raison finie témoigne de l'existence d'une raison infinie ' ? Et si Dieu est une raison, il est donc aussi une conscience. Herder croyait pouvoir concilier la conception spinoziste (le Dieu avec la conception chrétienne : il se trompait, comme le lui montrera Jacobi. Celui-ci n'accepte que l'anlhro[)omorphisme. Nulle autre représentation de la divinité ne le satisfait. Il tient à se figurer Dieu comme une personne, consciente, voulante et agissante. En cela il est à |)eu près isolé parmi les philosophes allemands, qui ont toujours éprouvé une vive répugnance à concevoir l'absolu à l'image de l'homme. C'est l'un des points que beaucoup