ROTH, II, 140. Lettre du 29 janvier
LA SCIENCE ET LA MÉTAPHYSIQUE
et insuffisant de la vraie foi». » Stolberg ne dit rien qui soit pour nous étonner dans la bouche d'un dévot : mais nous comprenons qu'il ait été surpris lui-môme du langage de Jacobi. Là est lïnconvénient de la position mitoyenne que Jacobi a choisie. Les philosophes déistes ne sont pas assez croyants pour lui; mais lui, k son tour, est trop philosophe pour les purs croyants. Sans doute il ne demande pas au raisonnement d'établir sa religion naturelle ; mais il tient à appeler « raison » le sentiment sur lequel il la fonde. L'accord de la raison et de la foi ne coûterait rien ainsi ni à l'une ni à l'autre, puisque Jacobi définit la raison, une croyance naturelle. Mais le difficih^ était de faire accepter cette définition. Le mystique s'en passe, et le rationaliste la repousse : Jacobi reste seul entre les deux.
La spiritualité et Fimmortalité de l'âme tiennent, dans la métaphysique de Jacobi, beaucoup moins de place que l'existence et la personnalité de Dieu. Il n'en parle que rarement, et, en général, par allusions rapides ^ Son adversaire Mendelssohn avait traité la question dans un de ses meilleurs ouvrages. Peut-être Jacobi en regardait-il la solution comme implicitement contenue dans sa métaphysique religieuse. S'il existe un Dieu de justice et de bonté, tout ne peut pas être fini pour l'homme avec la vie. D'autre part, Jacobi a fait voir que le mécanisme n'est pas une représentation adéquate du réel, et cela peut passer pour une réfutation du matérialisme. Peut-être enfin faut-il tenir compte de l'hallucination terrifiante que Jacobi craignait toujours de voir reparaître. Il a dû éviter avec soin ce qui pouvait évoquer la vision d'une durée sans bornes, et, pour échapper >ces