‹ La philosophie de Jacobi [microform]Chapitre 45 sur 138 · SW, I · texte numérisé non relu

SW, I

crises d'épouvante , écarter jusqu'à l'idée de la vie éternelle. Mais, en revanche, il s'est attaché avec prédilection au troisième objet de la métaphysique, à la liberté. Rien ne lui a tenu plus à cœur que d'en établir la certitude.

Tout d'abord Jacobi rejette l'idée ordinaire du libre arbitre. Il ne peut concevoir une puissance absolue de choisir, qui impliquerait la contingence des futurs, et l'indétermination de l'acte volontaire tant qu'il n'est pas accompli. Cotte libellé d'indifférence, à supposer qu'elle pût exister, n'aurait point d'intérêt psychologique ni moral. Mais Jacobi ne comprend pas davantage la liberté, au sens stoïcien ou spinoziste, comme la conformité de la volonté individuelle à l'ordre universel. Qu'est-elle donc? Nous n'en savons rien. La liberté ne se définit pas. Car, si elle se définissait, elle se comprendrait, et elle est, de sa nature, incompréhensible. KUe lelève non de l'entendement, mais de la raison*. Elle est objet de sentiment, non de savoir. Ce 'que Jacobi a dit au sujet de Dieu, il le répète au sujet de la liberté. Nous sommes, de nouveau, en présence de quelque chose d'ultime, d'inconditionné; — de quelque chose, par suite, qui échappe nécessairement aux prises de notre faculté de connaître. Si donc la liberté soulève des difficultés pour l'entendement, nous sommes en droit de passer outre, puisque, appliqué à iU) tels objets, l'entendement ne peut que les dénaturer ou les détruire en s'efforçant de les comprendre. Si Dieu vous paraît intelligible, disait Jacobi, prenez garde : c'est l'athéisme. De même, si la liberté vous semble compréhensible, c'est qu'elle a fait place, sans que vous vous en doutiez, au déterminisme. Le besoin d'expliquer vous a fait lâcher la proie pour l'ombre, c'est-à-dire le réel mystérieux pour l'intelligible abstrait.

La liberté n'est donc pas, si elle n'est incompréhensible. Mais elle ne perd rien à demeurer ainsi hors de la portée de l'entendement : ne trouve-t-elle pas une garantie suffisante

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