‹ La philosophie de Jacobi [microform]Chapitre 47 sur 138 · SW, m, 321-5; n, 316-17; VI · texte numérisé non relu

SW, m, 321-5; n, 316-17; VI

LA SCIENCE ET LA MÉTAPHYSIQUE 97

comme l'auteur et le créateur : lui-môme, c'est-à-dire son esprit, sa personne, et non les lois de la nature en lui. Il se sent donc libre, en tant que par la partie supérieure de son être il s'élève au-dessus de la nature, la domine, s'en rend maître, et en use pour ses fins. Car l'esprit seul agit pour des fins qu'il se propose librement : l'activité de la nature est aveugle et nécessaire*. L'homme a donc, dans sa conscience, la révélation d'une force morale, incommensurable avec les forces de la nature, au moins telles qu'elles se manifestent à nos sens, et qui le fait citoyen d'un autre monde. C'est ce sentiment qu'il expiime en disant qu'il est libre.

Tout cela est fort simple. Quand les philosophes se perdent dans l'inextricable problème de la liberté, ils ne peuvent s'en prendre qu'à eux-mêmes. Ce problème est leur œuvre. Il disparaît lorsque l'on renonce à la prétention de comprendre l'incompréliensible, c'est-à-dire d'expliquer la réunion dans un même être de la nécessité et de la liberté. L'entendement proteste, il est vrai. Il répugne à admettre un mystère qui viole, semble-t-il, la loi de causalité ou d'universelle intelligibilité. Mais, réplique Jacobi, c'est la prétention même de renlendement qui est inadmissible. Lorsque, non content d'affirmer la nécessité dans le domaine du mouvement, il nie la possibilité même de la liberté, il dépasse les bornes de son usage légitime. Car « tout ce qui est premier ou dernier » lui échappe : il n'est donc pas juge de ce qui est possible ou impossible hors de son domaine. La raison, jugeant de i)lus haut, affii-nie l'existence de la liberté, mais ne nie pas ])our cela l'existence de la nécessité, et la puissance « sans limites » de celle-ci sur toute la nature.

Ici (Micoi-e, Jacobi fait bon marclié de l'idée d'une contingence possible dans le monde des phénomènes. Il ne se demande pas s'il est exact d'assimiler sans réserve la nature à une machine. Sans doute il entend la nature in ahstracto,

1. SW, II, 318 sq(i. Veher die Unzertrennlichkeit des Begriffs der Freyheit und Vorsehung von dem Dégriffé der Vernunft^ 1799.

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telle qu'elle est représentée symboliquement par la science, après réduction de la réalité concrète au mouvement qui se mesure. Peut-être se souvient-il de Leibniz, et surtout de Bonnet, selon qui, la liberté mise à part, tout se passe dans l'univers et môme dans Thomme comme dans une borloge? « Spirituelle, intelligente, libre, dit Bonnet, Vàme bumaine n'en a pas moins, comme le corps, sa mécanique ; et les actions où elle intervient avec le plus de connaissance peuvent être considérées comme physiques, sans détruire leur moralité. Il est un sens dans lequel on peut dire que Tbomme est un automate moral*. » Niez la liberté, il ne reste que la machine. Alors la vie devient absurde, et les sentiments moraux perdent leur sens. A qui s'adressent le respect et l'amour, sinon à une persoime ? Quand nous regardons un automate bien fait, c'est au constructeur, non à la machine môme que va notre admiration*.

Jacobi se croit donc fondé à conclure : Ia\ possibilité d'une activité absolument indépendante ne i)eut être connue (car elle est inintelligible pour notre entendement). Mais la réalité d'une telle activité n'en est pas moins certaine. Elle se manifeste immédiatement dans la conscience. On l'appelle liberté en tant qu'elle s'oppose et s'impose au mécanisme « qui fait l'existence sensible des êtres finis ^ ». C'est toujours l'opposition, chère à Jacobi, du réel qui n'est pas intelligible, à rintelligible qui n'est pas réel. La liberté ne consiste donc pas dans un pouvoir absurde de se décider sans motif. Pas davantage dans le choix du meilleur parmi ce qui est utile, c'est-à-dire dans le désir raisonnable. En effet, un tel choix, se fît-il à l'aide des idées les plus abstraites, se ferait toujours mécaniquement. La liberté, c'est la volonté se sentant capable de dompter le désir, (c Où est la liberté ? — Au-delà de la nature ♦. » Entendez : au-delà du mécanisme physique

î. Bonnet, Œuvres^ VIII. Principes philosophiques sur la cause première et sur son effet, p. 200.

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