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Car il faut pour cela vaincre les tendances égoïstes, au moyen d'un effort habituel sur soi. L homme vaut dans Ja mesure où 11 est capable ûe faire cet effort, et de mettre dans chaque circonstance, h^s inspirations ch« son cœur audessus des calculs de l'intérêt. Il y a des hommes plus ou moins vertueux : il lïj a pas de formukî généiale de la vertu. Et, reprenant à son com])le la pensée célèbre d'Aristote, Jacobl pourra dire : « La norme de la vertu, c'est Fhonnôte homme lui-mùme». »
Jacobine hait rien tant que le formalisme. Partout il pourchasse labstraction et les généralités vides ; partout il veut rétablir dans ses droits la réalité effective et concrète. Sa docti-ine est une philosophie de la vie. Elle part de la conVcience individuelle, et i^lh refuse de la résoudre en éléments universels. A plus forte raison Jacobi s'indignei-a-t-il que l'on ramène le sentiment moral à un concept. Il combatlra toute doctrine qui enlèverait à la conscienc.', dans chaque cas particulier, la (h'cision à prendre, et qui prétendrait la soumettre à une loi universelle. Ce sera sa grande obj^M^ion contre Timpéi-atif catégorique de Kant. Le [)lus sur moven d'affaiblir le ressort moral, c'est de le compiinier sous une règle uniforme. On obtient ainsi des sorties d'automates. Mais robéissanc(^ passive est le plus bas degn'^ de la vertu. L'homme vraiment mor-al, au moment d'agir, n'écoule que son cœur. Il sait être lui-même ; il sail, comme le veut Rousseau, prêter l'oreille à la nature, et lui obéir. Certes, il est beaucoup pbis commode de se conformer à une loi acceptée d'avance une fois pour toutes. Mais n'est-ce pas pn'cisément se dispenser d'être moral; n'ivst-ce pas une faiblesse ou une hypocrisie? N^\st.ce pas, au moins, une abdication? En fail, la vie ne nous présente jamais deux conjonctiuvs exactement semblables. Elle défie la casuistique la plus ingénieusement prévoyante. Chaque fois que nous agissons, elle nous met en demeure, non d'obéir aveuglément à une
1. SW, V, 78.79. - Cf. P. Janet, la Morale, liv. in, cL. i, p. 332-341.
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THÉORIES MORALES
loi loule faite, comme le soldat à sa consigne, mais de prendre librement un parti, comme des êtres raisonnables et responsables de leur décision. Aussi bien, il n'y a pas de règle morale absolue, il ne peut y en avoir. Dire toujours la vérité, est-il une loi qui s'impose plus universellement? Et pourtant qui condamnerait le mensonge de Desdémona sui' son lit de mort» ? Ainsi des autres préceptes : tous souffrent des exceptions qui ne sauraient être prévues. Ce n'est donc pas la loi qui doit commander à notre cœur; c'est le cœur qui est seul juge des occasions où il faut observer la loi.
Être soi-même : tel est l'oi'dre suprême de la moralité. Quiconque efface, en quelque sorte, sa personnalité, pour réaliser, tant bien que mal, un type vague et abstrait de vertu toute faite, commet une sorte de suicide moral. Sans doute l'initiative individuelle a ses dangers. L'homme qui s'inspire de son cœur peut se tromper. Il peut croire qu'il suit sa conscience, et céder aux séductions de la passion. Mais s'il tombe, il se relèvera. Il vit au moins : il n'a rien à envier à celui qui, de crainte de tomber, reste immobile et inerte. Mieux vaut courir le danger d'une erreur que de croupir dans une lî\cheté morale qui n'ose rien décider par soi-même. On ne voit pas que les âmes ardentes et passionnées soient plus loin de la vertu que les observateurs froids oA calculés de la règle. « Ce qui m'a sauvé, écrit Allwill dans un passage des plus caraclérisliques, ce qui m'a sauvé, c'est mon propre cœur. Aussi, à l'avenir, estvo lui que je veux toujours écouter, à lui que je veux toujours prêter l'oreille. Entendre sa voix, la distinguer, la comprendi-e : que ce soit là ma sagesse î la suivre avec courage, ma vertu!. . . Quel guide sera plus sûr que le cœur d'un homme bien ué?Prends toutes les morales, toutes les philosophies de la vie, et essaye de suivre exactement leurs préceptes : si tu as un sentiment vrai du beau et du juste, à combien d'exceptions ne te heurteras-tu pas!. . . Que l'homme le plus plein de
1. SW, î, 195. Cf. M™' nE Staël, de VAUemagne, part. lll. rh. xvi el xvii.
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