‹ La philosophie de Jacobi [microform]Chapitre 68 sur 138 · SW,VI · texte numérisé non relu

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LÉVY-BRUHr. A

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pour unique objet la protection des personnes et des propriétés contre les agressions injustes : sa seule fin légitime est d'assurer à chacun le libre développement de son activité». Lessing disait que l'Etat est un mal nécessaire, et il estimait, bien avant Stuart Mill, que « le monde est trop gouverné ». Jacobi dit, dans le môme sens, que « toutes les constitutions sont, dans une certaine mesure, un pacte avec

le diable*. »

Mais n'y a-t-il pas un intérêt de l'Etat, intérêt suprême qui se distingue parfois de celui des individus, et qui peut exiger d'eux les plus pénibles sacrifices? — « Cet intérêt, répond Jacobi, revient simplement à ceci : qu'un certain nombre de pieds carrés soient réunis sous un même nom par la géographie politique. » Voilà à quoi sont immolés les biens, la liberté, et la vie de centaines de mille hommes î La raison d'Etat, la conservation et l'accroissement de la puissance politique et militaire ne sont pas la fin véritable de l'organisme social, puisqu'ils ne sont pas la fin véritable des citoyens *\ Ceux-ci ne servent là que d'instruments. Il n'y a pas un bien qui soit le bien du tout, distinct du bien des parties. Les citoyens n'existent pas pour l'Etat : c'est l'Etat qui existe pour les citoyens. Il a des services à leur rendre, des garanties à leur assurer et à leur demander, mais non des sacrifices à leur imposer*.

Les hommes, ajoute Jacobi, — et ici il s'inspire directement de Ferguson, — les hommes se sont d'abord réunis, et ils ont fondé des sociétés où la force et la contrainte ne jouaient aucun rôle. L'absence d'institutions défectueuses leur procurait plus de sécurité que tant d'organisations compliquées, qui causent plus de crimes, et de plus grands, qu'elles n'en étouffent La bonté et l'amour, la prévoyance, la grandeur d'àme, la bravoure, la fidélité, ces

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