‹ La philosophie de Jacobi [microform]Chapitre 70 sur 138 · SW, VI · texte numérisé non relu

SW, VI

avec fracas. Elles ne peuvent durer que si elles évoluent. Ne voit-on pas comme la société moderne a éliminé peu à peu les institutions du régime féodal ?

Quelles que soient la constitution de l'État et la forme du gouvernement, le inonde marche, et les conditions économiques se transforment. De nouveaux besoins se font sentir, de nouveaux organes se créent : d'anciens organes au contraire, devenus sans emploi, s'atrophient et tendent à disparaître. Politiquement, ce qui est superflu est condamné. Quand une loi ou une institution a fait son temps, c'est folie que de vouloir la maintenir quand môme. Jacobi croit à la puissance irrésistible, à la longue, de ce qu'il appelle l'opinion (Meillung). Un homme d'État avisé ne s'imaginera jamais qu'il peut modeler à sa fantaisie la matière sociale. Il observera, il étudiera « l'opinion montante » : il essayera de diriger, non d'arrêter cette force qui finit toujours par emporter les obstacles. On ne comprend pas assez, dit Jacobi, le pouvoir de l'opinion. L'homme tient à ses opinions plus qu'à sa vie même : l'histoire le prouve, et la psychologie l'explique*. Une opinion que l'homme a vraiment adoptée, et qu'il a faite sienne, entre pour ainsi dire dans sa substance et dans sa moelle. Elle devient partie intégrante de sa personne. Il n'y renoncera plus : ce serait faire violence à la tendance fondamentale de son être qui veut persévérer dans l'ôtre. Rien ne sert de dire aux gens : « Vous avez tort »; encore moins, d'employer la force pour les faire changer d'opinion. Ils s'en indignent comme d'un attentat commis sur leur personne. Mais tâchez d'élargir leur opinion en la respectant, de leur montrer qu'elle est vraie en un autre sens, plus vraie encore et plus profondément qu'ils ne croient : vous pourrez alors gagner quelque chose sur eux. Quand des hommes se sont persuadé qu'ils ont des droits naturels imprescriptibles, quand ils se sont fermement attachés à cette opinion, n'espérez point les ramener jamais au régime du bon plaisir.

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